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- REJOINDRE LE SOMMAIRE du recueil des lettres publiques

- Lire les courts récits

écrits à partir de fin septembre
faute de moyens pour continuer l'écriture
de l'ouvrage commencé au mois de mars.





Nos nouvelles publiques à s'échanger de Cesare hors Gafam

par et pour ami.e.s et soutiens


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Lire et signer l'Appel sur Lundi Matin




Une mesure de censure a été mise en place sur son courrier dès son arrivée en Calabre. La requête formulée contre cette censure a été rejeté le 29 octobre. Il fait également l'objet, dès lors, de rapport disciplinaire sur rapport disciplinaire, notamment le 16/09 pour avoir contestée la censure postale le 15 en même temps que la menace d'être confronté au milieu djihadiste, dont il est, de par ses projets littéraires et prises de position, une cible potentielle. Un autre rapport disciplinaire sanctionne sa tentative de faire passer des informations à ses avocats par ses proches, relayée par les médias italiens. Transféré de force en plein cœur de la section Isis, (en Version originale ici), dans une cellule crasseuse et dénuée de tout mobilier, toujours à l'isolement de fait, privé de son activité d'écrivain faute d'ordinateur, pratiquement sans même un livre à lire, il ne lui reste, comme son personnage Marco, que les tâches au mur comme interlocuteur et seule occupation, ou la lecture des communiqués du Vatican.
Il faut être particulièrement persévérant.e, écrire en Italien, et parler du beau temps, pour avoir une chance de lui faire parvenir du courrier, et lui même a beaucoup de mal à en envoyer.
Il dit également que climat est délétère, qu'ils feront tout pour le faire passer pour dangereux, et que la censure sur son courrier ne s'applique visiblement pas aux lettres de menaces qu'il continue de recevoir.



La requête contre la censure postale qui achève de l'enterrer vivant a été rejetée le 29 Octobre. Plus d'informations à ce sujet, lire Cesare Battisti - l’isolement s’amplifie - Rejet de la requête contre la censure -> ICI <-



Cesare Battisti - Désinformations, manipulations, mauvais traitements et patate chaude.

Suite à l'annonce le 8 Septembre 2020 de sa Grève de la faim et des soins thérapeutiques, Désinformation et représailles...
Si on ne sait pas quoi faire de Battisti, il ne causait aucun tort dehors, auprès de son fils qui grandit.

(Cf notamment la

Requête de Cesare Battisti contre la censure - Rejetée le 29 Octobre par le Tribunal de surveillance de Catanzaro

Traduction, - retrouver l'original en italien -> ICI <-)

- Signer l'appel sur Lundi matin!







Dernièrement :

On peut sans doute dire que Cesare est aujourd'hui enterré vivant. Il croule sous les coups d'une série de sanctions disciplinaires. l'une d'elles sanctionne la transmission de ses textes littéraires, témoignages et revendications envoyés par voie postale jusqu'au 12 septembre dernier depuis la prison d'Oristano alors qu'il n'était pourtant pas soumis à la censure. Cette sanction l'empêche pratiquement d'envoyer et de recevoir son courrier (hormis les dizaines de lettres de menaces, qui elles, étrangement, ne semblent pas soumises à la censure). Une autre de ces sanctions a pour objet sa tentative de faire passer par sa famille des informations pour ses avocats, qu'il n'a pas pu avoir en ligne depuis, et dont l'enregistrement avait été diffusé par les médias italiens le 26 Septembre dernier. Depuis, son isolement total se maintien, sans même un livre à lire. Lire -> ICI <- la traduction d'un texte de lui qui illustre en partie, sous une forme littéraire, cette situation, ses efforts pour ne pas voir son esprit se disloquer sous un tel traitement, et la façon dont cela affecte, malgré de tels efforts, son élan vital.

Pour rappel, une campagne de désinformation quand à la légitimation de l'isolement, suivi d'un transfert soudain vers la Calabre, sans avertir ses avocats, avaient été orchestrés immédiatement après que Cesare ait annoncé entamer une grève de la faim et des soins le 8 septembre 2020. Toutes les plaintes et recours (cf notamment la
plainte du mois d'Août) pour faire valoir ses droits en détention étaient, avant cela, restés vains. Au point que l'avocat Davide Steccanella remette en question la justice et sa propre fonction
- Il reste actuellement soumis à une classification AS2 (haute sécurité). Une classification réservée normalement à une personne hautement dangereuse (40 années après les faits, d'une vie d'écrivain bien remplie comptant de nombreuses publications, toujours parfaitement intégré socialement malgré de constants obstacles).
- À propos de son isolement de fait depuis depuis tout ce temps, tandis qu'il était le seul de ce régime spécial de sa prison, les médias, y compris français et brésiliens, diffusent donc dès le 9 septembre une information floue qui laisse entendre, en particulier par un titre trompeur, que la cour de cassation aurait validé cet isolement le même jour, ce que dément formellement son avocat de Sardaigne : Si celle-ci a bien cassé un vieux recours contre les 6 premiers mois d'isolement, en aucun cas l'isolement qui se poursuit depuis un an et demi maintenant ne peut s'en trouver légitimé.
- Sa santé se dégrade. Une hépatite B a été diagnostiquée, une prostatite aurait été, un temps, suspectée, et il parle dans son courrier du 8/09/2020 d'une insuffisance pulmonaire. Un régime alimentaire compatible avec son état de santé ne lui avait en effet pas été accordé, pas plus que le réchaud qui lui aurait permis de "cantiner" comme les autres détenus, de façon à pourvoir lui-même tant bien que mal aux exigences de la maladie en matière nutritive.

- À la demande de transfert vers la prison de Rome ou celle de Milan, plus près de son avocat et de sa famille, à été opposé un projet de transfert vers la Calabre, dans une prison dédiée au terrorisme islamiste. Ce projet a donc été mis a exécution le 12 Septembre, sans préavis ni en informer les avocats de Cesare, alors même que la presse était au courant. Ils soulignent par ailleurs à cette occasion les entraves aux droits de la défense qu'ils ont vécus jusqu'ici. Une mesure de censure a été presque immédiatement mise en place sur son courrier, et il a déjà fait l'objet d'un rapport disciplinaire le 16/09 pour l'avoir contestée le 15.

- Parmi les raisons qui avaient poussé Cesare à entamer une grève de la faim et des soins de santé, le contact réduit notamment avec son fils de 5 ans (qui vit au Brésil), le repas chaud tout ce temps en option au choix avec l'heure de promenade de façon à interdire toute interaction avec les autres détenus qui partaient manger à la même heure, la température de sa cellule qui pouvait culminer à 45°, plusieurs situations d'
intimidations, demeure aujourd'hui, dont on sache un tant soit peu, l'inaccessibilité pour sa famille et ses avocats encore aggravée par ce transfert en Calabre, et une autre forme d'isolement, pire encore, celui-là, n'étant pas envisageable pour lui de partager la promenade avec le milieu Djihadiste...


- Publication, le 28 mai dernier aux éditions du seuil, de l'un de ses derniers romans, Indio ->plus d'info ici<-




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Sommaire chronologique :

Août/Sept. 2019
----- ----- Lettre aux camarades, traduction de Lettera ai compagni, publiée sur Carmilla on line, le 7 Septembre 2019
Septembre 2019
----- ----- Notizie di Oristano, lettre de Cesare publiée le 8 octobre dernier sur Carmilla on line, site ami de Cesare. Traduction à venir.
Sept./Oct. 2019
----- ------ 29 Septembre, ... et je ne pensais pas à toi., traduction de la lettre publiée le 19 octobre sur Carmilla on line
Oct./Nov. 2019 ----- ------- Désinformation, traduction d'une réponse faite par Cesare à une tribune de la Repubblica, publiée sur Carmilla on line le 6 Novembre 2019
Novembre 2019
----- ------ Les amis de Bolsonaro, traduction de la lettre de Cesare publiée le 27 Novembre 2019 sur Carmilla on line
Déc. 2019/Janv. 2020 --- --- Corso e ricorsi publiée le 27 Novembre 2019 sur Carmilla on line
Fév./Mars 2020 ----- ------- Extrait expliquant l'aspect juridique de l'enlèvement en Bolivie datée du 1er février dernier.
Mars 2020
----- ----- ----- Cesare Battisti : depuis la prison de haute sécurité d’Oristano publiée sur Lundi matin le 23 mars 2020. Cesare décide de ne plus taire les abus de sa
---- ----- ----- ------détention et en appelle à ses soutiens.

Mai 2020 ------ ----- ----- L'ineffable plan de lutte contre la pandémie dans la prison d'Oristano traduction de la lettre du 19 mai 2020 publiée sur Carmilla online ce 7 juin.
---- ----- ----- ------État de santé et conditions de détention.

---- ----- ----- ----- ----- Publication, le 28 mai dernier aux éditions du seuil, de l'un de ses derniers romans, Indio ->plus d'info ici<-
Juin 2020 ----- ----- ----- La Peste traduction par Lundi matin du texte poético-politique publié le 23 Juin sur Carmilla online.
---- ----- ----- ----- ----- Dada a Oristano. Plan pandemie, second épisode traduction du texte publié le 27 Juin sur Carmilla online
Juillet 2020 ---- ----- ----- Coatteria Ministeriale. Traduction d'un texte daté au 10 juillet, publié en version originale le 16 juillet sur Carmilla on line Témoignage d'un traitement contraire
---- ----- ----- ------à la dignité humaine.
Lecture de cette traduction à écouter -> ICI <-
---- ----- ----- ----- ----- "Si vous voulez condamner à mort Cesare Battisti faites-le franchement : dans cet État de non-droit, faire son métier d'avocat
---- ----- ----- ------est impossible!"
Traduction de l'Interview de l'avocat de Cesare publiée sur Il Dubbio sous le titre «Condannate a morte Battisti, fate prima: in questo Stato di non-diritto
---- ----- ----- ------fare l’avvocato è impossibile»
et publié le 13 juillet dernier.
---- ----- ----- ----- ----- Mise au point traduction et appel par S.Quadrupani le 29 juillet sur Lundi matin de Messa a punto paru sur Carmilla online le même jour.
---- ----- ----- ----- ----- SOMMES-NOUS DES HUMAINS OU DES CAPORAUX ? Traduction de la lettre publique de Cesare Siamo Uomini o caporali?
Août 2020 ----- ----- ---- ALLA PROCURA DELLA REPUBBLICA DI ORISTANO Traduction de la lettre publique de Cesare ALLA PROCURA DELLA
---- ----- ----- ------REPUBBLICA DI ORISTANO
où il annonce porter plainte contre la maison d'arrêt
---- ----- ----- ----- ----- Sur la peau de Primo Levi, traduction du texte Sulla pelle di Primo Levi, ou Cesare parle des travers du système carcéral, reflet exacerbé de celui de la
---- ----- ----- ------société, et son entreprise destructrice.

---- ----- ----- ----- ----- Recours contre les sanctions disciplinaires Traduction du ricorso contro sanzione disciplinare daté du 18 Août 2020
---- ----- ----- ----- ----- Même Bertold Brecht le disait Traduction du Lo diceva anche Bertold Brecht daté du 18 Août 2020
Septembre 2020 ----- ---- 8 Septembre 2020 - Grève de la fin totale et refus de soins Traduction de Sciopero della fame totale e rifiuto della terapia,
---- ----- ----- ------Le combat de Cesare pour la vie et la dignité se mue en combat à mort.
---- ----- ----- ------Requête de Cesare Battisti contre la censure - Au Tribunal de surveillance de Catanzaro Traduction de sa requête du 15/09,
---- ----- ----- ------AL TRIBUNALE DI SORVEGLIANZA DI CATANZARO
Sept./Oct. 2020 ----- ----- Lire les courts récits écrits à partir de fin septembre faute de moyens pour continuer l'écriture de l'ouvrage commencé au mois de mars.
Octobre 2020 ----- ------- l’isolement s’amplifie - Rejet de la requête contre la censure le 29 Octobre




Les déclarations publiques de Cesare en effet ne parviennent pas toujours "en l'état" à ses soutiens. Passées à travers le filtre de médias hostiles, certaines servent de tribune contre lui, sans droit de réponse, sans droit de regard, et falsifient son propos.
C'est ce qui s'est passé avec sa déposition du 23 mars 2019.
Ainsi s'est-il aperçu avec un certain retard qu'une déclaration qu'il n'a pas faite s'est tranquillement baladée partout dans les médias à la place de l'originale, sans aucun fact checker pour démêler le vrai du faux, et que certain.e.s de ses soutiens ont cru. Cela l'a beaucoup affecté.
C'est ainsi qu'est née l'idée de ce fil, qui consiste à chercher à gagner un tant soit peu de temps sur l'énorme décalage entre les infos qui nous parviennent et celles qui lui parviennent, en postant ici ses messages à caractère public destinés à ses contacts et amis dans leur ensemble, peut-être un peu plus vite, si possible, que les échanges directs et personnels.
Pour extrapoler, si dans chacun de ses courriers perso à l'un ou l'une d'entre nous, Cesare glissait un message collectif, et si chacun.e d'entre nous qui le reçoit venait le mettre ici, depuis son profil sur le réseau, ou au nom de la page après s'en être fait reconnaître, nous pourrions parvenir à réduire plus encore que le décalage de base, puisque ce qu'il aurait dit à l'un.e peut-être 6 mois plus tard si la question se pose, il le dira alors à tou.te.s avec seulement le temps de décalage d'un seul courrier.




Le 19 Août 2019

(...)À propos, comme quoi l'isolement ça ne rigole pas. La semaine dernière j'ai reçu une lettre d'une amie qui me renseignait sur une grave distorsion de la presse à l'occasion de ma déclaration au procureur de Milan le 23 Mars. Je te reporte ici la phrase originale repérable sur le web, je crois, et l'immonde manipulation qui, apparemment, a été prise au sérieux par la presse française et aussi par certains amis.
Je disais ainsi :
"Il n'a pas été nécéssaire de mentir à ceux qui m'ont soutenu, parce que la question pour eux ce n'était pas innocent ou coupable. J'étais plutôt perçu comme un autre militant de la lutte armée dans les années de plomb"
Ceci, pour les médias venimeux devient "je n'ai jamais été une victime des injustices, j'ai entourtillé tous ceux qui m'ont aidé, pour certains, je n'ai même pas eu besoin de leur mentir"
(...)
Je te demande juste de dire aux proches de faire le petit effort d'aller vérifier ma déclaration originale et de démentir. (...)







..
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Dans cette "Lettera ai compagni", publiée sur Carmilla on line le 7 Septembre 2019, Cesare répond aux réactions qui on pu lui être rapportées suite à sa déposition du 23 mars 2019.

Vous en trouverez ci-après une traduction. Merci, si vous êtes en mesure de le faire, de la vérifier, ou de la prendre avec précaution dans le cas contraire. En effet, la maxime selon laquelle "traduire est toujours un peu trahir", outre les faux frères fréquents entre l'italien et le français, prend d'autant plus de sens dans une situation comme celle là.

Lettre aux camarades


traduction de la lettre publiée sur le 7 septembre 2019 sur Carmilla on line


On me demande s’il était vraiment nécessaire de m’assumer les responsabilités politiques et pénales, en somme la déclaration au procureur de Milan ? Je me demande ce qui motive les personnes qui posent cette question ? Parce que si je savais exactement ce que l’on attendait de moi, il me serait alors plus facile de me mettre à leur place et peut-être trouver quelque bonne raison, qui sans doute ne manque pas, de douter de la pertinence ou non de ma décision.

Je voudrais sincèrement leur répondre, non seulement parce qu’ils le méritent mais aussi parce que je considère que c’est mon devoir de camarade, mais combien d’entre eux peuvent vraiment se mettre à ma place ? C’est à dire, comme faire pour expliquer ou j’en suis aujourd’hui, sans pouvoir dire que c’est le résultat du cumul des dernières quarante années, en particulier depuis février 2004 en France, jusqu’au 23 Mars à Oristano ?

Prenons seulement ces quinze dernières années. Elles ont été un enfer ininterrompu, entre les années de prison, les arrestations rocambolesques, les énormes dépenses d’énergie personnelle et des forces solidaires, une persécution sans pitié, sans réserve et jamais vue auparavant. Elles m’ont vu plus d’une fois abandonner maison, famille, jeté à la rue, renvoyé de mes emplois quand j’en trouvais, à cause d’une opinion publique empoisonnée par une propagande médiatique sans scrupules, destinée à me désarçonner chaque fois que je réussissais à m’agripper à l’espérance d’une vie normale. Ne parlons pas des graves problèmes financiers, je risquerais d’être pathétique.

C’est pour ça que je me demande si, avec une telle persécution, qui a dépassé l’imagination tant en moyens qu’en durée, il est possible que ces bonnes têtes de compagnons clairvoyant aient réussi à résister à l’avilissement de la désinformation, sans se laisser atteindre eux aussi, inconsciemment, modérément, comme le marteau qui, à force de battre, fini par avoir raison du clou, par une telle organisation scientifique du mensonge ?
Parce que, si cela n’est pas le cas, comme expliquer alors que ces camarades exigent de moi exactement ce qu’attendent l’opinion publique, les loies, l’institution ?

Le « mythe Battisti » a été crée pour l’abbattre, ça peut se comprendre et c’est d’une logique implacable. Ce qui est incompréhensible en revanche, c’est que ce mythe soit repris également des camarades, un bon "mythe" à brandir au nom de la lutte révolutionnaire. Et peu importe que ce " mythe" soit fait de chair et d'os, qu'il ne puisse plus être martyrisé - martyr à agiter, selon les goûts, d'un côté ou de l'autre de la barricade.

Au fond, à qui aurais-je vraiment fait du tort, en assumant mes responsabilités par rapport à un procès définitif, archivé, diabolisé?
Je n’aurais pas dû dire la faillite de la lutte armée ? Et pourquoi ? Quelqu’un aujourd'hui peut honnêtement dire que la lutte armée était à faire, que ça en valait la peine ? (et ne confondons pas Mouvement et partis combattants) . J’ai pris cette décision parce que si je ne démystifiais pas le monstre, si je ne disais pas que je ne suis qu’un être humain, alors il aurait mieux valu qu’ils m’aient balancé de l’avion d’État.

Vous voulez avoir une idée claire de ce dont je devais me libérer ? Hé bien, demandez juste à vos compagnons de route, parents, connaissances quelconque, collègues, demandez-leur ce qu’ils pensent de Cesare Battisti et vous aurez la réponse de ce qui m’empêchait de respirer. J’ai avoué sans demander de réduction de peine, ça a été au contraire le commencement, et vous avez assisté juste ces jours-ci à la confirmation de la perpétuité de la part de la Cours d’Assise de Milan, laquelle a grossièrement légalisé un enlèvement en Bolivie. Une perpétuité par ailleurs unique dans le procès PAC !

La question à poser serait plutôt concrètement est-ce que cela en valait la peine ? Oui, indubitablement. (à part les omissions que j’ai laissé passé au moment de la signature à cause de la fatigue), parce que malgré le massacre, j’ai encore la volonté d’avoir un cerveau tout à moi, une chaise, et une table pour vous écrire, à vous, à la famille, et à tous ceux qui veulent encore lire.

J'ai écrit cela d'un seul jet, je ne ferai pas de corrections et, si on m'encourage, je pourrai raconter ensuite les coulisses de Ciampino, j’immagine que les médias ont vomi dessus.

La bise à ceux qui en veulent.







Dans une lettre publiée le 8 octobre dernier sur Carmilla on line, Cesare donnait quelques nouvelles, mentionnant notamment l'acquisition d'un ordinateur non connecté, réduit à l'état de machine à écrire, l'essentiel pour mettre enfin de l'ordre dans ses notes éparses.
Il y revenait également sur les circonstances qui ont produit les inévitables polémiques contre lui, y compris dans son propre environnement.

Cette lettre n'a pas encore été traduite.

En attendant, vous pouvez la retrouver en italien -> ICI <-


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Le 29 septembre 2019, Cesare écrivait une lettre publique pour le site Carmilla on line. Elle était intitulée 29 settembre. E non pensavo a te", à cause de la date où elle avait été écrite, et en souvenir d'une chanson de Lucio Battisti dont le titre se terminait ainsi (pas de lien de parenté entre les deux Battisti au cas ou la question se poserait Smile )
Elle était publiée le 19 octobre. Toujours le même timing entre l'envoi et la réception hélas...

En voici une traduction, probablement approximative, à vérifier, en particulier à chaque doute possible sur le sens. Beaucoup d'hésitations ont précédé cette publication, en l'absence de relecture, parce que le style même de Cesare induit facilement en erreur, la crainte, dans une traduction amateur, de lui faire dire l'inverse de ce qu'il aura écrit, reste tenace...

Aussi, merci de la vérifier avant de vous en faire une idée définitive!



29 Settembre. Et je ne pensais pas à toi.


(Lire l'originale ->ICI<-)

"S’il n’existe aucune preuve matérielle de votre culpabilité pour les crimes pour lesquels vous avez été condamné, il est légitime de plaider non coupable." C’est ce qu’il était d’usage de dire dans les milieux amis, auxquel je n’ai jamais caché mon appartenance aux PAC.

Outre la solidarité politique spontanée des mouvements et des partis impliqués dans la lutte de classe mondiale et, plus généralement, le soutien de penseurs engagés pour la liberté et la démocratie, le droit à la présomption d’innocence a également été considéré comme un argument valable par tous ceux qui m’ont soutenu ces dernières années.

C’est pourquoi, contrairement à ce que s’efforcent de démontrer les exorcistes habituels de la communication, l’innocence en soit n’a jamais été l’argument principal des personnes et des institutions qui ont défendu mon statut d’exilé politique, pendant 38 ans à l’étranger.

Ce point, je tiens à le souligner, j’ai essayé de le rendre aussi clair que possible même au cours de ma première, et unique entrevue avec un magistrat italien depuis 1981 et jusqu'à Oristano le 23 mars 2019.

Personne pendant toutes ces années, parmi les amis, compagnons et soutiens (paradoxalement pas même un magistrat), ne m’a jamais demandé si j’étais coupable ou innocent. Jamais. Ce n’était pas nécessaire, car les longues années de guérilla révolutionnaire avaient abondamment fait le tour du monde.

Les centaines de morts des deux côtés de la barricade étaient de notoriété publique. Tout comme était connu de tous le régime de démocratie compromis en Italie, où les habituelles « forces obscures » bombardaient les places publiques.

Mais je ne veux pas m’étendre sur les raisons qui ont provoqué un conflit armé de plus de dix ans. Cela a déjà été dit par ceux qui ont plus d’instruments que moi pour faire une analyse historique exhaustive de cette période. Je ne cherche pas non plus à minimiser mes raisons politiques et mes responsabilités pénales en prenant pour seul prétexte de mes actes les dits « massacres d’État », parce que celles-ci aussi, malheureusement, s’inscrivent comme facteur de terreur, même extrême, dans la sale guerre contre la lutte pour la liberté, l’égalité, la justice sociale.

En somme, un pays ne peut pas d’un coté pleurer les morts, tous, et de l’autre nier les raisons qui les ont provoquées.

Nous ne sommes pas là pour dire à posteriori (ce n’est pas ici le lieu et, en ce qui me concerne, je l’ai déjà fait) si ces raisons étaient justes ou mauvaises, ou bien combien il est cruel de soutenir l’une ou l’autre chose. Il s’agit tout juste d’admettre qu’il y a eu conflit politique et qu’au sein d’un conflit armé de ces proportions se succèdent des violences inouïes provoquées toujours par les parties en cause. J’en faisais partie, et aujourd’hui je le déplore.
Et oui. Mais quelle est la dernière fois qu’un État, quel qu’il soit, a reconnu spontanément s’être trompé? « Mais nous étions un pays démocratique, avec un parlement élu. » , c’est ce qui se dit depuis toujours. Nous savons pourtant que l’histoire, même la plus récente, nous enseigne que, bien que nécessaire, le suffrage universel ne suffit pas, à lui seul, à garantir la démocratie. « Oui, mais maintenant, l’Italie a changé », répète-t’on ici et là.

Très bien, nous voulons tous y croire, mais alors cela veut dire qu’elle n’est pas assez solide pour pouvoir assumer ses responsabilités, sans craindre les conséquences historiques, comme nous l’avons par contre tous fait depuis longtemps au sein de la gauche révolutionnaire, indistinctement des appartenances de groupe.

Quoiqu'il se dise dans les sphères journalistiques et politiques opportunément saisies d’amnésie, ceci a été et sera encore mon histoire, ma lutte. Ils peuvent changer les méthodes, le but est le même. C’est dans ce contexte qu’il faut chercher la vraie raison des 38 ans de solidarité diffuse qui m’a été manifestée et qui n’a jamais disparue.

Malgré le déploiement inouï de la désinformation et de la dissuasion matérielle et politique exercée par l’État italien, à l’encontre de toute personne qui entraverait mon extradition, pas même après ma confession, il faut le dire, personne ne m’a renié son soutien. C’est sur cette question que les autorités devraient se concentrer, au lieu de s’acharner à en minimiser l’importance.

Loin de moi l’intention de critiquer, ou même de livrer au scandale les méthodes adoptées par l’État italien pour me ramener « mourir » dans les prisons de la patrie (dernièrement, l’enlèvement en Bolivie, déguisé en expulsion illégale et finalement légalisée par la Cour d’assises de Milan en mai dernier).

Je comprends parfaitement comment l’on veut mettre la « raison d’État » au-dessus du droit : du reste, on ne déclenche pas une guerre pour se plaindre ensuite de ses effets plus durs. Cela je l’avais compris alors, quand nous devions nous défendre des habituelles dérapages de l’homme en uniforme ou de l’usage de la torture, et je continue à l’expérimenter aujourd’hui, enfermé dans une cellule d’isolement à Oristano.
Mais si nous arrêtions toutefois de confondre délibérément le jeu des règles avec les règles du jeu (vous me pardonnerez le jeu de mot, je sais qu’il n’est pas le plus adapté à notre drame). Si nous arrêtions d’agiter des épouvantails - il y a toujours un, terrorisme, migrants… - pour éviter de nous remettre sur un chemin qui ne soit pas celui tracé au détriment d’autres, mais pour la dignité, pour le droit, pour une plus grande noblesse d’esprit.

Si nous arrêtions de nous cacher derrière notre petit doigt et si nos petits-enfants avaient la possibilité de se faire leur propre idée, de lire dans les livres d’histoire combien a réellement et honnêtement souffert, et souffre leur propre pays dans la longue lutte pour la démocratie. Si nous écoutions aussi l’appel de ces hommes d’État, notamment l’ancien magistrat Giuliano Turone, qui appellent à se réunir tous à la table de la pacification, à panser la plaie sociale – je parle de paix et non d’amnistie. Si nous essayions de redonner à l’Italie cette dignité internationale aujourd’hui de toutes parts discutée...
Est-ce à taire parce qu’il y a aussi le « monstre-mythe Cesare Battisti?

À vous de voir.









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Dans la lettre ouverte publiée le 6 novembre 2019 sur Carmilla on line, "Disinformazione" Cesare reprend point par point les contres-vérités et non dits contenues dans une tribune du 10 septembre sur "La Repubblica".

Vous en trouverez ci-après une traduction. Merci, si vous êtes en mesure de le faire, de la vérifier, ou de la prendre avec précaution dans le cas contraire. En effet, la maxime selon laquelle "traduire est toujours un peu trahir", outre les faux frères fréquents entre l'italien et le français, prend d'autant plus de sens dans une situation comme celle là, où, par dessus le marché, l'auteur trahi ne peut que difficilement s'en défendre.




Désinformation.



Traduction d'une lettre de Cesare publiée le 6 novembre 2019 sur Carmilla on line


Le journal La Repubblica du 10 septembre 2019, a voulu reproduire une partie de ma lettre à mes camarades, diffusée en premier lieu par Carmilla. Je tiens à remercier la rédaction de La Repubblica pour son attention, certains passages repris correspondent essentiellement au message que je voulais diffuser. Je me sens toutefois forcé de contredire certaines informations contenues en particulier dans le « commento », signé par M. Carlo bonini. Je regrette de le dire, parce que cela sonne polémique et que j’aurais préféré dialoguer dans un climat de compréhension, mais il semble que Monsieur bonini ait quelque difficulté à traiter l’affaire avec la distance et la sérénité dues par qui, comme lui, a la responsabilité, faisant autorité, d’informer le public, autrement dit de créer l’opinion.

Malheureusement, M. Bonini ne résiste pas à la tentation de reprendre le « jeu du massacre » usant des arguments habituels, fruit précisément des distorsions qu’ils ont alimentées, pendant toutes ces années : la désinformation à laquelle j’ai fait allusion dans la « lettre » et qui l’a mis en colère. C’est ce dont il s’agit dans le commentaire qu’il a signé.

Alors que Monsieur Bonini me traite de narcissique – Quel rapport, par ailleurs ? – et de menteur, il commet diverses désinformations. Voyons lesquelles.

1. Il parle de 37 ans de cavale. Il aurait dû toutefois dire, question d’éthique, qu’un fugitif est celui qu’on recherche sans savoir où il est. Cesare Battisti, en revanche, avait, pendant tout son exil, une adresse déclarée aux autorités du pays d’accueil et transmise par elles à l’ambassade d’Italie. Il avait des papiers délivrés par les autorités compétentes; avait de la famille, un travail déclaré, payait des impôts, avait une activité publique à laquelle les journalistes de La Repubblica avaient eu accès à volonté.

2. Il continue de m’appeler « Le terroriste ». Serait-ce que la particule EX ne lui vient pas (pour autant que ce soit l’appellation la plus appropriée à ma militance armée), ou bien le fait-il intentionnellement, ne pouvant résister à la tentation d’alimenter les doutes?

3. Il écrit également « jugement de complaisance et posthume sur la lutte armée ». Posthume oui, mais pourquoi omettre de préciser que déjà depuis 81 je me prononce contre la lutte armée – tout le monde le sait sauf lui? J’avais alors critiqué le choix armé du Mouvement et je n’ai cessé de le faire par la suite dans de nombreuses interviews, ainsi que dans le contenu de mes livres.
Ainsi, n’est-ce pas un peu tendancieux cette mention de «complaisance» de sa part ?

4. Il écrit aussi que j’aurais été « rendu étranger et detestable transversalement... même aux rares personnes qui avaient continué à le soutenir au long de sa cavale ». Je dirais que ce monsieur n’a pas la conscience tranquille. Sinon pourquoi tant d’efforts (« les quelques » dont il parle seraient en fait des centaines, entre partis, associations, etc.) pour tenter de retourner ma lettre contre moi? Comme s’il s’était trouvé quelqu’un, parmi tous ceux qui m’ont soutenu pendant l’exil – et non la cavale, je le répète – qui m’ait rejeté publiquement. D’où lui viennent ces conclusions ? Moi, au contraire, je peux citer des centaines de situations politiques et sociales qui me manifestent encore ouvertement un soutien inconditionnel.
Cela parce que l’innocence n’était absolument pas l’argument principal pour ceux qui m’ont donné asile, malgré la désinformation.

5. Il est également dit dans l’article que je me serais confessé dans l’espoir d’accéder aux « bénéfices* ». C’est faux. Il ne faut pas beaucoup de temps pour vérifier que dans ma condamnation à perpétuité plus six mois d’isolement diurne, ne figure absolument pas l’ « ostatif », c’est-à-dire l’article qui empêcherait l’accès aux « bénéfices ». Parce qu’à l’époque, tout simplement, cette mesure n’existait pas et la rétroactivité négative, si je ne me trompe, est inconstitutionnelle. C’est aussi un oubli, ou c’est intentionnel ?
6. « L’extradition légitime » de la Bolivie, écrit encore M. Bonini, sans dire à ses lecteurs où se trouve le mandat d’extradition que l’Italie aurait transmis à la Bolivie. Pourrait-il citer, à défaut, l’arrêt de la Cour de justice de Milan rendu le 17 mai de l’année en cours, où apparaîtrait la formule « extradé de Bolivie? » Il ne peut pas, parce qu’il n’existe pas de mandat, tout comme il n’y a pas eu d’extradition parce que pour qu’extradition il y ait, il aurait fallut une procédure légale d’extradition, laquelle aurait été refusée, parce que la loi bolivienne ne le permet pas pour des fait politiques et quand il y a prescription, comme c’est le cas pour mes condamnations.
Voilà pourquoi il s’agit d’un enlèvement. Voilà pourquoi une expulsion illégale a fomentée (voir la loi bolivienne à ce sujet), on m’a fait descendre de l’avion brésilien pour embarquer en toute hâte dans l’avion italien. La réalité documentée est celle là, et non le fruit des spéculations habituelles, des non-dits si chers à ceux qui s’offusquent du mot « désinformation ».

Je veux concéder la bonne foi aux journalistes de La Repubblica, à qui je reconnais aussi la dénonciation immédiate du misérable spectacle à l’aéroport de Ciampino.
Sans doute que cette fois ci ils n’avaient pas les bonnes sources. Mais, mais tout de même, voilà bien six « désinformations » contenues dans un article d’à peine une colonne !



*équivalent non trouvé en français. Se rapporte aux possibilités d’aménagements telles que la semi-liberté, le travail à l’extérieur, etc...










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Dans la lettre qui suit, publiée le 27 novembre 2019 sur Carmilla on line, Cesare revient un évènement antérieur témoin du climat politique qui a abouti à son enlèvement à destination de l'Italie en 2018.

Merci de garder en tête que Traduire, c'est toujours un peu trahir. Si cette traduction suscitait des questions, elles seront les bienvenues. (réponses avec le décalage habituel)

Les amis de Bolsonaro



Traduction d'une lettre de Cesare Battisti publiée le 27 Novembre sur Carmilla on line.


Tandis que l’État italien, appuyé par des médias serviables – rien à objecter – s’est autorisé tous les moyens disponibles pour me ramener en Italie, sans s’embarrasser de légalité, J’ai fais quand à moi ce que la loi m’a permis de faire pour l’éviter. Mais mon intention n’était pas de me réfugier ici derrière une conduite supposément légale face à de supposés abus de pouvoir de l’autre. Nous savons que, lorsque « la raison d’État » entre en jeu, le droit et l’éthique sont mis sur la touche. Ou voulons-nous être assez hypocrites pour le nier? les moralistes d’occasion n’en démordent toutefois pas, le lynchage est leur pain quotidien.
Dotés d’une créativité d’un goût discutable, ils trouvent toujours mille raisons de s’improviser juges et prêtres, absoudre ou condamner même quand personne ne leur demande, ou quand il ne reste plus rien à dire : l’État m’a jeté à Oristano, j’ai reconnu mes responsabilités, exprimé ma compassion pour toutes les victimes sans distinction.

Une fois dit ceci je devrais clore cette lettre. Mais il se trouve que, jusqu’à présent, ce sont toujours les mêmes qui ont parlé, ceux qui ont été appelés à absoudre les uns et à condamner toujours les autres. Il arrive alors qu’aujourd’hui, de nombreuses personnes me demandent mon avis sur tel ou tel événement qui s’est produit au Brésil. Il y a surtout trois épisodes qu’on m’a demandé de clarifier.
J'aimerais aborder ici seulement deux d'entre eux ici. Le troisième et dernier mérite un chapitre séparé plus tard, si c'est toujours nécessaire. Je tiens à préciser que toutes les informations données ici peuvent être documentées dans leurs lieux de compétence respectifs. Je sais que je ne peux pas m'attarder sur ce point, pour des raisons d'espace mais aussi d'opportunité. Je dois cependant donner quelques informations de base sur mon état civil au Brésil, sinon certains événements perdraient leur signification.

Après le décret de non-extradition signé par l'ancien président Lula et la confirmation ultérieure par la Cour suprême fédérale en 2011, j'ai obtenu un document de résidence permanente au Brésil. En dehors du vote, ce document m'a donné tous les droits d'un citoyen quelconque. Pendant toute la période brésilienne, en plus de mon activité normale d'écrivain, j'ai exercé plusieurs autres activités professionnelles, toutes dûment enregistrées, ayant ainsi accès en tant que contribuable aux services fournis par l'État. J'ai publié quelques romans, fait des traductions, et me suis engagé dans différentes activités politiques et socioculturelles, sans jamais entrer dans l'illégalité. Dans le cadre de mes activités, j'ai eu l'occasion de visiter certains pays limitrophes du Brésil, comme l'Uruguay, l'Argentine, la Bolivie. Le document qui m'a été délivré par l'autorité brésilienne me permettait de franchir ces frontières. Enfin, en 2013, mon fils est né et en 2015, j'ai épousé la femme avec qui je vivais depuis 2004.

Cela étant dit, je voudrais poursuivre en expliquant dans les grandes lignes comme cela m'a été demandé, comment se sont déroulées mes deux arrestations au Brésil : celle de 2015 à Embù das Artes, Sȃo Paulo, et la dernière en 2018 à la frontière bolivienne.
Les tentatives de l'État italien pour m'arracher à tout prix du Brésil ont été ininterrompues, et plus odieuses encore à chaque échec et mat infligé par la loi brésilienne. Depuis un certain temps, les appareils italiens au Brésil étudiaient la possibilité, entre autres, de me retirer ma résidence afin d'obtenir l'expulsion. A cet égard, un procureur, magistrat d'extrême droite bien connu et lié à l'ambassade d'Italie, a été activé par le lobby militariste qui allait porter Bolsonaro au pouvoir.

Celui-ci, après quelques tentatives tuées dans l'oeuf, tant son interprétation des lois nationales était grossière, a fini par s'associer avec un juge fédéral du tribunal de Brasilia, également dans la sphère d'influence militaire et donc de l'ambassade italienne. Un procés a été secrètement mis en place dans lequel, malgré toutes les règles légales, les parties n'ont jamais été convoquées.
En 2015, la sentence du juge fédéral Adverci Lates Mendes de Abreu, lors d'une audience clandestine, a révoqué ma résidence et ordonné mon expulsion du pays. Dans l'intention de prendre de vitesse les avocats de la défense et les autorités supérieures, le juge ne publie pas la sentence, mais ordonne l'arrestation et l'expulsion immédiate. Le plan de l'ambassade d'Italie et du lobby Bolsonaro semblait s'être concrétisé.

Au mois de mars, Interpol se présentait à mon domicile.

les officiers semblaient s'excuser de m’inviter à les suivre, et me reprochèrent de ne pas avoir contacté mon avocat à temps. Ils semblaient vraiment préoccupés par ce qui se passait. A ce moment, je ne savais toujours pas qu'il y avait un avion prêt à m'embarquer à l'aéroport international de Paulo Sȃo. Je ne sais toujours pas qui a prévenu l'avocat. Tout ce que je sais, c'est que quelques heures plus tard, je suis ressorti libre du quartier général de la police. L'avocat est arrivé à temps pour faire appliquer l'article 63 du Statut : " Aucune expulsion ne sera effectuée si elle met en cause une extradition non autorisée par la loi brésilienne ".

Le 14 septembre 2015, la sixième chambre du Tribunal régional de la première région (Sȃo Paulo) déclara illégitime mon arrestation temporaire de mars 2015 suite à la condamnation de ce juge. L'Italie a réagi avec l'hystérie habituelle ("Nous n'aurons pas la paix", a-t-on crié), comme s'il était légitime d'imposer sa volonté à un autre pays en empruntant des chemins de traverse.

L'Etat italien a tenu sa promesse. Utilisant tous les moyens à sa disposition, dans le but de faire de la terre brûlée autour de moi et de me détruire psychologiquement, il a fait de ma vie quotidienne et de celle de ma famille un enfer pendant les trois années qui ont suivi. Aucun des voisins, de l'environnement de travail et des instances du mouvement politique et culturel que je fréquentais n'a été épargné par la pression, la calomnie provocatrice et le siège ininterrompu de médias agressifs.

Malgré la manœuvre d'étouffement, la solidarité à mon égard s'est consolidée, me permettant de ne pas renoncer à mes engagements familiaux, professionnels ou politiques dans certains mouvements syndicaux et sociaux, comme le MST (mouvement des sans-terre) et le MTST (mouvement des travailleurs sans-abri). Ce sont les instances militantes qui, au cours des années précédentes, m'ont amené à étendre mes contacts politiques et culturels au-delà des frontières. Ce fut le cas de certains membres du gouvernement d'Evo Morales et des mouvements de lutte boliviens.

Ce fut, je crois, mi-2018, quand je profitais du déplacement de deux membres du syndicat de l’USP (Université de Sâo Paulo), dont l’un était avocat, pour me rendre en Bolivie.
J'avais l'intention de renouer des contacts politiques et culturels (je travaillais alors sur un projet éditorial), mais également de m'assurer de la disponibilité future de l'asile dans ce pays, compte tenu de la montée en puissance de Bolsonaro.
Nous sommes partis de Sȃo Paulo. Chacun de nous avait avec lui une modeste somme d'argent pour couvrir ses frais de voyage, et avec le reste pour acheter quelques articles informatiques à prix réduit dans la zone libre. Arrivés à environ 200 km de la frontière, nous avons été arrêtés à un barrage routier. Il était d'emblée évident qu'ils nous attendaient. Après le point de contrôle.

Lorsqu'ils furent contraints de nous libérer et de nous rendre nos documents et valeurs, nous avons réalisé que notre argent avait été mélangé en un seul paquet. Nous ni avons pas fait trop attention, en chemin nous les avons séparés, chacun le sien. Nous avions alors compté, entre dollars, euros et monnaie nationale, un total de 22 000 reais (l'équivalent d'environ 5 500 euros, alors que la limite d'exportation de monnaie par personne, ignorée de tous, serait de 10 000 reais).

Au col de Corumbà, dans le Mato Grosso do Sul, une autre surprise nous attendait : le poste frontière, normalement en désuétude après la création du Mercosur, grouillait de policiers. Nous avons immédiatement imaginé qu'ils ne s'étaient dérangés que pour nous, mais n'ayant rien à nous reprocher, nous avons continué d'avancer. Cette fois-ci, ils n'ont même pas fait semblant d'enregistrer des bagages ou des documents, ils ne s'intéressaient qu'à l'argent. Quand ils ont vu qu'ils avaient été séparés à nouveau, ils sont devenus nerveux. Ils ont commencé à faire de l'intimidation, des menaces, puis ils ont brassé tout l'argent sur une table basse et ont appelé un photographe qui errait dans les environs, à qui ils dirent que l'argent avait été trouvé dans les affaires personnelles de Battisti.

Nos protestations furent vaines, ils nous ont remis tous les trois à une équipe du DIP (Département des renseignements de la police) fraîchement arrivée de Brasilia. Nous avons été transférés au quartier général de la police, où ils commencèrent à harceler mes amis, afin qu'ils m'accusent de quelque chose. Auparavant - nous l'avons appris plus tard - l'ambassade d'Italie avait commencé la dernière partie du plan. C'est-à-dire, activé le juge Odillon, dictateur de la cour de cet État, terreur des avocats, ennemi juré de "ces messieurs des droits de l'homme". Ce personnage devait être l'as dans la manche de l'ambassade italienne : bourreau notoire, figure inconfortable même pour la justice fédérale, il devait prendre sa retraite le lendemain même de notre arrestation.

En échange d’une fin glorieuse à sa carrière de magistrat et d’un appui à sa candidature de gouverneur, le Juge Odillon se chargea de me passer les menottes, de construire une fausse accusation en trafic de valeurs (sic!), aggravée de rien de moins que " blanchiment d'argent " - 22 000 reais à trois.

Une fois de plus, les sournoiseries habituelles n'ont pas porté leurs fruits. L'accusation était si farfelue qu'un juge d'un tribunal supérieur (d'origine italienne et, selon lui, désolé de le faire) a dû ordonner la libération immédiate du soussigné, et passer un savon au malheureux juge Odillon, qui a alors également perdu les élections. Pour la énième fois, l'avion d'État habituel, toujours à disposition de Cesare Battisti, a dû rentrer en Italie sans le " monstre ".

Pour le chapitre suivant, je peux anticiper cette anecdote. Un ministre de la Justice brésilien, grand ami de Bolsonaro, a déclaré à l'époque des événements : " Ils étaient stupides d'agir ainsi. Je l'aurais laissé passer par la Bolivie, cela aurait été facile là-bas". Le même ministre qui a empêché Lula de se présenter aux élections présidentielles, le maintenant en prison, a signé l'autorisation de mon extradition le 18 décembre de cette année-là (par hasard le jour de mon anniversaire).
Traduction (traduire c'est toujours un peu trahir) d'une lettre de Cesare Battisti publiée quand à elle sur le site Carmilla on line.










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Dans la lettre Corso e ricorsi, publiée le 31 Décembre sur Carmilla on line, Cesare répond à la question "mais pourquoi n'est tu pas resté tranquillement au Brésil?", qui lui est fréquemment posée.

Traduction à venir ici si des besoins en sont exprimés...











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Extrait d'une lettre perso de Cesare Battisti datée du 1er février 2020, expliquant l'aspect juridique de l'enlèvement en Bolivie.

Pour la question de la perpète, je vais t'expliquer.
L'État Italien est venu me chercher en Bolivie sans aucun mandat. Ils se sont inventé sur place une expulsion impossible pour la loi bolivienne; s'ils ont agit de la forme, c'est parce que j'ai été livré à l'Italie par la police brésilienne à l'aéroport de Santa Cruz, zone internationale. Dans un cas pareil, il fallait appliquer la loi brésilienne selon laquelle la perpète devait être convertie en 30 ans! Parce que s'ils voulaient faire valoir la loi bolivienne, alors ils devaient venir me chercher avec un mandat de prison internationale, cela veut dire un régulier procès d'extradition en Bolivie, où elle m'aurait été niée parce que c'est politique. Et en plus je suis en prescription. Voilà pourquoi ils ont organisé une fausse expulsion pour couvrir l'enlèvement.























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Lettre de Cesare du 8 Mars 2020, parue sur lundi matin du 23 Mars
Il y dénonce l'abus carcéral qu'il y subit, avec notamment une mise à l'isolement total qui persiste depuis plus d'un an, un choix cornélien dans ce cadre entre repas chaud et promenade totalement solitaire, et les visites vidéo avec son petit garçon de 6 ans finalement refusées, à l'encontre même de son droit parental et des droits de l'enfant.


Cesare Battisti : depuis la prison de haute sécurité d’Oristano




« Mes amies, mes amis, voilà la situation que j’ai endurée en silence depuis mon débarquement à Rome le 14 janvier 2019. »


Rappelons que le tort principal de Cesare Battisti est d’être devenu, à la fin du 20e siècle, le bouc émissaire de la réécriture, par la post-gauche et la droite fascisante italiennes, du soulèvement des années 70 dans la péninsule.

De celui qui ne fut qu’un parmi des milliers de révoltés qui se sont engagés les armes à la main contre la société capitaliste, on a fait un monstre unique dans l’histoire du pays. Cette construction fantasmatique sera quelque jour déconstruite (...) lire la suite -> ICI <-

[quote]

Oristano, le 8 mars 2020

Chères amies, chers amis,
Quinze mois se sont écoulés depuis mon enlèvement et ma déportation, et je suis toujours dans une sorte d’isolement punitif, sans aucune base légale. Une situation inédite dans le système pénitentiaire italien.
Jusqu’à maintenant, si j’ai accepté passivement — mais avais-je le choix ? — cet abus de pouvoir, c’est pour deux raisons simples : d’une part je méconnaissais les normes pénitentiaires italiennes, et d’autre part je rédigeais mon dernier ouvrage— ce qui m’a aidé à supporter le strict confinement autour de ma cellule.

Mais à l’heure actuelle, ces deux raisons n’ont plus lieu d’être : j’ai terminé mon roman (écrit avec des moyens de fortune) et, même dans les conditions où je suis, un an aura suffi pour découvrir les abus de pouvoir que le ministère a mis en œuvre dans le but de me faire « pourrir en prison » — ainsi qu’un ministre d’État l’avait publiquement promis à l’époque.
Toutes les bornes ont été dépassées le mois dernier, lorsqu’on m’a nié le droit sacré à l’appel vidéo-téléphonique avec mon enfant de 6 ans qui vit au Brésil. Cela au mépris de la loi italienne, de la Convention internationale des droits de l’enfant de l’ONU (CIDE) et des dispositions européennes en la matière.
Le battage médiatique orchestré par l’État sur « l’affaire Cesare Battisti » a permis à cette situation dramatique de se produire au cœur de l’Europe : l’Italie se croit tout permis car elle se croit à l’abri de tout éventuel scandale public.
Or, je sais qu’il y a des femmes et des hommes, ici et ailleurs, qui n’ont pas avalé les désinformations sur le soi-disant « monstre » Cesare Battisti. C’est à ces personnes que je lance un appel, afin d’engager une lutte avec tous les moyens permis et disponibles, de façon à obliger l’État italien à respecter ses propres lois, pour tous les reclus, sans distinction.
Je sais que cela sera une tâche difficile, mais il est important d’ouvrir une brèche dans le mur du silence. Autrement, ils auront mené à bien leur plan, ils m’auront enterré vivant.

Je suppose qu’il doit exister d’autres détenus enfermés eux aussi dans des conditions difficiles, mais mon isolement ne me permet pas d’en avoir connaissance.
Pour ce qui est de mon propre cas, les arguments en ma faveur pour mener cette bataille sont solides :
On me tient abusivement à l’isolement, sans aucun contact avec les autres détenus.

Je suis soumis à une sorte de régime punitif permanent, sans aucune justification et contre toute loi ou norme établies.
J’ai droit à peine à une heure de promenade quotidienne, tout seul et à l’heure du déjeuner — il faut donc choisir entre la promenade ou le repas.
On me refuse les moyens basiques nécessaires à mon activité professionnelle, alors que la loi le permet et que tous, même dans les quartiers de haute sécurité, y ont accès.
On me maintient illégalement en A. S. 2. (« Alta Sicurezza 2 » : sections de haute surveillance destinées aux « terroristes » et aux « subversifs »), alors qu’il n’existe plus, de facto, aucun risque ni aucun motif pouvant justifier une telle mesure : 40 ans après les faits — 40 ans vécus dans la transparence d’un réfugié politique sous surveillance quasi-permanente —, on me garde dans une île, éloigné de tous, dans la prison considérée comme la plus dure d’Italie, dans le but de m’épuiser, de détruire tout contact avec l’extérieur, y compris avec ma famille — jusqu’à m’empêcher, donc, avec une lâcheté inouïe, de maintenir le lien paternel avec mon enfant de 6 ans !
Primo Levi disait qu’on réduit l’homme au niveau de la bête pour que le tortionnaire n’ait pas trop à souffrir de sa faute.
Mes amies, mes amis, voilà la situation que j’ai endurée en silence depuis mon débarquement à Rome le 14 janvier 2019. Je dis « en silence » parce que, au « monstre » créé afin de le jeter en pâture à la vindicte publique, il est interdit aussi de se plaindre de quoi que ce soit, sous peine de réactiver le lynchage étatique et médiatique.
Ainsi, comme vous le constatez, j’ai pris la décision de ne plus me taire — quoi qu’il m’en coûte ! —, puisque les injustices dont je fais l’objet piétinent également le respect et la dignité des familles, de la société, des enfants…
Je vous remercie tous une nouvelle fois pour votre solidarité.
Vous embrasse.
Cesare Battisti








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La lettre qui suit, qui semble datée du 19 mai 2020, et publiée le 7 juin sur Carmilla on line, rapporte le refus à la demande de mise en [résidence surveillée(?)] du fait d'un état de santé qui semble laissé à l'abandon d'une façon préoccupante.



Merci de garder en tête que Traduire, c'est toujours un peu trahir. Si cette traduction suscitait des questions, elles seront les bienvenues. (réponses avec le décalage habituel)

L'ineffable plan de lutte contre la pandémie dans la prison d'Oristano




Traduction (traduire c'est toujours un peu trahir) d'une lettre de Cesare Battisti publiée quand à elle sur le site Carmilla on line.


Hier, le 18 mai, j'ai reçu le rejet de la demande de [domiciliation provisoire/Résidence surveillée (?)]. Bien sûr, nous nous y attendions, nous voulions juste avoir en main les motivations de ce rejet pour en tirer nos propres conclusions. Comme nous voulions le démontrer, les arguments utilisés par le tribunal de contrôle ne pouvaient être que, pour le moins, imprécis. Après tout, lorsqu'il y a volonté de justifier un acte discriminatoire, on ne peut avoir recours qu'à la mystification.

Nous savions que le rejet était inévitable, et les raisons en sont toutes à chercher dans l'utilisation politique qui continue d'être faite de mon cas : pouvez-vous imaginer, après tant de controverses sur les soi-disant "libérations", ce qui serait arrivé à Bonafede s'ils m'avaient renvoyé à la maison ? Peut-on mettre en péril l'emprise du gouvernement afin de préserver la santé de Battisti ?

Nous sommes dans une période où les injustices semblent ne plus surprendre personne. Cela ne veut pas dire qu'il faille toujours laisser courrir, et assister en silence à toutes sortes de monstruosités et d'abus. Dans le cas présent, ils ont été surpassés. Pour justifier cette énième discrimination, l'autorité judiciaire a glissé dans une superficialité inacceptable, liquidant la santé d'un citoyen par un sentence hasardeuse.

Mais venons-en maintenant aux véritables raisons invoquées par le magistrat de probation et qui ont motivé le rejet de ma candidature. Je cite : "...souffrant d'hépatite chronique HBV rapportée, en traitement pharmacologique avec une bonne réponse virologique ..." Ce "rapport" signifie-t-il que, jusqu'à présent, le service sanitaire de la prison d'Oristano n'a jamais effectué de diagnostic pour vérifier la présence du virus de l'hépatite B ? C'est peu probable, étant donné que l'antiviral m’est régulièrement administré. Un "rapport" mis en avant donc, qui sait, pour diminuer la gravité de la pathologie ? Passons.

Citant : "...Bronchite chronique... déficit obstructif de niveau moyen ; hyperuricémie avec arthropathie dyslagique gouteuse en traitement... montre de bonnes conditions générales avec un degré d'efficacité psychophysique selon Karnofsky égal à 100%...". Je ne connais pas M. Karnofsky, mais je suis sûr qu'il n'a jamais mis les pieds dans cet institut. Il faut donc qu’une autorité sanitaire moins exotique ait incité le magistrat superviseur à poursuivre sur ce ton : "...ses pathologies peuvent donc être traitées dans l'Institut avec recours à des structures extérieures...". Pour montrer l'efficacité des soins de santé, tant internes qu'externes, dans cette prison, permettez-moi de donner quelques exemples illustratifs.

En octobre dernier, j'ai demandé un examen urologique en raison d'un diagnostic d'hypertrophie de la prostate. Cela fait sept mois depuis lors. Je n'ai jamais entendu parler de l'urologue. Entre-temps, les symptômes se sont aggravés. Il y a quelques mois, un examen des selles a révélé des traces de sang. Un examen clinique approfondi, demandé par le spécialiste, est resté lettre morte jusqu'à aujourd'hui. D'autres demandes médicales d'égale gravité ont été accueillies par cette direction Avec le même désintérêt. Il faut dire que l'efficacité du service de santé dont le magistrat semble avoir la preuve, est souvent réduite à la prescription de Voltaren et de Tachiprina, remède à tous les maux.

Venons-en maintenant au fameux plan pandémie, je continue de citer : "...l'enquête préliminaire de la procédure a permis de constater... l'absence de contagion au sein de l'Institut et les mesures, ARTICLÉES ET PONCTUELLES, prises par la zone sanitaire figurant dans le "plan de gestion pour l'urgence sanitaire" à la maison d'arrêt d'Oristano le 27-04-2020 (voir document correspondant), le risque de contagion doit être considéré comme exclu...".

À ce stade, on peut sérieusement se demander si par hasard, dans cet Institut, il y a vraiment eu des interventions de prévention ou de vérification, comme allégué, et qu'alors, tant les détenus que les agents ne se seraient jamais aperçus qu’’aient été prise des mesures ARTICULÉES ET PONCTUELLES. Est-il possible qu'il y ait un "plan pandémie" fumeux, made in Oristano, et que cela soit passé inaperçu de tous ?

Ou bien les actes dont parle le magistrat font-ils référence à une éclaboussure d'eau de javel il y a quelques semaines ? Parce qu'ici, en somme, les masques et les gants sont interdits aux prisonniers par la direction, car ils cacheraient (sic) le visage et les empreintes digitales.

Nous avons vu des agent portant des masques faits maison à partir de vieux uniformes comme alternative aux uniformes jetables introuvables. Des prélèvements et autres tests pour détecter le virus, même pas la peine d'en parler. D'autre part, les consignes en vigueur consistent à éviter toute référence au Covid 19. Il n'y a jamais eu de bilan de santé général - personne n'est jamais venu nous demander comment nous nous sentions ; les détenus qui ont de la fièvre et qui toussent sont systématiquement renvoyés dans leur cellule avec l'inévitable pilule de tachipyrine. Se pourrait-il que ce soit là le fameux plan d'urgence mis en œuvre par cette administration ? Ou existe-t-il un autre plan si secret que personne ne l'a jamais vu ?

Que contiennent ces actes auxquels le magistrat se réfère et qui lui font dire qu'il n'y a pas de danger de contagion ? À moins qu'on ne nous ait administré un remède miracle à notre insu, qu'a-t-on dit au magistrat pour l'inciter à prendre une décision aussi hasardeuse ? Et si ce qu'il dit est vrai, à quoi doit-on l'envoi à domicile, en raison du virus, d’autres détenus de la prison d'Oristano ? À qui devrions-nous adresser ces questions, puisque le tribunal de surveillance les a commodément éludées ? Combien de personnes sont trompées et qui les manipule ?

C'est la motivation d'un rejet annoncé qui en dit long sur le manque de scrupules des autorités qui nous gouvernent. L'irresponsabilité derrière les barreaux est sans doute plus directe, plus brutale. Mais là denors, on joue avec la vie des travailleurs, et ils appellent ça la "reprise" - la reprise, c'est chic.

Il y a quelques siècles, Victor Hugo disait que si l'on veut savoir comment un pays fonctionne, il faut visiter ses prisons. Il y a quelques années seulement, un homme d'État éminent a déclaré : "plus rien de m'étonne, avec le cas Battisti, tout est permis ». Je dirais plutôt que c'est avec les gens sans défense, avec les damnés de la terre que tout est permis. Et j'en fais tout simplement partie. Y compris pour la possibilité radicale, celle de réussir, enfin, à se faire entendre.









[ARCHIVES]

La peste - Cesare Battisti
publié le 23 Juin sur Carmilla online et traduit par Lundi matin
« Ainsi, la première chose que la peste apporta à nos concitoyens fut l’exil »
traduction parue dans lundimatin#249, le 29 juin 2020



Dans ce texte à la lisière entre poésie et politique, Cesare Battisti prend pour point de départ le roman La Peste de Camus pour nous donner sa contribution au travail à peine entamé depuis le début du Grand Renfermement de la moitié de l’humanité, pour tenter de répondre à la question : « Qu’est-ce qui nous arrive ? » « Qu’est-ce qui nous arrive qui n’est toujours pas terminé », faudrait-il ajouter.
Lire la suite sur Lundi matin








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Le texte traduit ici a été publié le 27 juin sur Carmilla on line sous le titre Dada a Oristano. Piano pandemico, secondo episodio

Merci de garder en tête que Traduire, c'est toujours un peu trahir. Si cette traduction suscitait des questions, elles seront les bienvenues. (réponses avec le décalage habituel)




Dada a Oristano. Plan pandemie, second épisode

Cesare Battisti

Au cas ou cela aurait échappé à quelqu'un.e, souvenons-nous que la Constitution et l'Ordre pénitentiaire stipulent que les peines ne peuvent consister en des traitements contraires à dignité humaine et doivent viser à la rééducation du condamné.
Que le traitement des détenus doit comporter un volet d'assistance à leurs familles, volet visant également à préserver et à améliorer les relations des individus avec leurs familles et à supprimer les difficultés qui peuvent entraver leur réinsertion sociale.

À cet égard, les règles européennes stipulent que la vie en prison doit être aussi proche que possible des aspects positifs de la vie en société libre. Que les détenus doivent être autorisés à communiquer aussi fréquemment que possible avec leur famille, avec des tiers, avec des représentants d'organismes extérieurs et à recevoir des visites de leur part.

Que les modalités des visites doivent permettre aux détenus d'entretenir et de développer des relations aussi normales que possible.

En ce sens il faudrait justifier les nouvelles mesures de sécurité prévues dans l’ineffable plan pandémie adopté à la maison de réclusion d’Oristano.

Sous le régime de Covid, on est contraint d'accepter des conditions de vie inimaginables jusqu'à quelques mois plus tôt. Pour certains, les nouvelles règles sont compréhensibles et adéquates pour faire face au danger viral, pour d'autres, elles représentent une forme insupportable de contrôle social.

Ne pas oublier les sages habituels qui se souviennent que la juste mesure est toujours la voie du milieu.

Il ne s'agit pas de discuter de raisons tant débattues et prétendument pondérées. Nous nous autorisons toutefois à dire qu'une communauté qui s'accroche à l'absence absolue de risque, renonçant au libre arbitre, est sans doute décadente.

Le virus fait fureur dans les médias mondiaux, mais on ne parle que des effets apparents, des origines plus ou moins fictives, souvent fantaisistes. Ce qui est surprenant, en revanche, c'est l'absence de débat sur les causes réelles de la pandémie, qui conduiraient inévitablement à une révision du système de production capitaliste qui a atteint le sommet de l'obscénité. En tout état de cause, qu'elles soient appropriées ou non, s'il existe des mesures de sécurité législatives, celles-ci ne peuvent être interprétées de manière discriminatoire.

Elles doivent s'appliquer dans la même mesure aux citoyens libres et aux prisonniers.
C'est dicté par la constitution, cela ne peut être ignoré, pas même par les exécutifs qui font de l'ignorance une doctrine - sauf à se raviser ensuite lorsqu'eux-même ou un parent se trouvent derrière les barreaux.
Il y a eu la période où le confinement a considérablement limité la liberté de mouvement des citoyens avec les difficultés que nous connaissons. Dans le même temps, les prisonniers étaient privés d'entretiens avec les membres de leur famille, les avocats, les magistrats et tout autre organisme extérieur. Même le service de santé a été réduit au minimum. Tandis qu'à l'extérieur toutes les mesures ont été prises pour combattre le virus, en prison, les gants et les masques étaient interdits, les tests ou écouvillons inexistants.

Avant d'accorder des appels téléphoniques et des appels vidéo d'une demi-heure chaque semaine, il y a eu plusieurs rébellions, où pas moins de treize détenus ont perdu la vie. Si cela s'était passé à l'extérieur, cela aurait été un massacre, mais comme ils n'étaient que des prisonniers, il n'en a plus jamais été question.
Puis ce fut la phase 2, ainsi que la 3, et il est devenu impossible d'interdire aux citoyens la liberté de mouvement pour retrouver, entre autres, leurs proches. Sous pression pour sa mauvaise gestion manifeste, l'administration pénitentiaire a dû prendre certaines mesures. Une circulaire informa la population détenue que les familles vivant dans la région pourraient rendre visite à leur proche détenu une heure par semaine et un seul membre de la famille à la fois. Une disposition qui n'exclue pas seulement dés lors tous les AS[¹], puisque dans la prison d'Oristano et dans la plupart des autres de l'île, 70% des détenus sont continentaux et 100% d'entre eux sont en régime de haute sécurité. En bref, il semble qu'il s'agisse d'une disposition prise spécifiquement pour décourager les entretiens. Même si cette disposition était appliquée par la suite aux familles non résidentes, qui affronterait un voyage coûteux en avion ou en bateau pour faire une pauvre heure d'entretien ? En outre, si un seul membre de la famille est autorisé à entrer, cela signifie concrètement qu'il est interdit aux prisonniers de retrouver leurs enfants mineurs, car il est impensable qu'ils viennent seuls. Jusque là, nous sommes dans l'ordre kafkaïen du régime.

C'est en entrant dans la salle des visites que l'on se rend compte du changement brutal d'époque et de style. Des tabourets divisés et replantés deux par deux, des traces de casse qui évoquent des scènes de guerre, des champs de mines, des tables rondes superposées à des rectangulaires, jettent l'ambiance environnante dans une sorte de chaos psycho-géométrique. Mais la touche de classe est certainement due à la plaque de verre d'environ 60 cm sur 80 cm, collée au milieu de chaque table carrée.
À ce stade, et sans offenser la mémoire de ce cher Tristan Tzara et de ses complices, on ne peut manquer de relever le style caractéristique du dadaïsme pur. Dada est un rejet de la raison et de la logique, mettant l'accent sur l'extravagance, la dérision, l'humour en somme. Avec les nouvelles salles d'entretien, l'administration pénitentiaire a voulu nous offrir cette composition artistique pour nous rappeler combien extravagantes et irrespectueuses sont les autorités envers leurs prisonniers. De plus, en tant que dadaïstes stricts, ils ne pouvaient absolument pas créer quelque chose d'utile. En effet, à quoi sert un verre planté sur une petite table dans une pièce fermée avec d'autres petites tables et la même quantité de verre planté dessus ? Puisque nous nous déplaçons tous dans le même espace et respirons le même air ?
C'est ainsi que peu à peu, on découvre l'ineffable plan de lutte contre la pandémie et avec lui les talents cachés de la rue Arenula[²] sont révélés.
Je dois conclure par un Post-Scriptum car la nouvelle qui suit m'est parvenue à l'instant. À la demande d'accès aux dossiers pour connaître les raisons de mon isolement et de la classification AS2 (haute sécurité 2ème catégorie), le ministère de la Justice répond comme suit :
"La documentation demandée fait partie de celles qui sont soustraites au droit d'accès, conformément à l'article 3 du décret ministériel 25/01/96 n.115…"

Traduction : Cesare Battisti n'est pas habilité à connaître les raisons pour lesquelles il est maintenu à l' isolement et pourquoi il est classé A.S. (Haute sécurité) avec une rétroactivité de 40 ans.
L'enlèvement perpétré à Santa Cruz della Sierra le 12 janvier 2019 se poursuit en Sardaigne sous les feux de la justice italienne.



[¹]A.S. : Alta sicurezza - Régime de Haute sécurité reservé aux personnes hautement dangereuses (sic, pour Cesare, franchement!).Retour au texte

[²] Rue Arenula, à Roma, Lazio, se trouve le ministère de la justice. Retour au texte

Traduction (traduire c'est toujours un peu trahir) d'une lettre de Cesare Battisti publiée quand à elle sur le site Carmilla on line.










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Ce texte daté au 10 juillet et traduit ci-après, a été publié le 16 juillet sur Carmilla on line
Il a valeur de témoignage, d'un traitement contraire à la dignité humaine d'une personne malade, sans doute gravement, et pour ainsi dire privée des soins que son état nécessiterait.

Merci de garder en tête que Traduire, c'est toujours un peu trahir. Si cette traduction suscitait des questions, elles seront les bienvenues. (réponses avec le décalage habituel)

Coatteria ministeriale

Cesare Battisti



Dire qu'en prison on souffre de privations sans égales est sans doute une tautologie. Tout comme il est presque impossible de parler de la prison sans tomber dans le cliché.
Je me suis demandé quelques millions de fois s'il avait jamais été possible de restituer l'idée, de restituer une seule image, aussi banale soit-elle, mais révélatrice, de l'insaisissable souffrance que seul un prisonnier peut comprendre. Je me suis posé cette question atrocement au cours de ces 40 années de semi-liberté arrachées à la férocité de mes poursuivants. Chaque fois que m'apparaissait de loin et sous toutes les latitudes, l'enceinte spectrale d'une prison. Si c'était dans un pays au climat torride, je savais qu'au-delà du gris sale de ces murs, des centaines de personnes suffoquaient sous la chaleur - dans les hivers européens, j'imaginais le silence glacé d'une cellule, le poids exagéré de couvertures qui ne réchauffent pas. J'ai fait de ces images un bouclier pour ne pas me laisser entraîner par mille autres douleurs qui m'auraient consumé sur place. Car, pour combattre l'insupportable oppression, l'inconscient nous secourt en éliminant tout ce que nous ne pouvons pas nommer. Même aujourd'hui, depuis la cellule où je me trouve, je maudis le bruit de mes pas qui s'éloignent pour m'empêcher d'entendre les gémissements derrière ces murs. Pourtant, la prison résiste à tous les civismes, voire pire encore. Et les souffrances que le prisonnier espère pouvoir faire comprendre, ne doivent jamais trop se détacher des souffrances que les gens de l'extérieur subissent également.

C'est pourquoi les prisonniers, qui renonceraient sans hésiter même à manger ou à dormir en échange du sentiment d'être encore des femmes ou des hommes, se retrouvent à réclamer ce qui est le plus facile à nommer.
C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité rendre publique une demande simple, formalisée ce jour 10 juillet 2020 devant le juge.

Après un transfert spectaculaire jusqu'au Tribunal de Cagliari – Surtout maintenir haut l’indice de dangerosité du monstre ! - quelques minutes m’ont été concédées pour tenter de dire l’indicible, sous le regard horrifié du P.M., et joindre à l'audience le document suivant, qui, bien que personnel, reflète de manière spéculaire la situation de milliers d'autres personnes enterrées vivantes.

Au Bureau de surveillance de Cagliari
"Suite à l'intervention de ce Bureau de surveillance ces derniers mois, les aliments industrialisés, souvent périmés, trempés dans la graisse et autres aliments frits similaires ont été suspendus. Remplacé par à peine un petit morceau de fromage au déjeuner et une mozzarella au dîner. Il arrive rarement de recevoir une tranche de bœuf, si sèche et si dure qu'on ne peut pas honnêtement la considérer comme comestible à moins d'avoir des dents de requin.

Cela fait plus d'un an que je n'ai pas pris de repas chaud, parce que je dois choisir entre un repas et une heure pour prendre l'air, qui pour moi a lieu à l'heure où les autres prisonniers libèrent le passage pour aller manger. À mon retour en cellule, les pâtes, de mauvaise qualité et assaisonnées de graisse d'origine indéterminée, sont devenues un bloc compact. Les fruits sont souvent deux fois moins nombreux que prévu. Le soir, le dîner se compose presque toujours de deux œufs bouillis et d'une soupe. Il faut se contenter de quelques achats à l'économat.

Même sans disposer de données précises sur les dépenses alimentaires prévues, il n'est pas possible de croire que la qualité et la quantité des aliments soient conformes aux attentes. Et on ne peut réduire le tout à une question de nombre de calories, de protéines, de glucides, etc., comme ils sont contraints de le soutenir au service de santé tel qu'imposé par la direction (les médecins et les infirmières admettent qu'on ne leur laisse pas une marge de manœuvre qui leur permette de remplir correctement leur mission). Si c'était le cas, c'est-à-dire un régime alimentaire composé de nombres agrégés, une pilule arrangerait tout et serait également plus digeste.

Je souhaite faire noter juste deux épisodes qui montrent une certaine intimidation pour me dissuader de ce genre de déclarations:
Le lundi 6 juillet à 17h15, j'étais au service de santé en raison d'un malaise qui se produit régulièrement depuis un certain temps, ma pression artérielle était effectivement inférieure à 100[¹], lorsqu'un agent s'est introduit dans la pièce et, interférant dans une conversation entre le médecin et le patient, m'a agressé verbalement, m'empêchant ainsi de rendre compte des carences alimentaires. Je tiens à souligner que, compte tenu de ma conduite irréprochable dans l'institution, rien ne justifie un tel comportement de la part d'un agent, surtout dans cette institution.

Le deuxième épisode concerne cette audition qui, si je ne me trompe, était prévue depuis plus d'un mois et aurait dû être prise en compte dans l'agenda de la direction. Il se trouve pourtant qu'il y a tout juste six jours, la direction a réservé, le même jour (que cette audience) et à la même heure, un examen clinique externe, demandé par le spécialiste depuis février. Et comme si cela ne suffisait pas, hier matin seulement, à un jour de l’audience, un agent est venu m'informer du malheureux contretemps, en insistant toutefois sur le fait que j'aurais bien fait d'abandonner cette audience, puisqu'il faudrait attendre encore 6 mois pour l'examen.

Voilà, il me semble que cette cour a de quoi tirer ses conclusions.


Massama 10 juillet,
Cesare Battisti









[¹]Note de la traduction : La pression artérielle est dite normale lorsqu'elle est inférieure à 14,5/9 ou 145/90 mmHg et supérieure à 10/7 ou 100mmHg /7mmHg







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L'interview de Davide Steccanella, avocat de Cesare, traduite ci-après, a été publiée le 13 juillet sur Il Dubbio sous le titre «Condannate a morte Battisti, fate prima: in questo Stato di non-diritto fare l’avvocato è impossibile»

L'homme de loi y exprime son désarroi face au traitement hors-la-loi réservé à Cesare.

Merci de garder en tête que Traduire, c'est toujours un peu trahir. Si cette traduction suscitait des questions, elles seront les bienvenues.


"Vous condamnez à mort Battisti, faites-le franchement. Dans cet état de non-droit, il est impossible d'être avocat."




Davide Steccanella, défenseur de l'ancien "Pac" : "Sur l'affaire de l'alimentation, une ignoble instrumentalisation. Mais ainsi l'État cesse d'être crédible".



"Je fais ce travail parce que je pensais être dans un État de droit. Mais à la lumière de tout ce qui se passe, que dire ? Que Battisti a eu raison de s'opposer à l'État ? »

Davide Steccanella est avocat de profession. Et il défend une personne inconfortable, Cesare Battisti, qui a toujours été un personnage controversé, qui chatouille les pires instincts pro-potence. Le dernier scandale à son sujet - parce qu'il l'est devenu – concerne la nourriture. Les faits sont simples : étant atteint d'hépatite et de prostatite, dit Steccanella à Il Dubbio, la nourriture de la prison est mauvaise pour sa santé. Il aimerait avoir, comme les autres détenus, la possibilité de cuisiner lui-même, avec un petit four, la nourriture la mieux adaptée à son état.

Mais la chose est immédiatement devenue toute autre. C'est-à-dire une demande de privilège, de traitement de faveur, aux yeux de ceux qui, le jour de son arrivée en Italie, ont défilé à l'aéroport comme sur une scène. Tout cela malgré le fait que Battisti, depuis un an maintenant, vit dans un état d'isolement illégitime. Pour les juges de l'exécution, sa peine de prison à vie - à purger pour meurtre et vol commis au moment de son militantisme parmi les Prolétaires armés pour le communisme - est égale à celle des autres prisonniers de droit commun. Pas de 41 bis, pas d'isolement.

Mais le ministère de la justice a ordonné pour lui une haute surveillance, l'envoyant dans une prison - celle de Massama, en Sardaigne - où il est le seul à relever de ce régime. Et donc seul, bien que sa période d'isolement, établie par une sentence, soit limitée à six mois. Dans ces conditions, le poêlon dans la cellule n'est donc pas autorisé. Tout comme il est inutile de se demander pourquoi il est encore isolé de tout le monde : personne ne répond.

Que s’est-t’il exactement passé, Maître ?


Comme toujours, une instrumentalisation honteuse a été faite. M. Battisti a souligné son état de santé et ne s'est pas plaint du menu de la prison, comme quelqu'un l'a dit, mais a simplement demandé au magistrat de surveillance la possibilité de pouvoir cuisiner dans sa cellule les aliments qui lui sont fournis et qui sont plus équilibrés pour son alimentation, ce qui est accordé à tout le monde.

Ce n'était donc pas une plainte pour mauvaise alimentation ?


Non, et cela aurait été stupide, aussi parce que vous n'allez pas voir l'agent de libération conditionnelle pour lui dire que vous n'aimez pas le menu de la prison. Il réclamait le même droit que les autres prisonniers à pouvoir cuisiner dans leur cellule une nourriture compatible avec leur propre état de santé, car il a constaté une détérioration de son état de santé à cause de la nourriture de la prison. Qu'elle soit appétissante ou non, ce n'est pas de cela qu'il s'agit ici : elle contient un certain type de graisse qui lui provoque des troubles. Voilà quels étaient les faits, qui sont devenus "Battisti se plaint du menu". Et hier soir, honnêtement, voir Tg5 interviewer le fils de Torregiani m'a paru de trop.

Torregiani est une victime, pourquoi est-ce un problème pour vous ?


Respect total pour les victimes, mais quel sens cela a t’il de l'interviewer sur le problème alimentaire de Battisti en prison ? Quel est le rapport avec le droit à la justice de la victime ? Quel est le rapport avec la justice réparatrice ? Il est normal, en tant que victime, de répondre qu'il est habitué à manger des huîtres. Mais il n'est pas juste que la revendication d'un droit soit considérée comme une plainte. De la même façon que s’il se dit préoccupé par la contagion parce qu'il a une hépatite, cela devient qu’il en profite pour rentrer chez lui comme une fleur sous prétexte de Covid. Tout, depuis le début, a été traité de cette manière. Dès son arrivée en Italie, avec le ministre qui faisant des selfies à l'aéroport.

Quel est le statut de Battisti à l'heure actuelle ?


Il est en isolement, illégalement, depuis un an. Parce que le ministère l'a classé "As2" (haute surveillance, ndlr) dans une prison où il savait qu'il n'y avait pas d'autres détenus dans la même situation. Ce qui signifie qu'après avoir purgé les six mois d'isolement cellulaire établis par le tribunal il y a 41 ans, il devait être mis en condition de vivre la détention comme tout un chacun. Mais ils ont fait en sorte qu'il soit envoyé dans un isolement de fait, irréversible et qui se poursuit encore aujourd'hui. J'ai écrit au président de la Dap, à l'exécutif, au garant, à tout le monde, pour dénoncer la détention illégale en isolement qui dure depuis plus d'un an. Personne ne m'a répondu, excepté une communication verbale de la prison expliquant que la déclassification avait été rejetée.

Pourquoi ?


Lorsque j'ai demandé à connaître les raisons étant donné que le dernier delit de Battisti remonte à 1979 dans une période historique bien précise, je n'ai pas reçu de réponse. Il y a eu plus de 6 000 personnes condamnées pour les événements de ces années-là, aucune d'entre elles n’a été classée haute surveillance, alors j'aimerais comprendre pourquoi le faire 40 ans après les événements. Quel besoin de haute surveillance ? Ecrivez-le moi ! Mais pas moyen d’obtenir de réponse. Je ne pense pas qu'un État démocratique puisse se permettre de ne pas fournir les motivations d'une mesure.

Quelles sont les conséquences ?


En attendant, l'affaire du poêlon est peut-être un détail en soi, mais elle se répercute sur sa santé. De même pour pouvoir parler à son fils de 5 ans au Brésil, via Skype, nous avons fait des pieds et des mains. Il a réussi à lui parler après plus d'un an de prison. Il est juste que Battisti purge sa peine, mais pourquoi doit-il le faire dans un régime spécial 41 ans après les faits ? C'est cela que je ne comprends pas. Et après tout cela, la solution qu'ils proposent est de l'envoyer à Rossano Calabro, encore plus loin de sa famille - qui n'a pas les moyens de payer les frais pour les visites - et du défenseur. Le détenu n'est donc pas condamné à une forme, légitime, de détention, mais à la torture, car il est isolé de tout le monde. Sans même pouvoir cuisiner dans sa cellule.

Mais ce régime spécial est-il le résultat d'une décision d'un juge ?


Non : les magistrats de l'exécution, en rejetant ma demande de commutation de la peine à 30 ans d'emprisonnement, tel que l'Italie s'y est engagé auprès du Brésil, ont établi que cette peine ne devait pas être soumis à des régimes spéciaux, mais à un régime ordinaire, car les faits remontent à 1979. Cependant, le ministère a décidé, en son avis incontestable, qu'il devait être maintenu sous haute surveillance. Ou être envoyé à Rossano, avec les terroristes islamiques. Cela a-t-il un sens ? Je suis avocat de métier, je suis le fils d'un magistrat et j'ai été policier, je dois croire aux institutions, mais je vois un ancien vice-premier ministre qui devant une telle demande dit "tais-toi et vite, lâche meurtrier" et je vois que Torregiani est interviewé pour dire au public qu'il a l'habitude de manger des huîtres. Je me retrouve à assister une personne dont le nom déclenche les instincts les plus vils et ce que je trouve grave, c'est que l'État finisse par être l'otage de l'opinion publique. Car ce traitement injuste est le résultat d'une incapacité à aller à l'encontre de la vindicte populaire. Je ne peux pas trouver d'autre explication. Battisti est présenté comme un monstre, comme s'il avait inventé la lutte armée, mais tandis que ceux qui l'ont fait évader en 1981 ont continué à combattre l'État, sauf peut-être à se repentir ou se dissocier pour purger deux ans de prison, il a quitté l'Italie, sans poursuivre cette lutte. Quel est son tort, ne pas s'être rendu ?

Peut-être celle d'avoir passé tant d'années en homme libre...


Mais l'État ne peut pas imposer plus que la peine qu'il a fixée. Une fois arrêté, prenant par ailleurs auprès du Brésil un engagement qu'il n'a pas respecté, il n'a pensé qu'à l'effet répressif de la peine, certainement pas à celui de la rééducation. Il avait 25 ans à l'époque, dans une période historique radicalement différente, quel danger Cesare Battisti représente-t-il pour la collectivité à l'âge de 65 ans ? Quel est le critère pour mettre un prisonnier sous haute surveillance ? Le risque qu'il reprenne le combat armé ? Nous devons nous rappeler qu'entre-temps, il a vécu dans la légalité, en tant que citoyen libre, avec des documents, qu'il a vécu à la lumière du jour et qu'il n'a plus commis de délit. Le dernier remonte à 1979.



Pourquoi, selon vous, ce régime spécial ?


Parce qu'on veut lui faire payer le fait que pendant 40 ans, on aie pas pu l'attraper. Mais ce n'est pas sa faute. Par ailleurs tout le monde oublie que, entre une chose et l'autre, il a passé une dizaine d'années en prison. Je suis d'accord pour qu'il purge sa peine, mais pourquoi ainsi ? De plus, il devrait être à 300 km de ses proches au maximum, alors qu'ainsi il ne peut même pas recevoir de visites.

Mais tout cela n'expose-t-il pas l'État au risque de violations de la loi ?


Bien sûr, mais le problème ici est avant tout pratique. Et j'attends du ministère, bien que tardivement, qu'il reconnaisse le caractère illégitime de cet état de détention et qu'il prenne des mesures. Au lieu de cela, ils refusent sa déclassification et me refusent la possibilité d'un recours administratif. Je n'arrive pas à en comprendre la raison, sinon que son nom est Cesare Battisti. Et cela malgré le fait que dès son retour en Italie la première chose qu'il fait faite a été d'appeler, par mon intermédiaire, le procureur Nobili, admettant avoir pris part aux Pac, comme il ne l'a par ailleurs jamais nié. Il ne revendique rien, mais tout ce qu'il fait est immédiatement stigmatisé. Je suis stupéfait. Et en fin de compte, le problème n'est pas seulement celui de Battisti.

Que voulez-vous dire ?


Si vous sapez la culture juridique de notre pays et permettez à un dirigeant politique de parler ainsi, sans que cela soulève l'indignation, vous court-circuitez le système des droits et suite à cela les dégâts seront pour tout le monde. Un jour, nous réaliserons les conséquences de ce que nous avons fait en cédant à cette poussée pro-potence. Nous serons tous perdants, nous le regretterons tous, mais il sera trop tard. Si nous voulons une justice sommaire, alors mettons franchement une potence sur la place, cela coûte encore moins cher. Mais en tant qu'avocat, je ne veux pas être complice, parce qu'alors je fournis un alibi, en prétendant que tout va bien, puisqu'étant donné ma présence, le droit de la défense est garanti. Qu'on dise clairement que pour Battisti et Vallanzasca les règles ne tiennent pas, avocats et juges ne servent à rien et alors dépensons l'argent pour d'autres raisons. Mais ayons le courage de le dire, sans pour autant nous faire passer pour un État de droit : nous l'avons abandonné, le droit, dans ces cas-là. Un État faible, qui est soumis à la vindicte populaire pour ne pas lui déplaire, a abdiqué sa fonction. Battisti, à l'époque, voulait combattre l'État, il est revenu en Italie après 40 ans, je l'ai convaincu, contrairement à ce qu'il pensait alors, que c'est un pays où la loi existe, que dois-je dire en voyant ces choses, qu'en fin de compte c'était lui qui avait raison ? Je trouve difficile à ce stade de faire ce métier.

Pourquoi ?


J'ai compris que tant que je ne fais pas de procès qui touchent médiatiquement à la vindicte populaire du pays, alors je peux être tranquille. Mais dès que je défends Vallanzasca ou Battisti, qui au contraire déclenchent les pires instincts, on perd toute raison. Alors je dis : est-ce que je me tourne vers un État ou vers le tribunal populaire du samedi soir ? Que dois-je faire, renoncer à mon mandat, puisque dans l'impossibilité d'exercer ma fonction ? Ce n'est pas bien joli. Il y a une construction continuelle du monstre et c'est aberrant. Je peux comprendre la presse à sensation et une certaine propagande politique, qui est vile, mais je m'attends à avoir un État sérieux, qui se scandalise de telles choses.

Le ministre de la Justice devrait vous répondre...


Mais étant donné que quand Battisti est arrivé en Italie, il faisait des selfies, ça me semble difficile. Le concept est le suivant : jeter la clé. Si vous voulez rétablir la peine de mort, commencez par là. Mais vous ne pouvez pas brandir la Constitution les jours de fête et la négliger ensuite de manière aussi flagrante. Je ne peux pas accepter cela. Je ne suis pas un subversif : Je veux un État sérieux et crédible, pas un État vengeur du Far West.
















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Lettre de Cesare du 8 Mars, parue sur lundi matin du 23 Mars
Il y dénonce l'abus carcéral qu'il y subit, avec notamment une mise à l'isolement total qui persiste depuis plus d'un an, un choix cornélien dans ce cadre entre repas et promenade totalement solitaire, et les visites vidéo avec son petit garçon de 6 ans finalement refusées, à l'encontre même de son droit parental et des droits de l'enfant.


Cesare Battisti : depuis la prison de haute sécurité d’Oristano



« Mes amies, mes amis, voilà la situation que j’ai endurée en silence depuis mon débarquement à Rome le 14 janvier 2019. »


Rappelons que le tort principal de Cesare Battisti est d’être devenu, à la fin du 20e siècle, le bouc émissaire de la réécriture, par la post-gauche et la droite fascisante italiennes, du soulèvement des années 70 dans la péninsule.

De celui qui ne fut qu’un parmi des milliers de révoltés qui se sont engagés les armes à la main contre la société capitaliste, on a fait un monstre unique dans l’histoire du pays. Cette construction fantasmatique sera quelque jour déconstruite (...) lire la suite -> ICI <-



Oristano, le 8 mars 2020


Chères amies, chers amis,
Quinze mois se sont écoulés depuis mon enlèvement et ma déportation, et je suis toujours dans une sorte d’isolement punitif, sans aucune base légale. Une situation inédite dans le système pénitentiaire italien.
Jusqu’à maintenant, si j’ai accepté passivement — mais avais-je le choix ? — cet abus de pouvoir, c’est pour deux raisons simples : d’une part je méconnaissais les normes pénitentiaires italiennes, et d’autre part je rédigeais mon dernier ouvrage— ce qui m’a aidé à supporter le strict confinement autour de ma cellule.

Mais à l’heure actuelle, ces deux raisons n’ont plus lieu d’être : j’ai terminé mon roman (écrit avec des moyens de fortune) et, même dans les conditions où je suis, un an aura suffi pour découvrir les abus de pouvoir que le ministère a mis en œuvre dans le but de me faire « pourrir en prison » — ainsi qu’un ministre d’État l’avait publiquement promis à l’époque.
Toutes les bornes ont été dépassées le mois dernier, lorsqu’on m’a nié le droit sacré à l’appel vidéo-téléphonique avec mon enfant de 6 ans qui vit au Brésil. Cela au mépris de la loi italienne, de la Convention internationale des droits de l’enfant de l’ONU (CIDE) et des dispositions européennes en la matière.
Le battage médiatique orchestré par l’État sur « l’affaire Cesare Battisti » a permis à cette situation dramatique de se produire au cœur de l’Europe : l’Italie se croit tout permis car elle se croit à l’abri de tout éventuel scandale public.
Or, je sais qu’il y a des femmes et des hommes, ici et ailleurs, qui n’ont pas avalé les désinformations sur le soi-disant « monstre » Cesare Battisti. C’est à ces personnes que je lance un appel, afin d’engager une lutte avec tous les moyens permis et disponibles, de façon à obliger l’État italien à respecter ses propres lois, pour tous les reclus, sans distinction.
Je sais que cela sera une tâche difficile, mais il est important d’ouvrir une brèche dans le mur du silence. Autrement, ils auront mené à bien leur plan, ils m’auront enterré vivant.

Je suppose qu’il doit exister d’autres détenus enfermés eux aussi dans des conditions difficiles, mais mon isolement ne me permet pas d’en avoir connaissance.
Pour ce qui est de mon propre cas, les arguments en ma faveur pour mener cette bataille sont solides :
On me tient abusivement à l’isolement, sans aucun contact avec les autres détenus.

Je suis soumis à une sorte de régime punitif permanent, sans aucune justification et contre toute loi ou norme établies.
J’ai droit à peine à une heure de promenade quotidienne, tout seul et à l’heure du déjeuner — il faut donc choisir entre la promenade ou le repas.
On me refuse les moyens basiques nécessaires à mon activité professionnelle, alors que la loi le permet et que tous, même dans les quartiers de haute sécurité, y ont accès.
On me maintient illégalement en A. S. 2. (« Alta Sicurezza 2 » : sections de haute surveillance destinées aux « terroristes » et aux « subversifs »), alors qu’il n’existe plus, de facto, aucun risque ni aucun motif pouvant justifier une telle mesure : 40 ans après les faits — 40 ans vécus dans la transparence d’un réfugié politique sous surveillance quasi-permanente —, on me garde dans une île, éloigné de tous, dans la prison considérée comme la plus dure d’Italie, dans le but de m’épuiser, de détruire tout contact avec l’extérieur, y compris avec ma famille — jusqu’à m’empêcher, donc, avec une lâcheté inouïe, de maintenir le lien paternel avec mon enfant de 6 ans !
Primo Levi disait qu’on réduit l’homme au niveau de la bête pour que le tortionnaire n’ait pas trop à souffrir de sa faute.
Mes amies, mes amis, voilà la situation que j’ai endurée en silence depuis mon débarquement à Rome le 14 janvier 2019. Je dis « en silence » parce que, au « monstre » créé afin de le jeter en pâture à la vindicte publique, il est interdit aussi de se plaindre de quoi que ce soit, sous peine de réactiver le lynchage étatique et médiatique.
Ainsi, comme vous le constatez, j’ai pris la décision de ne plus me taire — quoi qu’il m’en coûte ! —, puisque les injustices dont je fais l’objet piétinent également le respect et la dignité des familles, de la société, des enfants…
Je vous remercie tous une nouvelle fois pour votre solidarité.
Vous embrasse.

Cesare Battisti
















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Version française à retrouver ici : SOMMES-NOUS DES HUMAINS OU DES CAPORAUX ?


SIAMO UOMINI O CAPORALI?


Cesare Battisti
Oristano, le 30 Juillet 2020



Essere perseguitato da un povero di spirito come Salvini mette più tristezza che rabbia. Tristezza per quelle persone, disgraziatamente troppe, che gioiscono delle abili bassezze di un uomo che, sfortunatamente per la Repubblica, siede tra i banchi del Senato. Tristezza ancora per l’ignoranza generalizzata circa le reali condizioni di vita del detenuto. Per gli scempi del giustizialismo ipocrita e degli scellerati che spopolano sugli schermi televisivi o sulle pagine di alcuni giornali nazionali.
Si dovrebbe stare attenti alle parole che si dicono, parlano i saggi, perché esse uccidono. E allora non basterà più essere dal lato buono delle sbarre per ritenersi in salvo dal massacro. Ci pensino coloro che, anche se giustamente saturi di inganni e colmi d’insoddisfazione, trovano facile adottare il linguaggio improprio dei soliti sciacalli a caccia di voti. E’ triste constatare come sia diffusa l’espressione dell’hotel a 5 stelle per i detenuti: “lo ha detto la televisione, perbacco, deve essere vero”. C’è da augurare a costori di non avere la sfortuna di capitare in galera. Tempi tristi, dove le disinformazioni aggrediscono in tal modo da venire assorbite prima ancora che il senso critico abbia il tempo di reagire. Succede che non basta più lasciare il detenuto in carcere a marcire, bisogna anche togliergli il diritto di parola. Non si sa mai, potrebbe avere qualcosa di importante da esternare o un sentimento da esprimere. Gli si tappa la bocca e il cuore, mentre si lasciano blaterare coloro che del carcere ne hanno fatto una miniera d’oro.

Niente di nuovo a Ovest, la fabbrica di delinquenza c’è sempre stata, ed oggi produce a pieno ritmo. E chi si riempie le tasche sono spesso i primi a gridare al ladro. Non è una novità, lo dovremmo sapere tutti come vanno le cose nel paese dei faccendieri. Eppure sentiamo gente onesta che lavora, quelli da sempre ingannati dal potere, gridare al lupo insieme agli ingannatori. Che ne è della buona saggezza popolare? E’ finito il tempo in cui si diceva che quando tutti sono contro uno, vale la pena sentire le ragioni di chi è rimasto solo. Possibile che siamo entrati a marcia indietro nell’epoca in cui è d’obbligo prendersela sempre con i più sfigati? E’ così difficile da capire il perché anche un Papa è costretto a ricordarci che siamo tutti sulla stessa barca? Oppure queste parole perderebbero valore, se a ripeterle fosse il prossimo emigrante a morire in mare, o un detenuto condannato alla gogna popolare? Nel contempo, anche persone insospettabili si mettono a fare eco a falsi profeti che venderebbero il paese pur di restare in sella alla politica predatoria.
Ma torniamo alla questione carceraria, quella trasformata in laboratorio di raggiri da politicanti mascalzoni e mercanti di parole. Se non sono i richiami alla compassione, chissà che non siano i numeri ad essere ascoltati.
I dati che seguono sono del Decreto Ministeriale del 07 agosto 2015: un detenuto costa allo Stato circa €. 137,00 al giorno. Questa spesa però, non serve a coprire solamente le esigenze personali del detenuto. Oltre l’80% di questi €. 137,00 è destinato a spese per personale civile e polizia penitenziaria. Le spese inerenti ad ogni detenuto sono in pratica meno di €. 20,00.

Questi venti euro dovrebbero coprire le spese di igiene, lavanderia, sanità, vitto, area trattamentale , corredo e una voce non ben specificata di mantenimento. Non abbiamo percentuali relative ad ognuna di queste voci, salvo per il vitto e il corredo, così ripartite: colazione €. 0,27, pranzo €. 1,09, cena €. 1,37, per un totale di €. 2,73, interamente rimborsati allo Stato dallo stesso detenuto. Per il corredo, risulterebbe una spesa di €. 0,89 al giorno, ci si chiede a cosa si riferisce questa voce poiché di vestiario dell’Amministrazione non c’è traccia. Gli €. 2,73 per il vitto giornaliero si commentano da soli, sono una vergogna. Senza contare il contorsionismo dell’Impresa rifornitrice e delle Amministrazioni locali per abbattere ancor più i costi, servendosi di prodotti spesso destinati ai rifiuti e, comunque, preparando meno della metà di pasti, sapendo che i detenuti si arrangeranno col solito piatto di pasta, comprato al sopravitto fornito dalla stessa impresa. I prezzi del quale sono notevolmente superiori alla media nazionale.

Non si sa quanti di quei meno di €. 20,00 siano destinati all’igiene. Per dare un’idea, in questo carcere il detenuto riceve una volta al mese: quattro rotoli di carta igienica, una saponetta, uno straccio e un litro di disinfettante diluito. Ma veniamo alla voce che dovrebbe costituire l’asse portante, la missione (sic) per eccellenza di tutto il sistema penitenziario: l’area trattamentale. Abbiamo detto che degli €. 137,00 al giorno stanziati dallo Stato, solo meno di €. 20,00 sono destinati al detenuto. Ma quanti di questi quasi €. 20,00 sono destinati all’obiettivo imprescindibile di un sistema che si dice rieducativo? Non lo sa nessuno. Oppure, tutti i fattori che dovrebbero intervenire nella complessità del sistema di rieducazione e al reinserimento del detenuto nella società sono talmente sparsi e indefiniti da rendere impossibile un calcolo preciso. Faremo prima a dire che, salvo rari Istituti che si sono notoriamente distinti nel compimento della loro missione, l’area trattamentale nel carcere esiste appena sulla carta come forma di appannaggio. Il detenuto è lasciato in balia di se stesso o affidato alla Polizia Penitenziaria, il cui compito, non è colpa loro, è quello di sorvegliare e punire. Questo è solo un aspetto, il più ovvio della squallida situazione che regna nelle carceri italiane.
Abbandonati dalla società civile disinformata, vittime della vendetta e della incapacità dello Stato di amministrare giustizie e democrazia, i detenuti si ripiegano su se stessi per sopravvivere alla pena impietosa e agli improperi. Si organizzano tra loro, affinché anche i più sventurati abbiano di che sfamarsi e resistere alle deficienze del sistema. E alla corruzione generalizzata, che alimenta l’animosità di chi sta pagando per tutti ed è pubblicamente insultato. Il detenuto cerca riparo nei codici ancestrali, perché non gli è dato conoscere strumenti diversi per affrontare con dignità la vita. La popolazione detenuta soffre in silenzio, mentre i fabbricanti di opinione pubblica brandiscono figure terrificanti. Grandi nemici della società, dicono con la bava alla bocca, grazie ai quali si giustificherebbero anche le torture. Sono sempre gli stessi ad essere mostrati alla folla inferocita. Si amplifica il loro ruolo criminale dando fiato agli sciacalli di ogni colore, che hanno rimosso il tempo in cui banchettavano tutti assieme allo stesso tavolo.
Questo è il mondo marcio del detenuto, altro che hotel a cinque stelle! Dire che neanche le bestie sono trattate allo stesso modo sarebbe fare un torto all’orso M49 che proprio in questi giorni sta passando in mezzo alle forche umane.
A proposito di sciacalli. Se ad insultare un comunista fosse un nemico di classe, sarebbe un orrore. Ma trattandosi di un caporale, fa solo pena.
Cesare Battisti





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