Interprétations au désengagement électoral, "La démocratie est morte, vive la démocratie", par Alexandre Renaud, proposez les vôtres..

La démocratie est morte, vive la démocratie!

Lors des élections régionales des 6 et 13 décembre 2015, la moitié des personnes inscrites sur les listes électorales n'est pas allée voter. Sur le nombre de Français de plus de 18 ans, seuls 48,7% ont exprimé un vote valide, donc 51,2% des Français en âge de voter n'ont pas exprimé de choix pour l'une des listes.

Bizarrement cela n'est pas un sujet d'analyse assez pertinent aux yeux de nos experts télévisuels et ils n'en parlent guère. A leur décharge on ne sait pas exactement ce qui se cache derrière l'abstention : un je m'en foutisme total, un je m'en foutisme partiel ou un désaveu franc et assumé.

Le je m'en foutisme total concernerait les décisions prises; auxquelles le "désintéressé" préférerait la pêche à la ligne. C'est l'interprétation "classique", celle qui permet aux experts, politiques comme politologues, de ne se poser aucune question et de continuer comme si de rien n'était.

Le je m'en foutisme partiel serait d'affirmer qu'aucune des propositions ne méritent qu'on la plébiscite et là ça pose un sacré problème à nos experts politiciens ou vendeurs de sondages... Si la majorité de la population pense qu'aucune proposition ne mérite leur vote, cela voudrait dire qu'il faut repartir de zéro, pas zéro comme «on recommence le vote», zéro comme «on recommence à élaborer des programmes». Imaginons qu'un architecte d'intérieur vous propose 4 plans inadaptés, bancales, ou hideux, il serait absurde et inacceptable qu'il vous impose celui qui vous a donné le moins envie de vomir... On peut exiger que, pour un sujet autrement plus important que l'aménagement d'un intérieur, il soit nécessaire d'obtenir plus qu'un «celui ci me paraît le moins invivable.»

Dans ce groupe, il est important de mentionner toutes les personnes qui se sont lassées d'être contraintes, de scrutin en scrutin, à asseoir le bipartisme contre leurs propres intentions de vote. On ne sait plus aujourd'hui à quand remonte cette injonction implacable d'un "front républicain" qui fait fi des sensibilités politiques, ce dès le premier tour, et qui se double de l'opprobre dont la vox populi se fait l'écho.

Le désaveu, quant à lui, serait de rejeter non seulement les personnes et les programmes mais aussi le fonctionnement même de l'élection ; dans ce cas nos experts habituels sont encore plus impuissants. L'idée de démocratie se limitant pour eux à l'élection d'un expert, d'un technocrate, d'un de leur pair, détenteur lui aussi d'un savoir ou d'une légitimité ; la démocratie directe, la démocratie liquide, l'autogestion ne sont pour eux pas envisageables car elles les priveraient de postes, de sièges ou de mandats et donc de rentes.

L'abstention, c'est effectivement 42% des inscrits sur les listes, et sur cette base, c'est déjà un chiffre important. Pourtant, nous n'avons pas parlé ici de toutes les personnes qui n'ont pas jugé bon, sans doute pour des raisons similaires, (sinon quelles autres?) de s'inscrire sur les listes. On les évalue ici à 6,4 millions de personnes, ce qui n'est pas tout à fait rien non plus*.

La démocratie n'est pas qu'une question de pouvoir, elle est avant tout débat, discussions, recherche de solutions, de consensus, d'adhésion à un projet. Il y a une poignée de jours, la majorité des citoyens n'ont même pas pris la peine de dire «merde» aux nombreuses propositions qui leur étaient faites, dans notre vieille façon de faire cette majorité se retrouve totalement ignorée, ne peut-on envisager mieux?

Qu'en serait il si, par exemple, nous avions une année pour peser nos choix pour l'année suivante? Si nous pouvions, dans ce laps de temps, nous déterminer sur des points précis, après avoir savamment étudiés leur faisabilité et leurs coûts, ceci en connaissance du budget et de l'influence de chaque décision sur celui là?
Reynaud Alexandre
Décembre 2015



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POUR CONCLURE, ÉTAT ET CAUSE DU DÉSENGAGEMENT ÉLECTORAL

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2nd Tour sur personnes en age de voter.png

Qu'ils soient dû à un je m'en foutisme total, un je m'en foutisme partiel, un désaveu du système électoral, du système politique et/ou économique, les chiffres de l'abstentionnisme et de l'absence pure et simple d'inscription sur les listes électorales ne sont ni anecdotiques, ni secondaires.
On ne peut se contenter, élection après élection, comme c'est le cas jusqu'à présent, de s'en alarmer dans les médias le temps de la mise en place des équipes gouvernementales pour s'en désintéresser aussitôt.
En effet, s'il existait vraiment parmi les abstentionnistes et les non-inscrits des espèces de grands nigauds infantiles, dont les "absences" n'exprimeraient rien, ni une absence de représentation parmi les candidats, ni un désaccord avec le système électoral, politique, et/ou économique, que dire d'une société qui laisserait perdurer une telle situation, ou plus exactement que dire de dirigeants qui ne permettraient même pas à cette société d'y pallier?
Que cette situation les arranges ou non, elle représente un déni de démocratie flagrant. Et leur peu d'intérêt ne serait-ce qu'à permettre l'éducation citoyenne d'un pan entier de la population qu'ils jugent si immature, voir médiocre?
Une chose est sûre aujourd'hui en tout cas, c'est que si ces absents des scrutins étaient aussi immatures qu'on se plaît à le laisser entendre, ils le seraient toutefois bien moins que ceux qui votent à la tête du client sans rien comprendre ni des enjeux, ni du fonctionnement électoral.
Et moins pratiques, aussi, ne se soumettant pas à la manipulation éhonté qu'on croit, dans les hautes sphères condescendantes, pouvoir se permettre avec ces sans-dents, ces pouilleux, ces pecnots en bras de chemise, bas-peuple supposé incapable de jamais voir le pot-aux-roses.
Mesdames et messieurs de la fRance d'en haut, s'il vous reste encore suffisamment de monde à trahir, ce n'est pas tant dû à la bêtise de vos ouailles qu'à la marge de manœuvre que vous leur laissez, quand il suffit de l'accord de 22% d'entre eux pour vous en rendre maître. Il y a fort à parier que pas loin des 78% restants ne sont plus dupe depuis belle lurette, et si vous souhaitez regagner leur confiance, il va falloir vous montrer un tant soit peu honnête, suffisamment au moins pour ne plus faire les autruches abasourdies de constater les chiffres du désintérêt à ce jeu truqué.


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