Convocation Assa Traoré 1er Oct. Attention, Fan Zone.

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Convocation Assa Traoré 1er Oct. Attention, Fan Zone.


Aujourd'hui, je n'étais pas en super forme et j'étais plutôt censée rester me reposer sous la couette.
Mais Assa Traoré, accusée de diffamation, était convoquée au 36 rue du Bastion, dans le 17é. Et il y a eu trop de fois ou j'ai voulu soutenir son combat sans pouvoir le faire.

Il faut dire qu'Assa, pour moi, comment dire... celles et ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas fan du culte de la personnalité, et que quand on commence à avoir trop d'admiration pour une personne, surtout si c'est moi qui nourrit cette admiration, en général ça m'éveille tant de méfiance que ça n'a aucune prise sur moi. Oui, mais là, rien à faire. Je la projette dans tous les symboles dont je me méfie d'habitude et qu'elle revaloriserait à mes yeux. Je ne me suis jamais trop intéressée à Marianne, par exemple, et n'ai pas le sens patriote pour un sou. Pourtant je n'ai pas pu m'empêcher de nourrir un beau jour l'idée que toute autre "Marianne" qu'Assa aujourd'hui serait une usurpatrice.

Au moment de la mort d'Adama, j'étais en famille, en montagne, avec tout juste assez de wifi pour m'occuper des pages publiques de Tcb, quand je suis tombée sur les premiers éléments sur internet. J'étais assez choquée que ça se produise une fois de plus, il y en a malheureusement eu d'autres depuis, mais à ce moment là je devais être un tout petit peu moins blasée qu'aujourd'hui on dirait. J'ai commencé à relater à ma famille ce qui s'était passé, ce qui était en train de se passer. Cette histoire de plaquage ventral, encore, qui revenait. La façon, ignoble, dont on avait baladé la famille des heures durant avant d'enfin admettre la mort d'un fils, d'un frère. Et puis de jour en jour, les mêmes manipulations qu'à chaque fois, la mise en cause de la victime, comme si une quelconque faute aurait pu justifier tranquillement qu'on tue, comme ça, au pied levé, dans un pays où la peine de mort n'est pas censée exister, et encore moins sans le moindre procès; les mensonges éhontés du procureur, semblables à ceux proférés autrefois, avant internet. Et je me souviens de m'être dit mais comment, pourquoi? alors oui, c'est comme ça que ça passait, autrefois, quand aucun moyen de communication "démocratisé" ne permettait de faire démasquer le mensonge, oui, mais aujourd'hui? Pour gagner du temps, d'accord, mais ils savent bien qu'ils finiront par être confondus?! Bon. le fait est que ça ne les empêche pas de continuer à refuser vérité et justice 3 ans après.
Et puis peu à peu, cette super frangine qui sort du décor et leur fait ravaler tous leur mensonges un à un... en la voyant, je me repensais toute petite fille, me demandant ce que je voudrais être plus tard, quel modèle j'aurais voulu... Elle! Sans la moindre hésitation. Si j'étais une toute petite fille et que ma vie était à refaire, je voudrais être comme Assa.

Alors pour une des trop rares fois ou je suis un tant soit peu en mesure de venir "faire nombre", allez, auto-coup d'pied au cul et hop! Attrapé le matériel vidéo de l'asso (dont je ne m'autorise visiblement toujours pas à savoir me servir), et c'est parti.

Je la trouve là bas dans un exercice difficile, auquel on sent qu'elle se prête sans plaisir, avec une légère tension, une lassitude presque imperceptible, mais avec grâce et bonne volonté. Rien ne se prête là à une conférence de presse bien carrée, heure de début, déroulé, heure de fin, ciao; Il faut attendre les questions, et se lancer dans l'exercice de communication. Quand d'autres arrivent et tendent à nouveau le micro il faut recommencer, reformuler à chaque fois les informations à transmettre, entre deux bises à celles et ceux qui sont venus la soutenir :
La mise en examen va suivre, c'est une procédure automatique.
Les plaintes pour diffamation concernent des posts de 2018 et de janvier 2019, c'était une de ces contre-attaques dans un contexte où le non-lieu leur semblait assuré. Mais après cela, en février, étaient tombés les résultats de la contre-expertise médicale prise en charge par la famille et qui concluait à une asphyxie mécanique, c'est à dire induite par la position et la contrainte exercée sur le corps dans cette fameuse position, et selon ces derniers éléments, les gendarmes sont bien responsables de la mort, donc pas de diffamation. Lesquels gendarmes ont quand même pris pour avocat celui du leader de l'ex FN, ce qui en soit est tout de même assez éloquent.
On lui demande "comment soutenir", elle parle des tee-shirts, disponible un peu partout, rappelle la nécessité du soutien financier (-> ICI <-) face au cumul des batailles judiciaires, notamment. Sa présence se reprécise en le rappelant, en le martelant : la situation financière aujourd'hui est compliquée, et sans moyens, il n'y a pas de combat.

J'essaye de prendre les images que je pourrais enfin relayer directement depuis (et du coup vers) un peertube, mieux encore : le nôtre! (Bon, évidemment c’est pas terrible, mais mon homme m’a reboostée, mis des étiquettes tout le long que je sais plus enlever, et je crois un peu en mes capacités à faire un peu de montage* pour enlever tous mes ratages Smile )

Et puis je décide de transmettre, pour le cas où ça pourrait être utile, mes encouragements, la force de son combat à mes yeux, l'admiration que j'ai pour elle qui le porte si fièrement. Le sourire et la bise que je reçois en retour me confirme que ça valait bien le coup.

Avant de partir, j'attends un autre moment opportun pour dire à Assa que j'aimerais qu'on puisse renvoyer vers son combat ailleurs qu'en direction des réseaux gafams, partie prenante du même système oppresseur que nous combattons. Je me trouve un instant dans la position délicate de l'inconnu qui s'incruste dans une conversation privée, mais cela m'offre l'occasion d'entendre Assa hors pression des caméras sur "son affaire". Elle ne s'explique pas qu'on lui offre cette tribune inespérée alors que les derniers éléments réfutent toute diffamation possible en désignant les responsables avérés.
- Pour vous démobiliser?
- "Mais ça ne fait que relancer la mobilisation au contraire"
- Pour te couper les pattes, à toi?
le regard que je croise alors est plus fort encore, plus habité que celui que je vois habituellement derrière les caméras, et cela me fait plaisir, me rassure encore. Il est serein, tranquille, mais assuré.
"Mais en 3 ans", dit-elle, "ils n'ont pas encore compris que ça n'a pas de prise sur nous, qu'on ne lâchera jamais?"

***


*Je mettrais le lien ici quand je serais parvenue à qqch. Smile
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