LA LIBERTÉ ENFIN S'ÉVEILLE AU SOUFFLE DE LA VIE

LA LIBERTÉ ENFIN S'ÉVEILLE AU SOUFFLE DE LA VIE

Soumettre quiconque à une autorité est un comportement mortifère. La vie ne connaît pas de maître.

L'effondrement mental de l'autoritarisme a mis en lumière une réalité dont les insurgés du vivant prennent peu à peu conscience : l'intellectualité est une mutilation de l'intelligence sensible. Elle est le produit d'un arrachement de la pensée à la vie.

L'intelligence intellectuelle participe d'un processus d'abstraction où la réalité vécue est niée. À mesure que s'effondre la grande Baliverne autoritaire, l'ascendant de l'intellectuel décline. Plus le pouvoir devient une forteresse vide, plus l'intellectuel sonne creux.

Nous sommes né pour accroître notre potentiel vital, non pour augmenter le pouvoir de l'argent qui s'y substitue.

Mais l'incapacité d'appliquer la stratégie du bouc émissaire aux insurgés de la vie quotidienne révèle aussi que les prétendues élites sont victimes d'un effondrement mental qui s'accélère à mesure que le spectacle du vide pallie le vide de leur existence authentique. La vie leur échappe. Elles n'ont plus l'entendement suffisant pour comprendre qu'une mutation des comportements annonce une ère où l'individu s'arroge la liberté d'être humain, une civilisation qui abolit la prédation et la peur qu'elle propage.

Alors que l'énormité d'une rentabilité mortifère menace d'écraser la terre et ses habitants, comment ne pas se réjouir qu'une grande colère s'enflamme partout et que la plus infime étincelle en propage l'incendie au monde entier ? C'est une colère sombre et joyeuse, souvent confuse, parfois aveugle. Elle monte, elle s'exacerbe irrésistiblement. Si elle retombe ça et là, nous et nos ennemies le savons : elle éclatera de plus belle, elle réduira le vieux monde en cendre et le souffle du vivant les emportera.

Les États sont déjà dévorés par une véritable internationale du profit.

Un peuple souverain est un peuple sans maîtres.

Réinventer la subversion, c'est privilégier une inspiration poétique qui se tienne à l'écart des mots d'ordre, des incitations impératives, des interdits. L'autodéfense sanitaire saura empêcher que les miasmes de la militarisation se diffuse jusque dans le camp de la solidarité libertaire.

C'est une erreur que de se soumettre à la loi du nombre. La plupart des révolutions du passé ont été déclenché moins par la participation du peuple que par la résolution de quelques-uns.

Ce n'est pas le nombre de protestataires qui fait leur force, c'est l'intelligence sensible qui progresse chez les individus et les solidarise.

Ouvrir les ailes à l'air du large, c'est laisser la vie nous emporter dans l'enthousiasme des luttes quotidiennes! Là où il n'y a ni haut ni bas, ni maîtres ni esclaves.

Notre droit de vivre garantit désormais la légitimité du peuple insurgé. Ce droit met hors la loi l'État, qui le bafoue.

Nos ennemis ont des armes de destruction. Nos armes sont celles de la création, de l'ingéniosité, de la vie qui conquiert sans tuer.
Les pollueurs et les incendiaires de la planète usent de l'écologie comme d'un détergent pour laver l'argent sale. Pendant qu'au bar du mensonge quotidien les consommateurs débattent des campagnes promotionnelles en faveur du climat, à dix mètres d'eux se livre le combat contre le glyphosate et autres pesticides, contre les industries Seveso, contre le nucléaire, contre l'empoisonnement de l'eau, de l'air, de la terre qu'exige "la bonne santé de l'économie".

Des milliers de savants passionnés par leurs recherches ne demandent qu'à libérer leur savoir, à le dispenser et à lui éviter la gangrène du pouvoir et du profit.

Le lieu de notre existence c'est le village, le quartier, la ville, la région où nous nous battons contre un système économique et social qui nous empêche d'y vivre. Elle est notre vraie patrie et nous sommes résolus d'en chasser les envahisseurs mercantiles qui la mutilent et la découpent en part de marché.

La foule immense des esclaves dressés contre leurs maîtres marche à nos côtés. Peuples affamés, tourmentés, fusillés, massacrés, votre vengeance s'accomplit dans le rire du vivant. Elle est l'humanité souveraine que nous voulons instaurer.

Raoul Vaneigem, La liberté enfin s'éveille au souffle de la vie, Manifeste 2020 (extraits)




https://collectif-feignasse.over-blog.com/2021/07/...
Pièces jointes
Code Captcha
-->
Recharger le code
Saisir le code