"Racisme anti-blanc"

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"Racisme anti-blanc" Je rentre dans les critères qui font que je suis perçue comme blanche.

Après avoir été perçue comme "étrangère" dans un village français (habité exclusivement par des blancs) et avoir vécu assez mal cette discrimination sourde, je me suis sentie réhabilitée dans tous les quartiers populaires ou j'ai trouvé refuge depuis.
J'y ai trouvé une bienveillance rare, la plus belle des ouvertures à la différence qui soit. J'ai pu m'y reconstruire grâce à l'accueil toujours cordial que j'y ai trouvé, et cette histoire de prétendu "racisme anti-blanc", pour vous la faire courte, me gonfle au plus haut point.

Parce que j'ai vu comment étaient perçus mes amis quand j'étais adolescente, qu'on se rassemblait là où on pouvait en faisant notre possible pour étouffer notre énergie en croissance, ou qu'on se déplaçait en ville. Ce regard porté sur eux n'avait rien à voir avec ce que moi je savais d'eux, c'était un regard insultant, blessant, injuste, gratuit et au minimum rageant et déprimant.

Parce que dans certains centre de santé de quartiers populaires, on ne ferme même pas la porte entre le médecin avec son patient et les personnes qui attendent leur tour debout dans le couloir, et que jamais je n'ai vu une telle chose dans les quartiers habités par la classe moyenne blanche

Parce que mon conjoint, accordant plus de foi à une France du "mérite" qu'à une France du Racisme à son arrivée sur le territoire, a mis moins de 6 mois à décider de prendre mon nom, de franciser son prénom sur son cv et d'accepter un faux emploi d'insertion, réalisant que j'avais trouvé du travail 6 fois plus vite que lui avec moins d'efforts

Parce que je vois aujourd'hui la différence de traitement entre mes voisins et moi,

Entre mes enfants et leurs ami.e.s,

quand deux vieux agressent littéralement une petite fille qui marche sur la pelouse en rentrant des courses avec sa mère, jusqu'à ce qu'elle rejoigne sa mère en sanglots, comme jamais ils n'auraient osé parler à ma fille et encore moins devant moi,

Quand mon amie se fait traiter comme une moins que rien parce que nous arrivons 5 minutes en retard pour récupérer nos enfants au centre de loisir, tandis que j'ai droit, moi, à une salutation courtoise,

Quand je vois une autre amie en hlm laissée des années durant avec ses 5 enfants et son conjoint dans 48m2 tandis que je SAIS que je serais relogée en ce qui me concerne avant même la naissance du 3ème dans des conditions analogues.

Parce que tandis qu'elle était accueillie à son emménagement par un mot sur sa porte disant "On ne veut pas de vous ici", mon privilège blanc me faisait accueillir quand à moi d'un "On est contents que ce soit vous", entendu plus d'une fois et qui me laisse toujours le même goût de vomi dans la bouche.

Parce que quand son fils subit son premier contrôle d'une longue série à 13ans, humiliant, avec fouille du cartable et du téléphone portable, ponctuée d'un "tu es in-intéressant" devant la déception de ne lui avoir rien trouvé, mon neveux de 2ans son aîné, lui, n'en connaîtra pas avant sa première voiture, et qu'on lui donnera alors du "monsieur" (Pourvu que ça dure au delà des premières manifs!).

Parce qu'à la maternelle de ma fille, les parents qui savait n'avoir aucune chance de sortir vainqueurs d'un conflit avec une directrice d'école blanche subissaient sans rien dire un joug et des comportements inappropriés de sa part.

Parce les rares regards en biais que j'ai subi en ce qui me concerne de la part de personnes qui considéraient qu'étant blanche j'étais, de fait, raciste, n'ont jamais eu assez d'ampleur pour avoir le moindre impact sur ma vie. Parce que le rare petit nom dont on m'a affublé, en tant que "blanche", dans ma banlieue préférée, "la suédoise" était d'une tendresse infinie.

Parce que la première personne que j'ai entendu parler de "racisme anti-blanc", une fois adulte, tenait des propos tellement racistes par ailleurs, que si je veux bien croire qu'elles aient été inquiétées, il y avait largement d'autres raisons que celle de leur couleur de peau à cela. Et le racisme anti-raciste, ce n'est pas du racisme.

Après tous ces quartiers où j'ai vécu, et tous ceux où j'ai travaillé sans jamais, en plus de 20 ans, être victime de discrimination en raison de ma couleur de peau,
face à, d'un coté, un vague fait divers hypothétique dont je n'ai pas souvenir d'avoir entendu parler de source sûre, et de l'autre au racisme encré, institutionnel, systémique dont je suis témoin quasi quotidiennement, comment ne pas vomir cette escroquerie répugnante qui consiste à justifier l'injustifiable, à élever systématiquement cette misérable objection à la lutte nécéssaire et urgente contre tout ce qui, hérité d'une longue histoire coloniale, produit une oppression de tous les instants encore aujourd'hui. Et s'il vous plaît, j'aimerais bien qu'on pense davantage dans tout ça aux Rroms, aux "gens du voyage" (ou perçus comme tel.le.s) qu'on connaît souvent pas tellement, et qui se mangent un incroyable rejet de tous les instants et de tous les cotés, un truc vraiment d'une rare violence, j'assiste aussi à cela dans mon quartier depuis mon "privilège blanc".

Et NON, on on ne peut pas renvoyer dos à dos ceux qui se revendiquent des oppresseurs suprémacistes et ceux dont l'Histoire familiale et ancestrale en a été victime, fussent-ils enclins à généraliser.
Si une victime de fait divers l'a été en raison de sa couleur de peau, c'est insupportable, quelque soit sa couleur. Et ce n'est en aucun cas du "racisme anti-blanc". Il y a les actes et les réflexions racistes, et il y a le Racisme systémique, hérité du colonialisme qui est un fléau de dimension planétaire.
Que celles et ceux qui prétendraient reconnaître dans un conflit personnel ou un cas isolé une quelconque équivalence avec un mal d'une telle ampleur se reprennent vite et ne tombent pas dans le piège tendu par l'extrême droite de longue date, ces arguments de la xénophobie sont minables, insoutenables, et feront de vous de sombres crétins putrides.
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