Calabre - Médias Italiens et brésiliens

Il est souvent difficile pour les gens qui connaissent Cesare Battisti de lire la presse à son sujet. On ne fera donc probablement pas ici une revue de presse exhaustive de la "période Calabraise". Nous nous contenterons plus vraisemblablement de ceux qui nous semblent faire avancer vers un traitement respectueux de l'humain.

Lettre ouverte d'un intellectuel vaincu mais non résigné



Dans cette publication du 5 octobre 2020 sur le Blog Iacchite, Maître Adriano D’Amico reprend et conforte un témoignage de Cesare mettant en évidence l'écart abyssale entre la façon dont Cesare est privé de tout ce que la prison est censée lui garantir, et par extension la façon dont sont traités les détenus et les objectifs mêmes affichés par l'administration pénitentiaire.

Vous en trouverez ci-après une traduction. Merci, si vous êtes en mesure de le faire, de la vérifier, ou de la prendre avec précaution dans le cas contraire. En effet, la maxime selon laquelle "traduire est toujours un peu trahir", outre les faux frères fréquents entre l'italien et le français, prend d'autant plus de sens dans une situation comme celle là.



Lettre ouverte d'un intellectuel vaincu mais non résigné


traduction de la Lettera aperta di un intellettuale sconfitto ma non rassegnato, par Maître Adriano D’Amico, publié sur le 5 octobre 2020 sur Iacchite.blog.



"En plus d'être explicitement répressif à tous égards, mon transfert à Guantanamo Calabro équivaut à une peine d'isolement ininterrompue, étant donné l'impossible relationnel avec les membres de l'Isis ou supposés tel.
Je veux espérer que l’administration pénitentiaire trouvera un aménagement digne d’un pays civilisé, sans me contraindre à reprendre la grève de la faim.
Il est certes préférable d'en finir dans un mois, dans la joie de l'hypocrisie nationale, plutôt que d'agoniser pendant un an dans des conditions honteuses et insoutenables.
Après l'isolement forcé d'Oristano, je suis ici soumis à un régime autrement plus restrictif.
Mon espace de vie a été réduit aux conditions minimales de survie. Dans un climat de tension extrême et d’intimidation constante, surveillé à vue et contraint à l’oisiveté forcée dans une cellule d’une taille inférieure d'un tiers à la précédente, dépourvue de l’équipement indispensable.
On m’a confisqué l’ordinateur, m’empêchant ainsi de fait de m’adonner à mon activité d’auteur et de conclure le travail sauvegardé dans la mémoire.
À ma requête, il a été répondu par une provocation selon laquelle les autorités ne me connaîtraient aucune profession impliquant la mise à disposition d'un ordinateur ou autre matériel didactique.
Comme si ça ne suffisait pas, une censure féroce m’a été imposée. Non pas pour une hypothétique « intense activité épistolaire subversive (sic) » comme le prétend une honteuse mesure disciplinaire à laquelle personne ne peut sérieusement ajouter foi, mais bien dans le but évident de m’empêcher d’interagir avec les instances extérieures, culturelles et médiatiques, grâces auxquelles, face à la vengeance de l’État, je serais en train de gagner le soutien des démocrates et des défenseurs des droits humains."

Messieurs,

Ce qui précède, cité entre guillemets, est le contenu de certaines déclarations de M. Cesare Battisti, un écrivain italien bien connu, ainsi que militant de la PAC*, qui est emprisonné à Rossano Calabro (CS) depuis quelques semaines maintenant.

Durant mes études universitaires, mais aussi par la suite, j'ai toujours apprécié le travail de Cesare Beccaria, qui ne peut certainement pas être compté parmi les communistes et extrémistes ennemis du Peuple et de l'Etat ; Beccaria, à propos de la peine rapporte qu'elle ne peut être "....un outil pour ajouter d'autres maux au mal produit par le crime commis..." mais un outil "...pour empêcher qu’au mal déjà causé n’en soit ajouté un autre par le même criminel ou par d'autres qui pourraient être encouragés par son impunité..." ; en outre, l'État lui-même, selon les diktats constitutionnels, doit garantir la rééducation et la réinsertion sociale du condamné, comme le prévoit l'Art. 27 de notre Constitution, où il est dit que : "Les sanctions ne peuvent consister en des traitements contraires au sens de l'humanité et doivent viser à la rééducation des condamnés".

La rééducation est, ainsi, le but idéal de la peine ; et l'État, pendant son exécution, doit créer les conditions nécessaires pour que le condamné puisse se réinsérer dans la société de manière digne, en le mettant en position, une fois libre, de ne pas commettre de nouveaux crimes ; une finalité introduite pour sauvegarder la dignité humaine en tant que droit fondamental de l'homme en tant que tel.

Or, abstraction faite de l’intérêt "historique" de l'affaire Battisti, sur lequel il est inutile de débattre dans ce contexte ; rappelant que les conditions dont se plaint M. Cesare Battisti sont malheureusement communes à un grand nombre de prisonniers italiens, ces messieurs (les députés?) ont-ils l'impression que nous respectons l'article 27 de notre Constitution et la dignité humaine quand celle-ci est réduite au minimum de survie ?

Dans le moment où sus-nommé est réduit au désœuvrement forcé dans une cellule d'un tiers de moins que l'espace de la précédente, sans le mobilier indispensable ?

Au moment où ce dernier s’est vu confisquer son ordinateur et empêché, de fait, d’exercer son métier d'écrivain et de terminer son dernier livre ?

Au moment où le susnommé, qui a écrit de nombreux livres publiés en Italie et à l'étranger par d'importantes maisons d'édition, entre autres : Transvestito da uomo, (Bologne, Granata Press, 1993) L'ultimo sparo (Rome, DeriveApprodi, 1998) L'orma rossa (Turin, Einaudi, 1999), Avenida Revolucion, (Ozzano nell'Emilia, Nuovi Mondi Media, 2003), Faccia al muro (Rome, DeriveApprodi, 2012), reçoit une réponse provocatrice selon laquelle les autorités ne lui connaissent aucune profession impliquant la mise à disposition d'ordinateur ou d'autres matériels didactiques ?

Il est évident que le prisonnier est empêché d'interagir avec des organismes externes, culturels et médiatiques, qui pourraient lui obtenir le soutien des démocrates et des garants des droits.

Si ce n'est pas le cas, qu’un autre signal soit donné, différent ; rendons la dignité à M. Cesare Battisti et à tous les autres prisonniers italiens, qu’ils puissent purger leur peine selon les règles et les lois de l'État, sans souffrir de leur part, et de l’État, une vile et inutile vengeance.

Maître Adriano D’Amico
Conseiller municipal de San Demetrio Corone, Comité politique provincial Rifondazione Comunista Cosenza



Vous pouvez retrouver la publication d'origine en italien sur Iacchite.blog <-





*Ex-militant des P.A.C., "Prolétaires armés pour le communisme", qui en effet n'existent plus depuis longtemps.




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https://operamundi.uol.com.br/politica-e-economia/70089/movimentos-sociais-e-familiares-fazem-ato-em-sp-pela-vida-de-battisti-em-greve-de-fome-ha-13-dias

Mouvements sociaux et famille se mobilisent pour la vie de Cesare Battisti en grève de la faim depuis 13 jours

(traduction automatique deepl.com, n'hésitez pas à proposer vos corrections)
14 juin 2021 - 18:10

Les mouvements sociaux et la famille agissent en SP pour la vie de Battisti, en grève de la faim Il y a 13 jours.
L'objectif est de faire pression sur les autorités italiennes pour qu'elles répondent aux demandes de meilleures conditions de traitement en prison formulées par l'ancien militant.Des mouvements populaires, des amis et des membres de la famille ont organisé ce lundi (14/06), devant le consulat d'Italie à São Paulo, un acte pour défendre la vie de Cesare Battisti, en grève de la faim depuis 13 jours.

A cette occasion, le fils brésilien de l'ex-activiste, Raul Battisti, âgé de 7 ans, s'est rendu au consulat pour remettre un document adressé au Premier ministre italien.L'objectif de la mobilisation est de faire pression sur les autorités italiennes pour qu'elles répondent aux demandes de meilleures conditions de traitement formulées par le militant, qui est détenu depuis plus de deux ans dans un pénitencier de Calabre.Selon les organisateurs de l'événement, la presse italienne boycotte les informations relatives à l'activiste. En tant que tel, l'acte est aussi un moyen d'attirer l'attention sur l'affaire.

Raul Battisti, 7 ans, passe à l'action pour remettre un document-manifeste pour défendre la vie de son père. (légende photo)

Le 2 juin, Battisti a entamé une nouvelle grève de la faim pour protester contre son emprisonnement et sa demande de transfert dans une prison sans isolement et avec le droit de prendre le soleil a été rejetée pour la deuxième fois.Condamné à la prison à vie pour avoir participé à quatre meurtres dans les années 1970, cet ancien militant de 66 ans a écrit en mai qu'il allait faire "une grève de la faim" et a décrit son aile de haute sécurité de la prison de Rossano comme une "tombe".

"Avec l'espoir que la Justice ouvre une brèche dans le mur des condamnés, et jusqu'à ce que Cesare Battisti ait droit au traitement humain qui devrait être garanti à tous les condamnés", peut-on lire dans le texte publié par la fille de l'Italien. Dans un autre document, Battisti déclare que, "si nécessaire", il poursuivra la grève de la faim "jusqu'au dernier souffle", affirmant qu'il fait une "revendication de droits inaliénables". "Il n'y a pas de place dans ma décision pour une dérive psychologique", a-t-il déclaré.

Outre un changement de prison, Battisti demande la fin du régime de haute sécurité et de l'isolement auquel il est soumis, qui l'empêche de fréquenter les autres détenus et de mener des activités.

I bracconieri (Les braconniers)

Par Mattia Feltri pour La Stampa, 18 Juin 2021.
Traduction ci-après par Serge Quadruppani.

"Cesare Battisti, proie dont les ministres d'alors Alfonson Bonafede et Matteo Salvini se firent une photo-souvenir comme des braconniers posant leurs bottes sur un lion pelé, est en grève de la faim depuis onze jours et promet de continuer jusqu'à la mort. Depuis deux ans, Battisti est détenu sous un régime de haute surveillance, c'est-à-dire de fait à l'isolement (actuellement il a été transféré dans la prison de Rossano Calabro, dans la section réservée aux terroristes islamistes) toute activité lui est refusée, l'heure de promenade lui est interdite. Depuis deux ans, dit son avocat, il devrait passer au régime ordinaire, mais personne ne s'en occupe. Depuis deux ans, contre la loi et contre la logique, l’État italien ne semble pas avoir une urgence de justice mais bien une urgence de vengeance. Rien ne justifie la haute surveillance pour un homme presque septuagénaire condamné à la perpétuité pour homicides commis il y a plus de quatre décennies, mais invoquer un traitement juste et digne pour un homme détesté de tous, j'imagine que c'est un peu trop ambitieux, car, comme on sait, la Constitution comprend des droits à garantir à quiconque, mais nous, nous préférons les garantir à qui nous est sympathique. La Constitution nous plaît ainsi, à la demande. Je repense à toutes les paroles d'indignation - nous sommes, oui ou non, le pays de la susceptibilité - devant les appels des intellectuels français, la dite gauche caviar, qui s'opposaient énergiquement à l'extradition, et encore aujourd'hui s'opposent à la énième extradition des autres ex-terroristes, parce qu'ils considèrent que notre justice n'est pas à la hauteur d'un État de droit. Voilà, nous, nous étions indignés, mais eux, ils avaient raison."


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Pièces jointes
Michele Serra, éditorialiste de la Repubblica soutient l'édito de Mattia Feltri. L'unanimité compacte du silence des éditocrates sur l'arbitraire subi par Cesare est rompue, on en parle enfin, c'est un pas absolument décisif, le boulot des avocats y est sans doute pour beaucoup :



L'orologio si è fermato (L'horloge s'est arrêtée)

Par Michele Serra pour La Repubblica, 20 Juin 2021.
Traduction ci-après par Serge Quadruppani.

"Je voudrais l'avoir écrit moi, mot pour mot, ce qu'a dit Mattia Feltri sur la Stampa à propos de la détention au régime de "haute surveillance" de Cesare Battisti, qui partage le traitement sévère des terroristes islamistes. Ce n'est certes pas l'antipathie particulière de ce détenu (stratifiée au cours des années grâce aussi à la campagne insensée des intellectuels français très désinformés sur l'Italie) qui justifie ces représailles publiques. Comme si l'horloge s'était arrêtée aux années 70 non seulement pour quelques rescapés de la soi-disant lutte armée, mais aussi pour l'Etat italien.

La "cérémonie" de la remise de Battisti aux ministres Salvini et Bonafede fut une des pages les plus déplaisantes, et aussi les plus ridicules, du gouvernement jaune-vert, celui du double populisme et donc répressif au carré. On se demande, après que le changement de locataire au Palais Chiggi ait été salué comme la revanche des Lumières sur les ténèbres, si quelqu'un voudra prendre acte qu'un presque septuagénaire, meurtrier à vingt ans, n'est pas un danger public, ni un trophée politique à exhiber au bout d'une pique. L'Etat, il faut toujours le répéter, à la différence des terroristes, ne s'acharne pas sur ses ennemis et ne cherche pas la vengeance. Il applique la justice, qui est l'antidote de la vengeance.

L'avocat de Battisti soutient que la raison juridique consentirait depuis déjà longtemps une détention normale. Si c'est vrai, il faudrait que la question, au-delà des belles paroles alignées par les éditorialistes, soient prises en considération en quelques lieux du pouvoir. Ne serait-ce que pour démonter aux intellectuels de la Rive Gauche qu'ils avaient tort et que l'Italie, depuis la moitié du siècle dernier, est un Etat de droit."


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Pièces jointes
(Ne parle pas directement de Cesare, mais du régime de haute sécurité, et du pouvoir transféré des juges aux politiques.)

Constitution et "traitements" pénitentiaires différenciés


Costituzione e “trattamenti” penitenziari differenziati *
Par Davide Galliani
Professeur associé des institutions de droit public, Université de Milan.

Une réflexion originale et radicale sur le 41-bis, sur les traitements différenciés, sur leurs présupposés et sur les "décideurs" effectifs, avec la Constitution anthropocentrique comme boussole.



"Je voudrais aborder quelques points, en moins de trois volets. Je l'espère assez clairement et radicalement. Avec un postulat : le langage doit être de la plus haute importance, nous sommes ce que nous disons. Proposons de supprimer tous les mots violents du vocabulaire, à commencer par le "régime" de la prison "dure". Ne mettons pas de guillemets, supprimons les mots entre guillemets.

1. La Constitution n'exclut pas les traitements différenciés en prison. Grâce à l'égalité et à l'individualisation, deux faces d'une même médaille, il semble qu'elle les admette. Les traitements pénitentiaires différenciés ne sont donc pas en eux-mêmes anticonstitutionnels.

2. La Constitution interdit néanmoins les traitements inhumains, qu'ils soient "ordinaires" ou différenciés. Si les traitements différenciés en prison sont contraires au sens de l'humanité, ils sont donc inconstitutionnels.

À cet égard, je pense qu'il serait utile de laisser les connaissances scientifiques entrer encore davantage dans l'exécution des peines, d'un point de vue procédural, grâce aux enquêtes du bureau des magistrats et aux allégations des avocats. Nous n'avons pas de boule de cristal : combien d'heures d'air par jour, combien d'heures de socialisation, combien d'heures les "cellules blindées" sont ouvertes, etc. Nous pouvons nous appuyer de manière fructueuse sur les médecins, par exemple sur le décollement de la rétine si vous avez une vision limitée à trois mètres pendant vingt heures par jour. Sinon, nous courons le risque de l'absence de cadre : il appartiendra au législateur de décider du nombre d'heures d'air, de socialité, de "blindés" ouverte, etc.

À moins que nous ne décidions, une fois pour toutes, que la Constitution s'applique également en prison, en appliquant le principe de raison. Aujourd'hui, nous avons une sensibilité différente, comme l'a dit oıƃɹoıƃ Lattanzi à Rebibbia lors de la première étape du voyage dans les prisons de la Cour constitutionnelle. J'aime beaucoup la Constitution et j'aime l'idée de la voir voyager dans les prisons italiennes, mais, si les connaissances scientifiques sont utiles, cela ne peut pas faire de mal. En outre, l'application de l'égalité manque parfois de points de comparaison.

3. Il ne me semble pas que la Constitution admette un traitement carcéral différencié en fonction des titres d'infraction. Notre texte constitutionnel est le plus beau du monde parce qu'il est le plus anthropocentrique du monde.

Si nous sommes d'accord avec le point de départ (l'égalité et l'individualisation admettent le traitement différencié) et si nous voulons être cohérents, nous devrions dire que le traitement différencié (toujours non contraire au sens de l'humanité) peut être organisé indépendamment du crime pour lequel on est accusé ou condamné.

C'est une position risquée, car elle élargit (potentiellement) plutôt qu'elle ne rétrécit, mais je ne comprends pas pourquoi le chef d'une bande de dangereux voleurs devrait pouvoir communiquer avec le monde extérieur et avec les autres prisonniers d'une manière différente de celle d'un mafioso. Pour mieux dire : regardons la personne et décidons, en fonction de sa peine, de son traitement, en nous libérant de toute étiquette pré-imprimée.

Ce n'est pas tout. Dire que le traitement différencié ne doit pas dépendre des types de délinquants signifie aussi contester à la racine le postulat qui est à l'origine de la nouvelle circulaire de la Dap du 2 octobre 2017 qui, en abrogeant toutes les circulaires antérieures non expressément visées, fait quelque chose de très contestable : unifier le traitement différencié. Un choix qui a peu de sens par rapport aux titres de délits (il n'individualise pas) et n'a plus aucun sens si la logique du titre de délit tombe.

Je dis cela parce que, de mon point de vue, le troisième paragraphe de l'article 27 de la Constitution ne peut pas être divisé en deux parties, comme s'il y avait un monde de la punition et un monde du traitement. Pour moi, ils fonctionnent dans le même cadre de référence et, après tout, ils ne sont pas (conceptuellement) différenciables. Ce que je lis du troisième point, c'est que tant la punition que le traitement ne peuvent être contraires au sens de l'humanité et doivent viser la resocialisation.

Il n'est pas difficile, en revanche, de faire valoir que dans ces domaines, la réserve (constitutionnelle) de la loi devrait s'appliquer. Mais voilà : nous verrons comment les juges s'en sortiront en contournent la circulaire oxymore, quand ils la considéreront contraire à la loi et à la Constitution (sur les heures d'air et de socialité, voir Cass., Sec. 1, 40760, Schiavone et 40761, Pesce, 8 juin 2018 et, en application, MdS de Sassari, 4 octobre 2018 ; dans le même sens, Cass., Sec. 1, 44609, 27 juin, 2018, Aprea).

4. La Constitution ne tolère pas que ce soit le ministre ou le Dap au lieu du juge qui ordonne un traitement différencié. Et cela est vrai même dans le cas où le régime différencié est défini comme une mesure de prévention (très) atypique.

Une piste, à cet égard. Nous avons deux pôles opposés, le pôle idéal-constitutionnel (le juge) et le pôle réel-inconstitutionnel (le ministre ou le Dap). Comme j'imagine que personne n'aime se frapper la tête à plusieurs reprises contre un mur de béton (la jurisprudence de la Cour de justice), peut-être - et je dis bien peut-être - devrions-nous trouver des solutions de compromis. Je n’aime pas me compromettre, mais je voudrais préserver ma tête, je n'en ai qu'une.

Aujourd'hui, formellement, c'est le ministre qui applique, mais, substantiellement, le rôle du Dap n'est pas négligeable. Toujours aujourd'hui, la motivation ministérielle doit être une sorte de motivation qu'un juge donnerait. Maintenant - au-delà de l'hypocrisie de la situation à laquelle nous en sommes rendus : au lieu de donner le pouvoir au juge, nous disons que le ministre doit l'exercer, en le motivant comme s'il était juge - je me demande s'il n'est pas plus logique - en termes d'indépendance, d'expérience et de professionnalisme - de confier l'application du traitement carcéral différencié à qui est, en revanche, un magistrat, c'est-à-dire aux procureurs du Parquet national antimafia ou des districts, dans le cas de délits de compétence. Il ne me semble pas avoir déjà entendu (jusqu'à présent...) un ministre de la Justice faire étalage du traitement différencié, déclarant presque "maintenant je m'en occupe !". Soutenant qu'en réalité, ceux qui décident à présent (substantiellement) sont des magistrats du Dap ou, parfois, (toujours substantiellement) du même Parquet anti-mafia, cela ne ferait autrement que justifier la nécessité de faire ressortir formellement ce qui se passe réellement. En soi, une éventualité toujours positive, très positive dans l'exécution pénitentiaire.

Je n'ai jamais cru à la fable des procureurs méchants et moches. Je pense que beaucoup ne font pas leur travail jusqu'au bout, étant donné que dans l'application de la loi sur les prisons (dans la surveillance et ensuite en Cassation) la main publique semble parfois invisible. Quand vous le voyez, les juges ont une sorte de sécurité supplémentaire. Pas toujours, cela dépend de ce que disent les procureurs, mais s'ils se prononcent correctement, les juges ont un soutien non négligeable (comme dans les trois arrêts de la Cour suprême mentionnés précédemment, également dans Sez. 1, 46169, 27 juin 2018, Attanasio, sur les auditions des garants locaux, le procureur général s'est prononcé contre l'appel du triple "ministère-prison-Dap"). En tout cas, indépendance, professionnalisme et expérience, se rencontrent beaucoup plus chez les procureurs que chez les ministres. Si ensuite on dit que c'est déjà décidé par les magistrats, eh bien, je suis content, il faut le mettre noir sur blanc, il faut le dire clairement, dans la loi, pas dans des circulaires, des protocoles, des notes et autres.

5. Enfin, un sujet trop vaste, que je ne peux que survoler. Pour quelle sacrée raison le traitement différencié doit-il être la conséquence d'une suspension du traitement "ordinaire" ? Il ne me semble pas que ce soit une solution imposée par la Constitution, et pourtant nous la portons depuis la loi Gozzini.

Pourquoi, au lieu d'en inventer d'autres, le législateur a-t-il toujours pensé à suspendre l'"ordinaire" ? Je hasarderai une réponse. La suspendre permet de garantir le résultat de manière expéditive. Une chose est valable pour vous, si je ne veux plus qu'elle soit valable, je la suspends. Je ne m'ingénie pas à chercher autre chose, je me contente de suspendre ce qui existe.

Je n'ai pas besoin de le dire à qui que ce soit, c'est de notoriété publique : l'état d'exception est fondé précisément sur la suspension de quelque chose. Il devient tout à fait logique, si telle est la logique, de donner le pouvoir de suspension à un ministre (qui agit, fort, infaillible) et non à un juge (qui raisonne, doux, faillible). Il m'a été fait remarquer, par un ami cher, que le pouvoir appartient au ministre parce qu'ils ont voulu protéger les magistrats. Je comprends, mais c'est la même histoire pour l'incompressibilité. Dans quelle mesure, pour protéger les magistrats, peut-on les priver de leur fonction ?


Mais laissons de côté qui a le pouvoir. Examinons le pouvoir lui-même. Si la logique est celle du traitement, il devient facile de la suspendre. C'est comme retirer les mains qui traitent les prisonniers. Comme les objets et les choses, les prisonniers se traitent. C'est précisément pourquoi, au moment où vous introduisez vos mains, vous pouvez les retirer, suspendant ainsi le traitement.

Je voulais parler de la suspension mais voilà que je parle du traitement. Peut-être que ce n'est pas un sujet. Un terme ambigu, à mi-chemin entre le médical et la condescendance, qui implique des objets et des choses plutôt que des personnes. Pensons à la traite des êtres humains, qui, dans le code pénal, suit la réduction en esclavage. Précisément, des êtres humains traités-conduits comme des objets, réduits à des choses.

De nombreux faits du monde pénitentiaire me choquent, en tant que personne avant d'être juriste. Outre les sanctions disciplinaires qui, dans certains cas, se substituent aux médailles (essayez de faire une grève de la faim en prison pour améliorer la prison et on en reparlera), une autre clameur est la possibilité pour une personne de purger toute sa peine (temporaire) en traitement différencié et d'être libérée le lendemain. Je pense que derrière un tel scandale, il y a la question du traitement des objets et des choses plutôt que des personnes. Un scandale ? Très bien, prononçons-le en anglais (scandal), en français (scandale), en allemand (skandal), en espagnol (escándalo). Il suffit de le prononcer.

Quelqu'un se demande-t-il comment cette personne peut avoir du respect pour elle-même ? Se demande-t-on à quel point il doit lutter, après la prison, pour être reconnu comme une personne ? On lui colle une étiquette socialement diffamatoire. Elle finit par être stigmatisée, déshumanisée, chosifiée. C'est comme si nous lui avions déclaré la guerre, au même titre qu'à un ennemi permanent.

Et c'est ainsi que nous réglons aussi nos problèmes : pour comprendre qui nous sommes, il suffit de comprendre ce que nous ne sommes pas. Nous nous convainquons que nous pouvons vivre libérés de toute peur, ce qui signifie alors ne pas vivre dans un futur ouvert.

6. Mais alors, pourquoi les constituants ont-ils inscrit le mot "traitement" dans la Constitution ? Je comprends "rééducation", puisque la modification intérieure de l'être était en vogue. Je comprends moins les "traitements".

J'essaie de l'interpréter de cette façon. Négativement : ce que les constituants voulaient préserver, c'était la physicalité, la carnalité, le corps des prisonniers, vous vous souvenez, l'exemple était les fameux coups de fouet. Du côté positif : traiter signifie aussi diriger, c'est-à-dire orienter et réaliser le sens de l'humanité, de l'homme à la personne, dont l'existence et l'essence en prison sont toujours en danger. Plus encore si la prison n'est pas conçue pour les êtres humains, mais au contraire ce sont eux, s'ils sont accusés ou condamnés pour quelque titre de délit, avec décision formelle du pouvoir politique, à être voués à la prison, bien sûr différenciée, où sont interdits les "petits gestes de la normalité quotidienne" (comme faire la cuisine, interdiction inconstitutionnelle grâce au n. 186 de 2018 de la Cour Constitutionnelle).

Qui sait si nous parviendrons un jour à comprendre que le fait même de rédiger personnellement un recours devant la Cour suprême est un "petit geste de normalité", grâce auquel les détenus accomplissent leur personnalité. Pour l'instant, nous ne le comprenons pas ou nous nous en détournons tout simplement. Au lieu de supprimer les obstacles, nous en créons de nouveaux. Et, en fin de compte, qui s'en soucie ? Vous voulez mettre 10.000 appels de moins, sur 50.000, c'est beaucoup. Ce n'est pas discutable. Ce seront même pas des personnes qui auront appris à utiliser la légalité. Ce sont toujours des prisonniers. Nous pouvons en faire ce que nous voulons, les traiter comme nous le souhaitons.

Mais de cette façon, nous finissons par nous emprisonner nous-mêmes, nous votons pour être de vrais prisonniers. C'est une façon intéressante de comprendre qu'il n'y a pas de "nous" et de "eux". Y aura-t-il jamais un ministre capable de ne pas promouvoir les États généraux de l'exécution pénale d'un côté et ceux de l'anti-mafia de l'autre ? C'était une erreur politique de les séparer. Il n'y a pas de nous et d'eux. Pour le dire légèrement, nous avons besoin d'états généraux des êtres humains. Il est nécessaire de reparler des principes fondamentaux parmi les principes fondamentaux. A la Constitution la coordination. A la table du traitement différencié, on en verrait de belles !
  • Texte du rapport de la conférence tenue le 20 octobre 2018 à l'Université de Florence sur "Il 41-bis, una tortura (s)conosciuta ?", organisée par L'altro diritto et coordonnée par Emilio Santoro. J'ai pu discuter des idées exprimées ici avec L. Magi, R. De Vito, M. Ruotolo, M. Pelissero, P. Bronzo, M. Passione. F. Fiorentin, S. Anastasia, P. Gonnella, F. Della Casa. A tous, un sincère merci. Comme toujours, la responsabilité de ce qui est affirmé incombe à l'auteur seul."
  • Pièces jointes