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Le texte traduit ici a été publié le 27 juin sur Carmilla on line sous le titre Dada a Oristano. Piano pandemico, secondo episodio

Merci de garder en tête que Traduire, c'est toujours un peu trahir. Si cette traduction suscitait des questions, elles seront les bienvenues. (réponses avec le décalage habituel)




Dada a Oristano. Plan pandemie, second épisode

Cesare Battisti

Au cas ou cela aurait échappé à quelqu'un.e, souvenons-nous que la Constitution et l'Ordre pénitentiaire stipulent que les peines ne peuvent consister en des traitements contraires à dignité humaine et doivent viser à la rééducation du condamné.
Que le traitement des détenus doit comporter un volet d'assistance à leurs familles, volet visant également à préserver et à améliorer les relations des individus avec leurs familles et à supprimer les difficultés qui peuvent entraver leur réinsertion sociale.

À cet égard, les règles européennes stipulent que la vie en prison doit être aussi proche que possible des aspects positifs de la vie en société libre. Que les détenus doivent être autorisés à communiquer aussi fréquemment que possible avec leur famille, avec des tiers, avec des représentants d'organismes extérieurs et à recevoir des visites de leur part.

Que les modalités des visites doivent permettre aux détenus d'entretenir et de développer des relations aussi normales que possible.

En ce sens il faudrait justifier les nouvelles mesures de sécurité prévues dans l’ineffable plan pandémie adopté à la maison de réclusion d’Oristano.

Sous le régime de Covid, on est contraint d'accepter des conditions de vie inimaginables jusqu'à quelques mois plus tôt. Pour certains, les nouvelles règles sont compréhensibles et adéquates pour faire face au danger viral, pour d'autres, elles représentent une forme insupportable de contrôle social.

Ne pas oublier les sages habituels qui se souviennent que la juste mesure est toujours la voie du milieu.

Il ne s'agit pas de discuter de raisons tant débattues et prétendument pondérées. Nous nous autorisons toutefois à dire qu'une communauté qui s'accroche à l'absence absolue de risque, renonçant au libre arbitre, est sans doute décadente.

Le virus fait fureur dans les médias mondiaux, mais on ne parle que des effets apparents, des origines plus ou moins fictives, souvent fantaisistes. Ce qui est surprenant, en revanche, c'est l'absence de débat sur les causes réelles de la pandémie, qui conduiraient inévitablement à une révision du système de production capitaliste qui a atteint le sommet de l'obscénité. En tout état de cause, qu'elles soient appropriées ou non, s'il existe des mesures de sécurité législatives, celles-ci ne peuvent être interprétées de manière discriminatoire.

Elles doivent s'appliquer dans la même mesure aux citoyens libres et aux prisonniers.
C'est dicté par la constitution, cela ne peut être ignoré, pas même par les exécutifs qui font de l'ignorance une doctrine - sauf à se raviser ensuite lorsqu'eux-même ou un parent se trouvent derrière les barreaux.
Il y a eu la période où le confinement a considérablement limité la liberté de mouvement des citoyens avec les difficultés que nous connaissons. Dans le même temps, les prisonniers étaient privés d'entretiens avec les membres de leur famille, les avocats, les magistrats et tout autre organisme extérieur. Même le service de santé a été réduit au minimum. Tandis qu'à l'extérieur toutes les mesures ont été prises pour combattre le virus, en prison, les gants et les masques étaient interdits, les tests ou écouvillons inexistants.

Avant d'accorder des appels téléphoniques et des appels vidéo d'une demi-heure chaque semaine, il y a eu plusieurs rébellions, où pas moins de treize détenus ont perdu la vie. Si cela s'était passé à l'extérieur, cela aurait été un massacre, mais comme ils n'étaient que des prisonniers, il n'en a plus jamais été question.
Puis ce fut la phase 2, ainsi que la 3, et il est devenu impossible d'interdire aux citoyens la liberté de mouvement pour retrouver, entre autres, leurs proches. Sous pression pour sa mauvaise gestion manifeste, l'administration pénitentiaire a dû prendre certaines mesures. Une circulaire informa la population détenue que les familles vivant dans la région pourraient rendre visite à leur proche détenu une heure par semaine et un seul membre de la famille à la fois. Une disposition qui n'exclue pas seulement dés lors tous les AS[¹], puisque dans la prison d'Oristano et dans la plupart des autres de l'île, 70% des détenus sont continentaux et 100% d'entre eux sont en régime de haute sécurité. En bref, il semble qu'il s'agisse d'une disposition prise spécifiquement pour décourager les entretiens. Même si cette disposition était appliquée par la suite aux familles non résidentes, qui affronterait un voyage coûteux en avion ou en bateau pour faire une pauvre heure d'entretien ? En outre, si un seul membre de la famille est autorisé à entrer, cela signifie concrètement qu'il est interdit aux prisonniers de retrouver leurs enfants mineurs, car il est impensable qu'ils viennent seuls. Jusque là, nous sommes dans l'ordre kafkaïen du régime.

C'est en entrant dans la salle des visites que l'on se rend compte du changement brutal d'époque et de style. Des tabourets divisés et replantés deux par deux, des traces de casse qui évoquent des scènes de guerre, des champs de mines, des tables rondes superposées à des rectangulaires, jettent l'ambiance environnante dans une sorte de chaos psycho-géométrique. Mais la touche de classe est certainement due à la plaque de verre d'environ 60 cm sur 80 cm, collée au milieu de chaque table carrée.
À ce stade, et sans offenser la mémoire de ce cher Tristan Tzara et de ses complices, on ne peut manquer de relever le style caractéristique du dadaïsme pur. Dada est un rejet de la raison et de la logique, mettant l'accent sur l'extravagance, la dérision, l'humour en somme. Avec les nouvelles salles d'entretien, l'administration pénitentiaire a voulu nous offrir cette composition artistique pour nous rappeler combien extravagantes et irrespectueuses sont les autorités envers leurs prisonniers. De plus, en tant que dadaïstes stricts, ils ne pouvaient absolument pas créer quelque chose d'utile. En effet, à quoi sert un verre planté sur une petite table dans une pièce fermée avec d'autres petites tables et la même quantité de verre planté dessus ? Puisque nous nous déplaçons tous dans le même espace et respirons le même air ?
C'est ainsi que peu à peu, on découvre l'ineffable plan de lutte contre la pandémie et avec lui les talents cachés de la rue Arenula[²] sont révélés.
Je dois conclure par un Post-Scriptum car la nouvelle qui suit m'est parvenue à l'instant. À la demande d'accès aux dossiers pour connaître les raisons de mon isolement et de la classification AS2 (haute sécurité 2ème catégorie), le ministère de la Justice répond comme suit :
"La documentation demandée fait partie de celles qui sont soustraites au droit d'accès, conformément à l'article 3 du décret ministériel 25/01/96 n.115…"

Traduction : Cesare Battisti n'est pas habilité à connaître les raisons pour lesquelles il est maintenu à l' isolement et pourquoi il est classé A.S. (Haute sécurité) avec une rétroactivité de 40 ans.
L'enlèvement perpétré à Santa Cruz della Sierra le 12 janvier 2019 se poursuit en Sardaigne sous les feux de la justice italienne.



[¹]A.S. : Alta sicurezza - Régime de Haute sécurité reservé aux personnes hautement dangereuses (sic, pour Cesare, franchement!).Retour au texte

[²] Rue Arenula, à Roma, Lazio, se trouve le ministère de la justice. Retour au texte

Traduction (traduire c'est toujours un peu trahir) d'une lettre de Cesare Battisti publiée quand à elle sur le site Carmilla on line.










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