Débat : Le travail

Un débat que j'ai trouvé très intéressant et très accessible, et qui concerne ceux qui travaillent comme ceux qui ne travaillent pas...

Un débat proposé sur le forum Resistance.tk (page TCB : https://www.thechangebook.org/resistance-tk/ ) par ses membres.

Je voulais poster un texte de Bourdieu dont un prof nous avait parlé à propos de la vision marxiste du travail.

Comme il nous l'a expliqué c'était : Bourdieu parle d'une vérité objective et d'une vérité subjective, l'imbrication est constitutive des rapports sociaux. Le sociologue ne doit donc pas se contenter de comprendre la vérité objective pour comprendre le monde puisque cette vérité est masquée par un discours et que les agents prennent des décisions rationnelles en fonction de ce discours autant qu'ils sont influencés par la réalité des rapports sociaux.

Avec l'exemple du travail selon Marx ça donne :

La vérité subjective du travail c'est : un salarié lit sa fiche de paie, il sait qu'il est payé 10 euros de l'heure et qu'il travaille 40 heures par semaine puis il lit son salaire mensuel qui est de 1600 € (brut, net on s'en tape). Or 40 * 10 = 400, 400 * 4 (semaines par mois) = 1600, apparemment tout concorde.

D'un autre côté on a la vérité objective des échanges. Historiquement, elle commence par la production de ce dont on a besoin.
Ensuite il se trouve qu'un autre possède une chose dont nous avons besoin et nous-même possédons un surplus de ce que nous produisons. D'où le troc.
Schématiquement l'échange devient donc : M <=> M. Marchandise contre marchandise.
Sauf que cette situation est idéale, celui qui a ce dont on a besoin n'a pas nécessairement besoin de ce qu'on produit. Par conséquent on doit trouver ce dont il a besoin, cette chose étant produite par une tiers personne et du coup on fait d'abord l'échange avec elle avant de revenir voir le premier. Sauf que celui-ci a pu entre temps déjà échangé son surplus de produits avec d'autres gens. Bref la relation devient compliquée, d'où l'invention de la monnaie qui permet d'avoir un bien symbolique échangeable contre n'importe quel autre bien.
Le schéma devient : M => A => M. Soit, on produit une marchandise, on la vend puis grâce à l'argent on achète la marchandise dont on a besoin.
Ceci dit, ce schéma s'est transformé en ça : A => M => A.
Autrement dit, on investit de l'argent pour produire une marchandise qu'on revend ensuite. C'est le capitalisme.
Mais en regardant cette formule Marx reste perplexe. En effet, si le premier A est égal au deuxième A le procédé n'a aucun intérêt. Par conséquent entre l'investissement et la vente il a un ajout de valeur.
Le schéma est plutôt A => M => A+

Marx se demande donc d'où ça vient. Il regarde donc ce que comprend l'investissement du capitaliste :
- Les machines
- Les matières premières
- Le salaire des employés...

Or tout ce qu'achète le capitaliste doit être payé le prix que ça coûte, il ne peut pas faire autrement. Donc le seul truc sur lequel il peut rogner du fric c'est sur le salaire. Autrement dit, le prix que le capitaliste paye ses salariés est inférieur à la valeur qu'ils créent.
Selon cette analyse, les travailleurs sont spoliés.

Ce que dit Bourdieu est que se contenter d'une des deux "vérités" ne peut pas permettre de comprendre le réalité sociale du travail. Dans le premier cas on passe, on ignore les conséquences pratiques de la spoliation des travailleurs, dans le deuxième cas pourquoi les travailleurs ne se révoltent pas ?
C'est uniquement parce que ces deux "vérités" coexistent qu'on peut vraiment expliquer l'état des choses. Les travailleurs sont spoliés et ils ne se révoltent pas à cause de la "vérité subjective", cette spoliation est masquée par le discours "officiel" selon lequel tout travail mérite salaire et si salaire il y a alors la justice est de fait effective.


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(C'est un bref résumé du texte de Bourdieu. Le texte en question est ici : )
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/art...
Bon ....
Dans l'immensité de la complexité du problème, je trouve les raccourcis très .... raccourcis ...

Tiens, rien qu'un au hasard ....
Comment se fait-il que certains au départ aient plus d'argent qui leur permet d'employer d'autres qui ont besoin de "travailler" pour en avoir ?

En remontant un peu, on peut voir qu'ils l'ont eu par la force ( les seigneurs), en rançonnant les autres (taille, gabelle et autres joyeusetés), par chance (trouver une mine d'or), par transmission, par vol... etc etc... et je ne remonte pas plus loin (guerres, spoliations, expropriations, esclavage ....)
Rien qui ne justifie qu'ils soient propriétaires de l'outil de production qui devrait être la propriété collective de ceux qui produisent..
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mes références :

http://www.demagocratie.fr

http://www.actualutte.com
@JoeBar Je ne crois pas qu'il faille nécessairement exposer les racines de la situation, elles sont ce qu'elles sont et on ne les changera pas ; on peut et on doit agir sur la situation présente, la seule sur laquelle nous pouvons avoir une influence et surtout la seule qui intéressent pratiquement le quidam.

Je m'explique :

C'est bien de savoir comment on en est arrivé à l'exploitation actuelle toutefois cela ne résout, en soi, aucun des problèmes quotidiens. Le "raccourci" cité par Makh a l'intérêt de mettre en évidence le principe même du capitalisme (pour pouvoir vendre à petit prix, il faut payer de petits salaires), à partir de ce constat, peut être simpliste, on peut faire comprendre que les futurs développements ne seront bénéfiques que par accident ou en trompe l’œil (1), que la logique même de ce système est de maintenir la pauvreté dans la fourchette où le commerce est possible (Trop de miséreux : on ne peut pas vendre. Trop de riches : on ne peut pas les obliger à travailler)

Or ce qui intéresse les gens c'est le quotidien : combien d'heures, pour quel salaire, quelle sécurité et quel confort ce dernier permet. Tant qu'ils penseront que salariat et entrepreneuriat sont les seules voies vers le confort et la sécurité (comprendre tant qu'ils penseront que la coopération et l'entraide n'apportent pas de réconfort matériel mais seulement une satisfaction morale qu'ils ne peuvent s'offrir n'étant pas nantis) les gens ne chercheront pas à emprunter d'autres voies.

Et un vulgaire panneau est plus efficace pour indiquer un chemin que la lecture des étoiles... D'accord, cela n'est pas la panacée, cela ne permet pas de quitter les chemins battus, ni de naviguer en haute mer mais cela suffit largement pour le quotidien qui, je le répète, est l'essentiel.

(1) La logique n'étant pas de faciliter l'existence mais de la rentabiliser, la facilitation est possible mais marginale. Par ex : les gains de temps dû aux plats préparés sont perdus par les temps de transports. Ou les temps de communication réduits par la technologie qui sont convertis en plus de tâches à accomplir sur la même durée.
Comme dit Reynaud, je pense qu'il faut rester dans le réel et essayer d'élaborer le changement à partir de celui ci. Comment faire pour que les salariés se laissent la perspective du temps social plutôt que du temps travail?
Comment faire dans une société ou l'idéologie récurrente dit qu'il n'y a que des solutions individuelles qui ne laissent pas le temps au salariés d'avoir du temps social? Comment faire dans une société ou les précaires ont le temps mais peut être pas le regard vers une autre perspective possible que le salariat?

Selon moi il est important de redéfinir le SOCIAL depuis qu'il est ouvert à la marchandisation, au management et aux pratiques professionnelles sur Internet. Il faut que les réseaux d'acteurs du SOCIAL le reprennent en main et qu'ils arrivent à se différencier du système SOCIAL soumis aux MARCHÉS (public ou privé) et aux nouveaux métiers des RÉSEAUX SOCIAUX.
Et surtout d'arriver une fois redéfinit par les acteurs, de le faire VIVRE aux citoyens pour qu'ils l’EXPÉRIMENTENT, qu'ils l'AFFECTIONNENT et qu'ils le DIFFÉRENCIENT du temps social DANS L'ENTREPRISE, du temps SOCIAL dans le PUBLIC, pour arriver à une VISION COMMUNE de la VIE.
T.SⒶV.