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1Mot2Cesare - Lundi Matin - Blog Médiapart LeNous - Carmilla OnLine - La vendetta dello Stato (Page FB via dontolink)

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Le 29 septembre 2019, Cesare écrivait une lettre publique pour le site Carmilla on line. Elle était intitulée 29 settembre. E non pensavo a te", à cause de la date où elle avait été écrite, et en souvenir d'une chanson de Lucio Battisti dont le titre se terminait ainsi (pas de lien de parenté entre les deux Battisti au cas ou la question se poserait Smile )
Elle était publiée le 19 octobre. Toujours le même timing entre l'envoi et la réception hélas...

En voici une traduction, probablement approximative, à vérifier, en particulier à chaque doute possible sur le sens. Beaucoup d'hésitations ont précédé cette publication, en l'absence de relecture, parce que le style même de Cesare induit facilement en erreur, la crainte, dans une traduction amateur, de lui faire dire l'inverse de ce qu'il aura écrit, reste tenace...

Aussi, merci de la vérifier avant de vous en faire une idée définitive!



29 Settembre. Et je ne pensais pas à toi.


(Lire l'originale ->ICI<-)

"S’il n’existe aucune preuve matérielle de votre culpabilité pour les crimes pour lesquels vous avez été condamné, il est légitime de plaider non coupable." C’est ce qu’il était d’usage de dire dans les milieux amis, auxquel je n’ai jamais caché mon appartenance aux PAC.

Outre la solidarité politique spontanée des mouvements et des partis impliqués dans la lutte de classe mondiale et, plus généralement, le soutien de penseurs engagés pour la liberté et la démocratie, le droit à la présomption d’innocence a également été considéré comme un argument valable par tous ceux qui m’ont soutenu ces dernières années.

C’est pourquoi, contrairement à ce que s’efforcent de démontrer les exorcistes habituels de la communication, l’innocence en soit n’a jamais été l’argument principal des personnes et des institutions qui ont défendu mon statut d’exilé politique, pendant 38 ans à l’étranger.

Ce point, je tiens à le souligner, j’ai essayé de le rendre aussi clair que possible même au cours de ma première, et unique entrevue avec un magistrat italien depuis 1981 et jusqu'à Oristano le 23 mars 2019.

Personne pendant toutes ces années, parmi les amis, compagnons et soutiens (paradoxalement pas même un magistrat), ne m’a jamais demandé si j’étais coupable ou innocent. Jamais. Ce n’était pas nécessaire, car les longues années de guérilla révolutionnaire avaient abondamment fait le tour du monde.

Les centaines de morts des deux côtés de la barricade étaient de notoriété publique. Tout comme était connu de tous le régime de démocratie compromis en Italie, où les habituelles « forces obscures » bombardaient les places publiques.

Mais je ne veux pas m’étendre sur les raisons qui ont provoqué un conflit armé de plus de dix ans. Cela a déjà été dit par ceux qui ont plus d’instruments que moi pour faire une analyse historique exhaustive de cette période. Je ne cherche pas non plus à minimiser mes raisons politiques et mes responsabilités pénales en prenant pour seul prétexte de mes actes les dits « massacres d’État », parce que celles-ci aussi, malheureusement, s’inscrivent comme facteur de terreur, même extrême, dans la sale guerre contre la lutte pour la liberté, l’égalité, la justice sociale.

En somme, un pays ne peut pas d’un coté pleurer les morts, tous, et de l’autre nier les raisons qui les ont provoquées.

Nous ne sommes pas là pour dire à posteriori (ce n’est pas ici le lieu et, en ce qui me concerne, je l’ai déjà fait) si ces raisons étaient justes ou mauvaises, ou bien combien il est cruel de soutenir l’une ou l’autre chose. Il s’agit tout juste d’admettre qu’il y a eu conflit politique et qu’au sein d’un conflit armé de ces proportions se succèdent des violences inouïes provoquées toujours par les parties en cause. J’en faisais partie, et aujourd’hui je le déplore.
Et oui. Mais quelle est la dernière fois qu’un État, quel qu’il soit, a reconnu spontanément s’être trompé? « Mais nous étions un pays démocratique, avec un parlement élu. » , c’est ce qui se dit depuis toujours. Nous savons pourtant que l’histoire, même la plus récente, nous enseigne que, bien que nécessaire, le suffrage universel ne suffit pas, à lui seul, à garantir la démocratie. « Oui, mais maintenant, l’Italie a changé », répète-t’on ici et là.

Très bien, nous voulons tous y croire, mais alors cela veut dire qu’elle n’est pas assez solide pour pouvoir assumer ses responsabilités, sans craindre les conséquences historiques, comme nous l’avons par contre tous fait depuis longtemps au sein de la gauche révolutionnaire, indistinctement des appartenances de groupe.

Quoiqu'il se dise dans les sphères journalistiques et politiques opportunément saisies d’amnésie, ceci a été et sera encore mon histoire, ma lutte. Ils peuvent changer les méthodes, le but est le même. C’est dans ce contexte qu’il faut chercher la vraie raison des 38 ans de solidarité diffuse qui m’a été manifestée et qui n’a jamais disparue.

Malgré le déploiement inouï de la désinformation et de la dissuasion matérielle et politique exercée par l’État italien, à l’encontre de toute personne qui entraverait mon extradition, pas même après ma confession, il faut le dire, personne ne m’a renié son soutien. C’est sur cette question que les autorités devraient se concentrer, au lieu de s’acharner à en minimiser l’importance.

Loin de moi l’intention de critiquer, ou même de livrer au scandale les méthodes adoptées par l’État italien pour me ramener « mourir » dans les prisons de la patrie (dernièrement, l’enlèvement en Bolivie, déguisé en expulsion illégale et finalement légalisée par la Cour d’assises de Milan en mai dernier).

Je comprends parfaitement comment l’on veut mettre la « raison d’État » au-dessus du droit : du reste, on ne déclenche pas une guerre pour se plaindre ensuite de ses effets plus durs. Cela je l’avais compris alors, quand nous devions nous défendre des habituelles dérapages de l’homme en uniforme ou de l’usage de la torture, et je continue à l’expérimenter aujourd’hui, enfermé dans une cellule d’isolement à Oristano.
Mais si nous arrêtions toutefois de confondre délibérément le jeu des règles avec les règles du jeu (vous me pardonnerez le jeu de mot, je sais qu’il n’est pas le plus adapté à notre drame). Si nous arrêtions d’agiter des épouvantails - il y a toujours un, terrorisme, migrants… - pour éviter de nous remettre sur un chemin qui ne soit pas celui tracé au détriment d’autres, mais pour la dignité, pour le droit, pour une plus grande noblesse d’esprit.

Si nous arrêtions de nous cacher derrière notre petit doigt et si nos petits-enfants avaient la possibilité de se faire leur propre idée, de lire dans les livres d’histoire combien a réellement et honnêtement souffert, et souffre leur propre pays dans la longue lutte pour la démocratie. Si nous écoutions aussi l’appel de ces hommes d’État, notamment l’ancien magistrat Giuliano Turone, qui appellent à se réunir tous à la table de la pacification, à panser la plaie sociale – je parle de paix et non d’amnistie. Si nous essayions de redonner à l’Italie cette dignité internationale aujourd’hui de toutes parts discutée...
Est-ce à taire parce qu’il y a aussi le « monstre-mythe Cesare Battisti?

À vous de voir.