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Lettre ouverte d'un intellectuel vaincu mais non résigné



Dans cette publication du 5 octobre 2020 sur le Blog Iacchite, Maître Adriano D’Amico reprend et conforte un témoignage de Cesare mettant en évidence l'écart abyssale entre la façon dont Cesare est privé de tout ce que la prison est censée lui garantir, et par extension la façon dont sont traités les détenus et les objectifs mêmes affichés par l'administration pénitentiaire.

Vous en trouverez ci-après une traduction. Merci, si vous êtes en mesure de le faire, de la vérifier, ou de la prendre avec précaution dans le cas contraire. En effet, la maxime selon laquelle "traduire est toujours un peu trahir", outre les faux frères fréquents entre l'italien et le français, prend d'autant plus de sens dans une situation comme celle là.



Lettre ouverte d'un intellectuel vaincu mais non résigné


traduction de la Lettera aperta di un intellettuale sconfitto ma non rassegnato, par Maître Adriano D’Amico, publié sur le 5 octobre 2020 sur Iacchite.blog.



"En plus d'être explicitement répressif à tous égards, mon transfert à Guantanamo Calabro équivaut à une peine d'isolement ininterrompue, étant donné l'impossible relationnel avec les membres de l'Isis ou supposés tel.
Je veux espérer que l’administration pénitentiaire trouvera un aménagement digne d’un pays civilisé, sans me contraindre à reprendre la grève de la faim.
Il est certes préférable d'en finir dans un mois, dans la joie de l'hypocrisie nationale, plutôt que d'agoniser pendant un an dans des conditions honteuses et insoutenables.
Après l'isolement forcé d'Oristano, je suis ici soumis à un régime autrement plus restrictif.
Mon espace de vie a été réduit aux conditions minimales de survie. Dans un climat de tension extrême et d’intimidation constante, surveillé à vue et contraint à l’oisiveté forcée dans une cellule d’une taille inférieure d'un tiers à la précédente, dépourvue de l’équipement indispensable.
On m’a confisqué l’ordinateur, m’empêchant ainsi de fait de m’adonner à mon activité d’auteur et de conclure le travail sauvegardé dans la mémoire.
À ma requête, il a été répondu par une provocation selon laquelle les autorités ne me connaîtraient aucune profession impliquant la mise à disposition d'un ordinateur ou autre matériel didactique.
Comme si ça ne suffisait pas, une censure féroce m’a été imposée. Non pas pour une hypothétique « intense activité épistolaire subversive (sic) » comme le prétend une honteuse mesure disciplinaire à laquelle personne ne peut sérieusement ajouter foi, mais bien dans le but évident de m’empêcher d’interagir avec les instances extérieures, culturelles et médiatiques, grâces auxquelles, face à la vengeance de l’État, je serais en train de gagner le soutien des démocrates et des défenseurs des droits humains."

Messieurs,

Ce qui précède, cité entre guillemets, est le contenu de certaines déclarations de M. Cesare Battisti, un écrivain italien bien connu, ainsi que militant de la PAC*, qui est emprisonné à Rossano Calabro (CS) depuis quelques semaines maintenant.

Durant mes études universitaires, mais aussi par la suite, j'ai toujours apprécié le travail de Cesare Beccaria, qui ne peut certainement pas être compté parmi les communistes et extrémistes ennemis du Peuple et de l'Etat ; Beccaria, à propos de la peine rapporte qu'elle ne peut être "....un outil pour ajouter d'autres maux au mal produit par le crime commis..." mais un outil "...pour empêcher qu’au mal déjà causé n’en soit ajouté un autre par le même criminel ou par d'autres qui pourraient être encouragés par son impunité..." ; en outre, l'État lui-même, selon les diktats constitutionnels, doit garantir la rééducation et la réinsertion sociale du condamné, comme le prévoit l'Art. 27 de notre Constitution, où il est dit que : "Les sanctions ne peuvent consister en des traitements contraires au sens de l'humanité et doivent viser à la rééducation des condamnés".

La rééducation est, ainsi, le but idéal de la peine ; et l'État, pendant son exécution, doit créer les conditions nécessaires pour que le condamné puisse se réinsérer dans la société de manière digne, en le mettant en position, une fois libre, de ne pas commettre de nouveaux crimes ; une finalité introduite pour sauvegarder la dignité humaine en tant que droit fondamental de l'homme en tant que tel.

Or, abstraction faite de l’intérêt "historique" de l'affaire Battisti, sur lequel il est inutile de débattre dans ce contexte ; rappelant que les conditions dont se plaint M. Cesare Battisti sont malheureusement communes à un grand nombre de prisonniers italiens, ces messieurs (les députés?) ont-ils l'impression que nous respectons l'article 27 de notre Constitution et la dignité humaine quand celle-ci est réduite au minimum de survie ?

Dans le moment où sus-nommé est réduit au désœuvrement forcé dans une cellule d'un tiers de moins que l'espace de la précédente, sans le mobilier indispensable ?

Au moment où ce dernier s’est vu confisquer son ordinateur et empêché, de fait, d’exercer son métier d'écrivain et de terminer son dernier livre ?

Au moment où le susnommé, qui a écrit de nombreux livres publiés en Italie et à l'étranger par d'importantes maisons d'édition, entre autres : Transvestito da uomo, (Bologne, Granata Press, 1993) L'ultimo sparo (Rome, DeriveApprodi, 1998) L'orma rossa (Turin, Einaudi, 1999), Avenida Revolucion, (Ozzano nell'Emilia, Nuovi Mondi Media, 2003), Faccia al muro (Rome, DeriveApprodi, 2012), reçoit une réponse provocatrice selon laquelle les autorités ne lui connaissent aucune profession impliquant la mise à disposition d'ordinateur ou d'autres matériels didactiques ?

Il est évident que le prisonnier est empêché d'interagir avec des organismes externes, culturels et médiatiques, qui pourraient lui obtenir le soutien des démocrates et des garants des droits.

Si ce n'est pas le cas, qu’un autre signal soit donné, différent ; rendons la dignité à M. Cesare Battisti et à tous les autres prisonniers italiens, qu’ils puissent purger leur peine selon les règles et les lois de l'État, sans souffrir de leur part, et de l’État, une vile et inutile vengeance.

Maître Adriano D’Amico
Conseiller municipal de San Demetrio Corone, Comité politique provincial Rifondazione Comunista Cosenza



Vous pouvez retrouver la publication d'origine en italien sur Iacchite.blog <-





*Ex-militant des P.A.C., "Prolétaires armés pour le communisme", qui en effet n'existent plus depuis longtemps.




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