CONQUÉRIR NOTRE AUTONOMIE

CONQUÉRIR NOTRE AUTONOMIE

Nous faisons face à un système de dominations qui nous exploite et nous oppresse au quotidien. Le capitalisme déploie sa logique marchande dans la totalité de nos vies. Tout devient une simple marchandise, un moyen de profits, d’accumulation. C’est contre ce monde qu’il nous faut nous battre et organiser nos existences. Nous, en tant que dominé-e-s nous savons et vivons la nécessité de sortir de rapports de dominations qui détruisent tout et nous empêchent de vivre, d’être autonomes. Libres et égaux. Déployer cette logique, communiser, c’est instituer des formes d’existence totalement incompatibles avec la persistance du capitalisme. C’est lier des relations concrètement égalitaires et libertaires, c’est faire du monde un commun. Comment construire notre puissance face au pouvoir, qui exploite, oppresse, détruit ; comment conquérir notre autonomie ? [...]

Ce n’est pas une mission historique, ce n’est pas en tant que classe du travail mais contre cette société de classe, cette hiérarchie, qu’il faut se battre. C’est une nécessité pour le vivant et ce qui veut vivre. Le pouvoir n’a jamais rien lâché sans y être contraint, il ne le fera jamais, il broiera tant qu’il peut. L’abattre est aujourd’hui une question de survie. Être pragmatique ce n’est pas négocier le pourcentage d’abattage des forêts, de population de poisson, de la toxicité de notre eau. Être pragmatique c’est abattre cette société de classe avant que l’autre moitié du vivant soit broyée. Il n’y a nulle part ou s’enfuir, il faut l’affronter.

En tant que dominé-e-s nous savons et vivons la nécessité de sortir de rapports de domination qui détruisent tout et nous empêchent de vivre, d’être autonomes. Il est déjà possible de voir des actions se renouveler contre la domination, de façons plus ou moins spontanées. C’est par la violence que le capitalisme nous réduit à une simple donnée, un chiffre, une unité et dans ce processus il se créer des résistances, auxquelles la domination doit encore s’adapter. C’est dans une lutte que la société de classe s’impose ; Dans un antagonisme. Absentéisme, sabotage, vol, débrouillardise, réseaux de soutien, émeute, mise en commun, ZAD, etc. en sont les traces. La domination en mouvement se reconfigure, la classe se compose et se recompose. C’est de cette réalité matérielle qu’il faut partir pour élaborer une stratégie de lutte efficace.

Notre solidarité, la débrouillardise, la mise en commun sera une nécessité première pour vivre dans cet effondrement. Ne pouvant plus offrir un confort suffisant, ne pouvant entretenir l’espoir, le système de domination, pour persister, se fait plus autoritaire. Il faut s’organiser face aux appropriations étatiques ou même privées, mafieuses qui veulent faire persister cette société hiérarchique, qui veulent faire perdurer une forme d’exploitation et de société de classe. C’est dans la lutte que nous créons le commun.

Face à ce système totalitaire, il faut créer des poches d’air, des espaces de liberté, il faut s’attaquer directement à ce qui nous exploite, il faut détruire l’usine, détruire la ville-usine. Il n’y a rien à attendre de fausses solutions, qui ne font que reconfigurer la domination, qui ne font bien souvent qu’étendre la domination, le contrôle. Les autolib’ n’ont rien d’écologique, ce ne sont que des artifices marchands, elles ne sont qu’opium qui nous empêchent de construire de vraies solutions communément. Les centres commerciaux détruisent les liens que tisseraient des activités locales, autonomes. Les transports en commun, l’architecture des banlieues, les outils de travail, sont les outils de la domination auxquels s’attaquent spontanément les exploité-e-s, les vivant comme tels. Il faut détruire ce qui quantifie, dans le seul but de quantifier, d’échanger, il faut redonner aux rues leurs fonctions vitales, détruire les artères marchandes ; elles doivent être des lieux de vies et non de circulation des marchandises.

Dans l’action directe contre le système marchand, nous constituons un mouvement commun, nous conquérons notre autonomie. Ces actions peuvent prendre plusieurs formes, selon les dispositifs contre lesquelles elles se dirigent ; Comme le sabotage, pratique historique de l’anarcho-syndicalisme, qui doit aujourd’hui s’étendre aux champs élargis de l’usine, la ville, ses moyens de contrôle, les réseaux de transport marchands etc. À Grenoble, avril 2017, les valideurs à quai des trams ont était mis hors service en y versant un liquide corrosif. De façon répété, ce genre d’action peut permettre la gratuité des transports, faire payer les transports étant de fait impossible, réparer n’étant pas rentable; Comme l’occupation, la mise en commun de lieux de vie, tels les ZAD ou les Squats, qui tout en résistant au développement de la domination nous permettent d’organiser la lutte et de vivre, de vivre de nouvelles formes d’existence, des formes non-marchandes et non-hiérarchiques, communes et anarchiques. À notre dame des landes on affrontait un projet d’aéroport destructeur, on cultive, fait de la récup, à Bure on lutte contre l’enfouissement de déchets nucléaire qui n’est qu’une impasse pour cette industrie ; Comme l’auto-réduction, qui consiste à imposer la baisse du prix d’un produit ou d’un service voire sa gratuité, à mettre en bien commun ce qui est produit tel que cela s’est fait dans le mouvement autonome italien des années 70. À Parkdale, suite à l’embourgeoisement, le propriétaire voulait augmenter les loyers, mais les locataires se sont organisé-e-s un par un et ont organisé une gréve des loyers, Ils ont arrêté de payer leur loyer et ont stoppé les augmentations qui menaçaient d’expulsions de nombreux locataires; Comme un potager commun ; Comme un groupe de discussion, d’agitation, d’information, d’entraide ; Comme du hacking, le développement de logiciel libre, de low-technologie ; Des placards communs dans nos quartiers, des plantations sauvages, des manif’ sauvages etc...

L’action directe est diverse et n’a comme limite que notre imagination, ce qui la définit c’est son caractère direct, nous agissons de nous même, avec nos propres forces et moyens, comme l’ont fait les anarcho-syndicalistes aux heures victorieuses de la CGT. Nous ne jouerons pas leur jeu parlementaire, nous n’avons pas d’intermédiaire, de représentant, de bureaucrate, nous ne déléguerons jamais notre puissance pour qu’elle se perde dans des négociations syndicales et politiques, ou des accords écologiques qui ne sont que du spectacle. Nous sommes autonomes, et nos actions sont directes, elles communisent contre le capital.

Notre autonomie n’adviendra que de nous même, elle ne pourra venir de la domination capitaliste, de son évolution logique, de l’avènement mécanique du socialisme ou même de la prise du pouvoir. Dans ce système en crise perpétuelle pour reconfigurer sa domination, il nous faut construire notre autonomie, il nous faut communiser, mettre en commun. C’est dépasser la propriété privé, individuelle, et la planification collective, c’est faire commun, s’articuler solidairement. C’est sur ces pratiques que se fondent nos modes d’existence futurs. Vivant l’autonomie, la défendre sera alors pour tous et toutes une évidence. Communiser, c’est un moyen de faire face aux difficultés que l’on rencontre dans la reproduction de nos existences, dans la crise. C’est une lutte contre le capital pour assurer notre survie. Nous communisons pour vivre mieux.

Entre ami-e-s, entre collègues, en groupes affinitaires, il nous faut nous organiser de façon égalitaire et libertaire. A travers nos relations il nous faut abattre les différentes dissociations qui nous classent, pour être concrètement égaux. Il nous faut instituer l’entraide pour nous libérer concrètement. Il s’agit de plus qu’une égalité ou d’une liberté formelle, abstraite, absolue, individuelle. C’est ensemble que l’on se construit, au consensus, avec l’accord de tou-te-s. Il nous faut créer des collectifs puissant qui vont s’attaquer aux processus et aux catégories institués de la domination(sa répression meurtrière, sa socialisation inégalitaire, sa misère et son luxe, sa violence etc). Des changements individuels, une morale individuelle, une pureté militante ne créera jamais un rapport de force qui émancipe. Toute exploitation, oppression, toute hiérarchie à travers nos relations doit être défaite, communément. La liberté n’est pas la liberté d’exploiter et d’oppresser. S’approprier, faire propriété, n’est pas liberté, n’est pas communiser.

Les situations concrètes étant plurielles et changeantes, les organisations adéquates seront nécessairement diverses. Selon les problèmes, selon les compétences, les besoins, les désirs, les moyens, l’organisation s’adapte au concret. Le concret déborde toujours nos planifications, déployons une rationalité qui en prend acte sans surplanifier encore. Les solutions ne préexistent pas aux différents problèmes, elles se construisent communément, selon les diverses déterminations qui nous lient. Manger, boire, se loger, se déplacer, produire, se fera avec et selon chacun, il faut initier, instituer l’entraide, plutôt que de s’en remettre à un État ou au marché. S’il est nécessaire de loger des personnes, voyons comment faire, construire ou réaffecter etc. De nombreuses choses dans notre quotidien, vivent déjà dans ces rapports d’entraides, en réalité pour beaucoup sans l’entraide, la survie ne serait même pas possible. C’est ensemble que l’on vit et répond à nos besoins, nos désirs, à notre volonté, comme réponse consciente de notre imaginaire à nos déterminations.
La médiation du système marchand nous tue, ses impératifs abstraits, économiques et politiques menacent tout. Il faut abolir l’économie en tant que rationalisation abstraite des besoins. L’économie n’est pas quelque chose qui aurait toujours existé, tout échange ne relève pas de rapports marchands, c’est une catégorie spécifique de notre période historique. Il y a d’autres moyens de répondre à nos besoins que la médiation du marché ou de l’état, nous pouvons répondre à nos besoins directement, communément, sans médiation, sans abstraction. Cette rationalité concrète vise la satisfaction immédiate, directe, autonome des nécessités de l’existence. C’est s’organiser selon nos propres règles, égalitaire et libertaire. Une chaise dans le capitalisme n’est pas la même chose qu’une chaise dans la communisation, car elle ne renvoie pas au même écosystème social, au même processus de production. Il faut imaginer ce qu’une ZAD à l’échelle d’un pays peut déployer comme puissance et comme diversité de formes d’existence.

Sans médiation qui nous exploite et nous oppresse, nous pouvons déployer notre puissance qui n’est plus fragmentée, divisée, hiérarchisée, classée. L’éducation, la santé, le logement, l’agriculture, l’architecture, l’art, l’amour prendront d’autres formes, libéré-e-s de la domination marchande et de sa rationalité abstraite. La technique doit être nécessaire, elle ne doit pas se développer pour elle-même, mais servir le commun, non pas le quantifier, le détruire. Des formes tout a fait nouvelles d’existences s’organiseront, chacun subvenant directement aux volontés des autres. Nous ne quantifierons, produirons pas sans fin, sous une autorité, ou dans un but abstrait, un but marchand, mais dans la concrétude et les limites de nos besoins communs. Nos activités doivent être l’expression de notre imaginaire face à la diversité des nécessités. Il ne doit pas y avoir de fondement absolu, mystique, à notre autonomie, il n’y a qu’une vérité crue, des déterminations concrètes auxquelles il nous faut répondre. Comme la science, nous procédons sans aucune autorité. Notre imaginaire en tant que capacité de notre corps à répondre aux déterminations a été, est et sera une force déterminante pour notre forme de vie. Il nous faut en saisir les limites, les failles, pour dépasser l’abstrait, pour faire de l’imaginaire la puissance sociale qu’elle est. Notre civilisation s’est organisée avec des chefs, cette hiérarchie n’est plus adaptée à la complexité du concret auxquels doivent faire face nos larges groupes sociaux. La communisation est un mouvement déterminé.

Selon les nécessités qu’impliquent les différentes échelles géographiques (locale, régionale, internationale), nous pouvons former des fédérations autonomes, égalitaires et libertaires. Bien sûr il est impossible que tout le monde s’occupe de tout, des personnes peuvent donc se charger de fonctions précises. Ces personnes n’ont pas de pouvoir décisionnel à proprement parler. Ils ne disposent d’aucun moyen coercitif pour imposer des décisions et peuvent être remplacé-e-s à tout moment s’ils ne peuvent tenir leurs responsabilités. Il nous faut nous organiser, nous coordonner comme un ensemble divers, souple et autonome, sans chefs ni représentant-e-s mais avec des responsabilités communes. La critique doit être courante entre nous, personne n’est parfait et sans chefs, c’est communément que l’on construit notre autonomie.

Cette autonomie peut nous permettre une diversité tactique, allant de la lutte non violente, de l’expérimentation de zones d’autonomies à des formes de luttes plus clandestines, qui se lient stratégiquement dans la lutte. Cette souplesse, puissance tactique face à la totalité capitaliste, est de plus un moyen de faire face au niveau de surveillance auquel il nous faut faire face. Il nous faut nous connaître pour nous faire confiance. Il nous faut veiller les uns sur les autres. Et sans centre d’organisation, il est d’autant plus difficile pour l’état de nous contrôler, de nous administrer, et de nous réprimer, nous casser. Sans chefs, notre mouvement est alors pour eux ingouvernable.

Ce qui nous lie c’est une lutte radicale contre toute domination. Cette radicalité est primordiale pour former un mouvement commun face au capitalisme et ses réactions. A travers cette rationalité concrète nous nous opposons à toutes variantes capitalistes, à tout alter-capitalisme, à tout anticapitalisme tronqué. Tout ce qui substitue notre puissance immédiate à une autorité supérieure ou une valeur absolue, abstraite, doit être combattu. Ces fascistes qui critiquent la société capitaliste à travers des catégories autoritaire, essentielles, comme « la nation »,  « la femme », affirmant le bien fondé des inégalités; Ces libéraux pour qui la liberté abstraite d’exploiter est si essentiel, qu’ils nient les inégalités ; Ces étatistes qui sont incapables d’entrevoir la sortie du capitalisme, et qui se contentent alors de gérer, de planifier les catastrophes, de façon plus ou moins autoritaire selon la conjoncture ; Ces fausses solutions écologiques qui sans faire la critique du capitalisme s’en remettent à un mysticisme ou à des technologies qui n’ont de durable que le nom. C’est face à toutes ces variantes qu’il nous faut lutter avec la ferme intention d’abattre le capitalisme. Il faut s’opposer radicalement au capitalisme pour ne pas en être une roue de secours. Nous visons plus que l’autogestion, l’auto-exploitation et la charité. Gattaz a bien proposé de sauver des entreprises par le bénévolat !

Il est nécessaire d’être offensifs et d’ancrer nos pratiques dans un rapport de force sous peine d’être récupérés. Solidaires dans notre radicalité nous constituons un front autonome, en rupture radicale d’avec le capitalisme. Aider son prochain, protéger un coin de nature n’a aucun avenir si on ne s’attaque pas radicalement au capitalisme qui finira par le bouffer. C’est conscient-e-s des nécessités écologiques et sociales que nous communisons. C’est cette lutte pour notre autonomie, qui construit notre futur monde commun.

Il faut prendre et produire communément ce dont nous avons besoins, il ne s’agit pas de comptabiliser, de quantifier, d’administrer abstraitement. La satisfaction de nos besoins, nos désirs, de nos volontés doit être sans médiation, autonome. Nous produirons, cultiverons non pas dans le seul but de quantifier, de hiérarchiser ; tout est commun, nous serons alors au delà du concept de gratuité. Bouffe, toit, meubles, outil, instrument, art etc. Dans la satisfaction immédiate et commune de nos besoins nous abolissons le travail, la propriété, la dissociation de la valeur marchande, les qualités diverses de chacun font irruption dans la quantité, les standards sont brisés ; Nous développons les moyens de notre autonomie ; nous déployons une rationalité concrète, pratique, qui brise les abstractions qui nous dominent ; Nous conquérons notre autonomie.

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