Introduction : L’Homme est un loup pour les animaux non-humains (4/n)

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Introduction : L’Homme est un loup pour les animaux non-humains (4/n)


À la suite de ces constatations, un bilan se profile en bien comme en mal. Cela implique de développer des théories révolutionnaires.

Pour structurer notre discours et notre pensée politique, il convient de s’intéresser au corpus révolutionnaire existant, à savoir ce que nous connaissons de mieux : la lutte des classes. Cela peut paraître impromptu puisqu’il y a pas vraiment de lien entre la lutte pour le droit des animaux et la lutte des classes. Pourtant, entre une exploitation d’une classe par une autre et celle d’un animal au profit d’un autre, il est aisé de faire un parallèle. La classe dominante que l’on peut appeler la bourgeoisie domine de façon magistrale l’ensemble du système politique actuel.

Vouloir la fin de l’exploitation de l’animal par l’être humain sous-entend de s’attaquer au problème fondamental de l’exploitation de l’être humain par l’être humain, tout comme du système qu’il engendre à savoir le capitalisme. Si nous ne remettons pas en cause le capitalisme, nous serions dès lors dans une logique réformiste. Se débarrasser de l’exploitation bouchère aux dépens des animaux sans remettre en cause le système capitaliste tend à perpétuer les pratiques et les préjugés originaires qui réduisent les autres êtres vivant à l’état de matière brute. Pourquoi peut-on parler justement du lien entre l’exploitation des animaux et l’exploitation du prolétariat ?

Dans notre société, l’homme se comporte comme un prédateur vis-à-vis de ses semblables [1]. Or, la prédation apparaît comme quelque chose de nocif. En effet, il ne s’agit pas d’une question de survie, mais de vivre dignement. Pourquoi l’homme est un loup pour les siens ? Dans le système capitaliste moderne et mondialisé, nous vivons selon un puissant individualisme : cette attitude généralisée favorise une concurrence outrancière entre les individus afin que de nous réduire à de purs outils sociaux maximisant le profit. Nous sommes aussi un loup pour les autres animaux. Or, la question récurrente auquel nous sommes confrontés réside dans le fait que nous les élevons des animaux dans de véritables usines sans âme ni fenêtre ; Nous prélevons leurs organes, à savoir la viande et l’ensemble des produits dérivés, mais aussi tout un ensemble de sécrétions sous la forme de produits laitiers, d’œufs et, enfin, ou de succédanés nécessaires aux études suivies dans les laboratoires. Ainsi, les "instituts scientifiques" ne sont souvent que des moyens de justifier de vulgaires mises sur le marché de produits cosmétiques. On constate que l’animal a été totalement dépossédé du droit fondamental de vivre.

Lénine disait :



Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire. On ne saurait trop insister sur cette vérité à une époque où l’engouement pour les formes les plus étroites de l’action pratique va de pair avec la propagande à la mode, de l’opportunisme. [2]



Promouvoir l’émancipation des animaux est aisé à caractériser. En considérant l’être humain comme un animal (certains utilisent d’ailleurs le néologisme « Humanimal »), on ne peut émanciper d’un côté les animaux et , de l’autre, vouloir que l’exploitation entre les êtres humains perdure. Les théories qui veulent émanciper une espèce animale au profit des autres ne tiennent pas vraiment la route. Malheureusement, le véganisme poursuit une chemin où on met en avant une démarche langagière en totale adéquation avec le capitalisme. Si le mode de vie peut effectivement changer au travers des différents moyens de consommation, les industriels continueront d’entretenir le capitalisme à tout prix en adaptant l’offre par rapport à la demande. Tout tourne quasiment en roue libre au bénéfice des producteurs mercantilistes, les modifications futures des usages quotidiens des consommateurs ne seront alors que de l’ordre du détail.

Ces exploiteurs n’ont rien compris du lien entre les chaînes de production et la mise en place du " pré-fordisme " a un lien indiscutable avec l’exploitation des animaux. Or, les chaînes de production ont pu être mises en place au XIXème siècle lors de l’industrialisation de la "production" de la viande. Elle a aussi organisé une exploitation des salariés entassés sans humanité à leur égard dans ces usines, véritables prisons où régnait le travail forcé suite à la misère sociale. La lutte des classes apparut trés vite et de façon radicaledans ces usines de la « mort ».

Pour étayer notre proposition, il suffit de lire Paterson :



Alors que le développement des voies ferrées permettait le transfert de la production de viande de New York à Chicago dans les années 1850 et au début des années 1860, la construction des Union Stock Yards – regroupement d’entreprises de parcage des bêtes, d’abattoirs et d’entrepôts de viande –, ouverts officiellement le jour de Noël 1865, transforma l’abattage des animaux en une véritable industrie et fit de Chicago la nouvelle capitale des « tueries » d’Amérique. [3].



Le fordisme, mécanique sociale de la nouvelle ère industrielle, n’est en aucun cas, une nouvelle ère révolutionnaire. Il s’agit simplement d’appliquer les modèles de management issus des abattoirs. Les techniques modernes de production du capitalisme sont intrinsèquement liées au développement du spécisme. Dès lors, la critique de la production du capitalisme devient primordiale pour sortir les animaux de cette logique d’exploitation nihiliste, afin que ces derniers ne soient plus considérés seulement comme des marchandises. Or, en abattant les frontières du spécisme, on doit pouvoir faire tomber un autre système de domination de façon simultanée : le capitalisme. Les deux restent intimement liés. L’oppression d’une majorité par une minorité ne pourra guère durer dans le temps. De plus, nous allons vers un système qui tend à se radicaliser et à s’enfermer toujours plus dans ses propres contradictions. Le spécisme tout comme le capitalisme est en bout de course. Il ne s’agit pas d’une lutte momentannée mais dans le long terme. Définir une société post-capitaliste et post-spéciste nous importe plus que tout, puisque notre but ultime consiste à ce que l’être humain et l’animal soient délivrés de leurs chaînes respectives.

La libération partielle ne permettra pas de stopper l’oppression de façon globale, si celle-la se réalise dans une approche purement réformiste.

Il n’y a qu’un pas de la social-démocratie au welfarisme. Le problème c’est que les méthodes réformistes ne veulent pas rompre avec le « vieux monde ». Cela sous-entend que nous n’avons rien à attendre dudit « vieux monde », que l’on pourrait désigner comme étant militant du « spécisme » ; en ce sens, il prévaut construire un nouveau monde basé sur l’émancipation de l’ensemble des espèces vivantes. Contre notre démarche progressiste et émancipatrice, il se trouve bien sûr des mouvements conservateurs prêts à tout pour défendre le système actuel. Sous couvert de progrès économique, les politiciens et ces "militants" décélèrent à grand frein pour ne pas casser la machine à cash. Malgré eux et contre eux, la spirale infernale du capitalisme échouera et tombera, tout comme celle du spécisme : d’ailleurs, les deux principes oppresseurs disparaitront sans doute en même temps. Ainsi, il convient de mieux nommer les choses depuis que l’élevage français prend le chemin modèle allemand, celui des "fermes-usines". En effet, les agriculteurs agrègent des surfaces et des cheptels pour former des exploitations toujours plus grandes, lesdites "fermes-usines" à l’allemande. Cela découle d’une concurrence acharnée entre les pays pour obtenir la plus grosse unité d’exploitation. Or, de nombreuses entreprises sous forme d’actions se développent sans cesse. L’agriculteur a certes une part très importante suite à la pratique liée métier, source d’expertise, mais il est de plus en plus dépossédé de son outil de production. La grande bourgeoisie prend progressivement le contrôle du monde agricole pour le convertir au néolibéralisme. Manifestement, il existe un lien profond entre le capitalisme et le spécisme qu’il défend et développe. De même, il y a une rhétorique assez boiteuse chez les réformistes : ceux-là essayent de nous faire croire que l’agriculture familiale changerait de fond en comble le problème. Pourtant, ils ne font que déplacer le problème, mais en enrobant le discours favorable à l’exploitation des animaux avec une certaine éthique. Dans leur bouche mielleuse, l’emballage compte plus que le produit lui-même...

Notes :

[1] Nous ferons référence ici à la locution de Plaute : "Lupus est homo homini, non homo, quom qualis sit non novit" : (Quand on le connaît pas, l’homme est un loup pour l’homme)

[2] Lénine, Que Faire, Éditions Sociales, p. 26

[3] Charles Patterson, Un éternel Treblinka, Partie II : Espèces supérieures, race supérieure, Chapitre trois : l’industrialisation de l’abattage
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