TOUT LE POUVOIR AUX SOVIETS ET NON AU PARTI !



CAMARADES OUVRIERS, SOLDATS ROUGES ET MARINS !
(Appel radiodiffusé)

Ici, à Cronstadt, nous savons combien vous souffrez, vous-mêmes, vos femmes et vos enfants affamés, sous le joug de la dictature des communistes.
Nous avons jeté bas le Soviet communiste. Dans quelques jours, notre Comité révolutionnaire provisoire procédera aux élections du nouveau Soviet, lequel, élu librement, reflétera bien la volonté de toute la population laborieuse et de la garnison, et non celle d’une poignée de fous « communistes ».
Notre cause est juste. Nous sommes pour le pouvoir des Soviets et non des partis. Nous sommes pour l’élection libre des représentants des masses laborieuses. Les Soviets falsifiés, accaparés et manipulés par le parti communiste, ont toujours été sourds à nos besoins et à nos demandes ; la seule réponse que nous avons reçue fut la balle assassine.
Actuellement, la patience des travailleurs étant à bout, on veut vous fermer la bouche à l’aide d’aumônes ; par ordre de Zinoviev, les barrages sont supprimés dans la province de Petrograd et Moscou assigne dix millions de roubles-or pour l’achat à l’étranger des vivres et des objets de première nécessité. Mais nous savons que le prolétariat de Petrograd ne se laissera pas acheter avec ces aumônes. Par-dessus les têtes des communistes, Cronstadt révolutionnaire vous tend la main et vous offre son aide fraternelle.
Camarades ! Non seulement on vous trompe, mais on dénature imprudemment la vérité, on s’abaisse jusqu’à la dissimulation la plus vile. Camarades, ne vous laissez pas faire !
À Cronstadt le pouvoir est exclusivement entre les mains des marins, des soldats et des ouvriers révolutionnaires, et non entre celles de « contre-révolutionnaires dirigés par un Kozlovsky », comme essaie de vous le faire croire la radio mensongère de Moscou.
Ne tardez pas, camarades ! Unissez-vous à nous ! Entrez en contact avec nous ! Exigez que vos délégués sans parti soient autorisés à venir à Cronstadt. Eux seuls pourront vous dire la vérité et démasquer l’abjecte calomnie sur « le pain finlandais » et les menées de l’Entente.
Vive le prolétariat révolutionnaire des villes et des champs !
Vive le pouvoir des Soviets librement élus !



APPEL DES « MAKHNOVITSI » À LEURS FRÈRES DE L’ARMÉE ROUGE

Camarade de l’Armée rouge !
Tu as été envoyé par tes commissaires-commandants pour combattre les insurgés et révolutionnaires makhnovitsi.
Sur ordre de ton commandement tu porteras la ruine dans les pays pacifiques, tu perquisitionneras, arrêteras, assassineras des gens qui te sont inconnus personnellement, mais qu’on t’aura indiqués comme étant des ennemis du peuple. On te dira que les makhnovitsi sont des bandits ou des contre-révolutionnaires. On te commandera, on ne te le demandera pas, on te fera marcher comme un humble esclave de ton commandant. Tu arrêteras et tu tueras ! Qui ? Pourquoi ? Pour quelle cause ?
Réfléchis, camarade de l’Armée rouge ! Réfléchissez, travailleurs, paysans et ouvriers soumis de force aux nouveaux seigneurs, qui portent le nom sonore de « pouvoir paysan-ouvrier » !
Nous sommes les insurgés révolutionnaires makhnovitsi, les mêmes paysans et ouvriers que vous, nos frères de l’Armée rouge !
Nous nous sommes insurgés contre l’oppression et l’avilissement ; nous luttons pour une vie meilleure et plus lumineuse. Notre idéal est d’atteindre à une communauté de travailleurs, sans autorité, sans parasites et sans commissaires.
Notre but immédiat est d’établir un régime libre soviétique, sans l’autorité des bolcheviks, sans la pression d’un quelconque parti.
Le gouvernement des bolcheviks-communistes vous envoie pour faire des expéditions punitives. Il se dépêche de faire la paix avec Denikine et avec les riches Polonais et autres canailles de l’armée blanche, pour pouvoir ainsi pourchasser plus facilement le mouvement populaire des insurgés révolutionnaires, des opprimés, rebellés contre le joug d’un pouvoir, quel qu’il soit.
Mais les menaces du commandement blanc et rouge ne nous font pas peur ! À la violence nous répondrons par la violence !
S’il sera nécessaire, nous, une petite poignée d’hommes, nous mettrons en fuite les divisions de l’Armée rouge gouvernementale. Parce que nous sommes libres et amants de la liberté ! Nous sommes des révolutionnaires insurgés, et la cause que nous défendons est une cause juste.
Camarade ! Réfléchis avec qui tu es et contre qui tu combats.
Ne sois pas esclave. Sois un homme !

Les insurgés révolutionnaires makhnovitsi.


Extraits de Ni dieu ni maître, Anthologie de l’anarchisme, Daniel Guérin, 1970.
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