Le jour où j’ai arreté l’éducation

par


Pas mal de monde se demande si j’ai vraiment mis une croix sur l’éducation canine.

Pour l’instant oui. Ma façon de voir les choses est en train d’évoluer complétement.

J’ai appris à « conditionner » un chien … Super ! Et j’ai cru quelque temps que j’avais tout compris et tout gagné.
Erreur. J’avais encore tout à apprendre.

Prenons l’exemple de ma chienne (Loose, 1 an maintenant , adopté à la SPA) dès son adoption je l’ai conditionné en renforcement positif (hors de question de taper sur mon chien !) : à être constamment près de moi en balade, à marcher sur le trottoir en ville, à se détourner de tout et n’importe quoi sur commande, à stopper tout comportement que je considérais « gênant » lorsque je lui demandais, à monter sur n’importe quel support, manger sur commande, sauter, courir, devant, à droite , se coucher, pas bouger, donner la patte, tourner, « sourire », reculer, ramper, monter aux arbres (non…), prendre un objet puis le ramener, faire des bisous … et tant d’autre chose !

Avoir un chien comme ça c’était cool, elle était toujours en demande donc la petite justification « elle aime travailler ! » était un simple raccourci idiot. Elle aimait peut être passer du temps avec moi. Mais non elle n’aimait pas forcément travailler, si je ne l’avais pas conditionné dès petite, m’aurait elle proposé tout ça? Certainement pas !

C’est génial n’est ce pas? D’un point de vue humain, surement.
Mais elle … Elle ne vivait pas SA vie , elle vivait ce que J’AVAIS décidé pour elle.

Je l’ai enfin compris lorsqu’un jour elle n’a pas osé manger sa gamelle sans mon aval parce que j’avais oublié de lui demander de le faire. Non pas parce que je lui mettais la pression ! Mais parce qu’elle était stressée que je ne lui demande rien. Elle ne savait pas quoi faire. Ce fut la première étape.

La seconde était en balade, en libre comme toujours … J’avais décidé de ne rien lui demander et pour la seconde fois elle était stressée de mon silence donc elle est restée au pied en me fixant tout le reste de la balade sans renifler, courir, explorer. Tout ça parce que son « humain-dictateur » ne lui avait rien autorisé.

La troisième phase (Mon choc émotionnel) fut lors d’un lâché. Pour planter un peu le décor : Loose a parfois été trop oppressante dans le passé, trop réactive, Trop de TROP pour moi. Donc même ses interactions étaient très contrôlées.

Et lors de cet ultime lâché avec une chienne inconnue pour elle et sortant de chaleur (Le comportement de ma chienne change beaucoup avec ce facteur), j’avais pas vraiment confiance (je disais l’inverse évidement, la cape de l’égo surdimensionné n’est jamais très loin).

Tout s’est finalement bien passé.. Enfin … Presque. J’avais demander à Jérémy de gérer et je m’étais mise un peu à l’écart de la scène: ZERO INTERACTION AVEC MA CHIENNE, RIEN ! Je lâchais ce que j’appelais à tord “le contrôle”.

Dès les premières secondes j’ai vu Loose me chercher du regard, en panique, pas concentrée… Venir vers moi, essayer des choses avec sa congénère mais jamais être sure d’elle.

C’est surtout son regard qui m’a démolie (je n’ai pas pu m’empêcher de la regarder à ce moment là) il était si triste. Là … je me suis demandé ce que j’avais fait !

J’ai mis quelques heures à me remettre de cette prise de conscience.
Je l’avais mise sous camisole définitivement…

En fait, le jour où j’ai arrêté de demander tout et n’importe quoi, elle l’a très mal vécut. J’avais passé 1 an à conditionner à tord et à travers. Tous ça pour quoi? avoir un robot? un chien modèle? Tu parles du modèle !!!

J’éprouve encore un sentiment de culpabilité. J’ai eu l’impression de lui avoir voler une année de sa vie. Mais d’un autre coté, les erreurs sont là pour nous donner des leçon et si je n’avais pas fait tout ça je n’aurais ni compris ni appris. Aujourd’hui je suis heureuse d’avoir ouvert les yeux et surtout heureuse d’avoir la chance de vivre une relation extraordinaire avec elle. On est des « potes » et on se respecte, grâce à elle j’apprends énormément et elle est géniale...

Bon, ça s’est pour la partie expérience personnelle du sujet. Mais il n’y a pas que ça.

Alors pourquoi j’ai arrêté?

Je ne supportais plus de voir des chiens contraint à s’adapter à une vie « humaine », d’entendre des discours de « chef de meute » ou (par exemple) conditionner un chien de 10 ans qui chassait depuis 9 ans à vivre avec des chats qui couraient partout.

Je peux comprendre le point de vue des propriétaires, j’ai pu avoir le même certaines fois.

Mais ce n’était plus le mien et l’effet miroir avec l’histoire de Loose était difficile à gérer.

J’arrivais à ressentir une profonde tristesse lorsque je voyais des chiens qui obéissaient au doigt et a l’oeil. Bizarre pour un éducateur canin , non?

Et si notre raisonnement était beaucoup plus simple?

Si on considérait simplement un chien comme un ami ? Vraiment.
Un ami qui a des besoins, qui doit faire ses expériences, qui a le DROIT d’avoir des jours « sans », un ami à qui on ne dicte pas ce qu’il doit faire, qui il doit aimer ou non.

Pourquoi attendre quelque chose de son chien, finalement…

Aujourd’hui je pratique encore la pension éducative ou rééducative. Parce que je n’ai pas de pression de qui que ce soit et parce que j’adapte mon environnement comme je le souhaite pour accompagner les chiens que l’on me confie.

Chaque chien que j’accompagne est d’abord un chien que j’apprends à connaitre, je respecte ce qu’il est et ce qui le dérange… Ici il en a le droit. Et jusqu’à présent je suis satisfaite du résultat.

Au final c’est une remise en question personnelle qui me fait m’écarter de cette voie, ce n’était pas la mienne, pas de cette façon, peut être pas maintenant.

Pour parler d’avenir, un jour peut-être que je reprendrais cette activité. Mais sous une forme différente.

Je me lancerais seulement le jour où je serais COMPLÈTEMENT en accord avec ce que je fais, que ça me ressemblera réellement, le jour ou je pourrais me permettre de refuser de travailler ce qui me dérange ou ce qui ne va pas dans mon sens.

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Je ne parle plus d’éducation désormais mais d’accompagnement. Pour moi il y a une énorme différence entre ces deux thermes. Par éducation j’entends : conditionnement, incitation. Par accompagnement j’entends : acceptation, tolérance…
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Je n’ai pas pour habitude de m’exprimer comme ça, mais si cela peut planter une petite graine dans la tête des gens et si cela peut amener à une réflexion, alors j’en serais ravie.

Je ne prétent aucunement avoir la science infuse, c’est juste ma science à moi, mon opinion, mon ressentis et mes fautes d’orthographe.
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Quand je bossais comme éducateur canin, j'ai toujours regretté d'avoir une formation d'éducateur canin et pas de psychologue, parce que je n'ai jamais eu l'impression que c'était du chien qu'il fallait s'occuper.

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Reynaud Alexandre
"je n'ai jamais eu l'impression que c'était du chien qu'il fallait s'occuper"

Alors ça ne vient pas que de moi ce malaise :P
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