Becco di ferro

Non si tratta di fare l’anarchia oggi, o domani o tra dieci secoli; ma di camminare verso l’anarchia oggi, domani e sempre. (Errico Malatesta)


Il ne s'agit pas de faire l'anarchie aujourd'hui, demain ou dans dix siècles; mais de faire route vers l'anarchie aujourd'hui, demain, et toujours.

Becco di ferro est un blogueur italien qui écrit sur l'actualité, la musique, l'anarchie...

Nous tâcherons d'en traduire ici autant que possible les articles qui concernent Cesare.

1981, une famille en prison – L’arrestation collective de la famille di Cesare Battisti (parte 1)


traduction de l'interview d'Assunta, soeur aînée de Cesare Battisti, 1981, una famiglia in carcere – L’arresto collettivo dei familiari di Cesare Battisti (parte 1), publiée par Carmilla OnLine en 2004, et ré-éditée par Becco di Ferro le 10 Novembre 2020

Je relance le premier des quatre articles publiés en 2004 par Carmilla online, qui s'avère comme toujours un outil précieux pour le travail méticuleux d'information et d'analyse sur les événements des années 70 et 80, dans le cadre d'un travail plus général et tout aussi précieux de diffusion de la littérature, de l'imaginaire et de la culture d'opposition. L'article est publié à l’initiative de deux nièces de Cesare, Francesca et Stefania, et de Valerio Evangelisti.

Publié sous la direction de Francesca et Stefania Battisti



Le magistrat Armando Spataro, soutenu par son collègue Edmondo Bruti Liberati et d'autres, ne manque jamais une occasion d'intervenir dans tous les forums possibles pour affirmer que, dans la répression des organisations armées opérant en Italie entre la fin des années 70 et le début des années 80, on est à aucun moment sorti du cadre juridique. Il n'y a donc jamais eu d'"urgence" d'aucune sorte, ni de pratiques inconsidérées de la part des instruments répressifs. Tout au plus de la rigueur, comme l'admet à contrecœur Luciano Violante.

Cela fait sourire ceux qui ont bonne mémoire. À ceux qui l'ont perdue ou qui ne sont pas encore nés, nous offrons une documentation difficile à contester. Ce sont les témoignages des proches de Cesare Battisti sur ce qui leur est arrivé après son évasion. Il faut rappeler que la famille Battisti, de solide tradition communiste (PCI) et de conduite irréprochable, n'avait jamais partagé les choix de Cesare, qu'ils soient politiques ou personnels.
Commençons par sa sœur Assunta. De nombreux autres témoignages suivront.
Nous nous demandons si Armando Spataro considérera ces histoires comme un reflet de la "normalité juridique" (VE).

ASSUNTA BATTISTI

Comment avez-vous appris l'évasion de Cesare ?

Le dimanche 4 octobre 1981, de 17 à 17 h 30, j’étais chez ma sœur Rita pour l'informer de l'état de ma mère, qui avait été admise en état grave à l'hôpital Gemelli. Je venais de rentrer, j’y avais en effet passé la nuit et une grande partie de la journée. Ce sont Les carabiniers de Latina qui m'ont informé de l'évasion.

Décrivez la nuit où ils vous ont emmené. Ont-ils expliqué pourquoi ? Saviez-vous où vous alliez être emmenée ?

Le soir même du 4, vers 20h30, les carabiniers sont revenus et sans trop de scrupules (j'étais fatiguée des nuits passées à assister ma mère, et inquiète pour mon frère) ils m'ont emmenée. Ils m'ont dit qu'ils m'emmèneraient à la caserne de Frosinone, parce que le procureur voulait m'interroger, puisque j'étais la dernière personne à être allée visiter Cesare. Je ne me souviens pas combien d'heures j'ai été interrogée cette nuit-là, mais je me souviens des cris et des menaces, j'étais sa sœur la plus proche et je devais donc savoir.

Combien de temps avez-vous été détenue ? Quel traitement vous a été réservé ?

Ils m'ont détenue dans une cellule de sécurité à Frosinone, pendant quatre jours terribles : interrogé par plusieurs personnes (qui se relayaient), insultée, brutalisée également physiquement. J'étais psychologiquement détruite, je ne savais plus qui j'étais et où j'étais, je ne pouvais même pas aller aux toilettes, je ne pouvais pas me laver ou manger. Le tout aggravé par le fait que, étant une fumeuse acharnée, ils ne me donnaient pas même de cigarettes.

Lors de votre arrestation, vous a-t-on déjà clairement indiqué les chefs d’accusation, les raisons de l'arrestation et d’éventuelles preuves contre vous ?

Accusation ? Je suis la soeur de Cesare Battisti. Cependant, les accusations à l’appui desquelles ils m'ont tenue enfermée pendant deux longs mois étaient : complicité d’évasion, association avec des groupes armés, détention et port d'armes de guerre, vol de voiture (pour l'évasion), blessures sur gardiens de prison.

Avez-vous communiqué avec un avocat ? Avez-vous fait une demande ?

Quand j'ai réalisé qu'ils ne me renverraient pas chez moi et qu'ils m'emmenaient en cellule, j'ai demandé un avocat, que je n'avais jamais vu durant les jours précédents. Dès mon arrivée à la prison de Latina, j'ai été mise à l'isolement pendant vingt jours : je sortais uniquement pour être interrogée, et cela se produisait nuit et jour, sans jamais qu’un avocat soit présent. Quelques fois seulement, il était appelé. Ces interrogatoires étaient basés sur la cruauté mentale, tel que m'interroger sans interruption quelque soit heure, mais je pense que le pire était d’aller jusqu’à me faire croire que ma fille de 14 ans avait été arrêtée. À ce moment-là, j'ai fait une dépression nerveuse et j'ai perdu connaissance. Au bout d'une semaine environ, j'ai appris que toute ma famille avait été arrêtée et qu'il y avait encore des enfants à la maison, mon père atteint d'un cancer et ma mère à l'hôpital. À ce moment-là, j'ai été physiquement détruite et mentalement anéantie, à tel point que pendant un interrogatoire, j'ai dit ce qu'ils voulaient entendre, c’est à dire une auto accusation, et ainsi toute ma famille a été renvoyée chez elle.

Comment vos enfants ont-ils réagi ?

Ma fille de 14 ans, en plus de l’épouvante de voir sa mère emmenée, bouleversée par les terribles nouvelles de la presse, a dû s'occuper de la maison et des enfants de ma sœur Rita. Mais tout cela n'était pas suffisant, car elle a dû subir des sévices psychologiques de la part des carabiniers, qui venaient la chercher chaque soir pour l'emmener à la caserne et l'interroger, et écouter les offenses contre moi et son père.

Quel était l'état d'esprit de vos parents et de Cesare, déjà âgés et gravement malades, lorsqu'ils ont vu toute la famille arrêtée ?
Ma mère était si mal en point qu'elle ne s’est pas rendue compte de la situation, pas même des carabiniers qui marchaient dans le couloir de l'hôpital, espérant une visite de Cesare. Mon père était sorti depuis une semaine, après avoir été hospitalisé pendant cinq mois, à cause d'une tumeur. Comment décrire la douleur de ce pauvre homme, avec un fils recherché et les autres en prison ? Il ne sortait plus de la maison, la honte et la douleur le paralysaient.

Que vous reste-t-il de toute cette expérience ? Pouvez-vous considérer les avoir dépassées ?

Je ne peux pas considérer les blessures morales et physiques qui m'ont été infligées comme dépassées quand, vingt-trois ans plus tard, bien que différemment, je vis les mêmes choses. Avec tout ce que la presse ne cesse de rapporter, ils font une fois de plus de Cesare un monstre, et piétinent la dignité de chacun d'entre nous.

Vous n’avez pu revoir Cesare que dix ans plus tard, lorsque la France lui accordait le statut de réfugié politique. Comment avez-vous vécu ces années d'incertitude et d’absence de nouvelles ?

J'ai vécu dix ans d'angoisse et d'inquiétude. Des milliers de fois, je me suis réveillé en pensant à lui et en me demandant : est-il toujours en vie ? Où est-t-il ? Est-ce que je le reverrai un jour ?

Vous l'avez retrouvé à Paris avec une femme et une fille. Comment avait-t-il changé pendant toutes ces années ?

Quand je suis arrivée à la gare, à Paris, Cesare était à quelques mètres de moi et je ne l'ai pas reconnu. Ce n’était plus le garçon dont je me souvenais. J'ai trouvé un homme éprouvé et fiable. Le temps et la souffrance l'ont fait mûrir. César est maintenant père de deux filles qu'il aide à grandir en leur apprenant la loi de l'amour et du respect, ces enseignements qu'il a lui-même reçus.

Que pensez-vous de tous les articles publiés récemment, qui parlent de son exil doré ?

Mensonges ! Mais de quel exil peuvent parler ceux qui ont toujours tout eu et plus encore ? Qui ne quitte leur pays que pour prendre des vacances, le portefeuille plein ? Ils ne peuvent ou ne veulent pas comprendre que l'exil signifie solitude, faim et marginalisation. La vie d'un exilé est très dure et humiliante. Si l'on veut dire qu'avoir une seule pièce au dernier étage d'un vieux bâtiment et laver les escaliers signifie être milliardaire, alors tirez-en vos propres conclusions.





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Lorsque j'ai intitulé la page FB "La revanche de l'État : le cas Cesare Battisti", je ne faisais pas fait dans le sensationnalisme, contrairement à ce que certains ont peut-être pensé, ayant encore à l'esprit des slogans d’une autre époque. Et ce billet que je relance peut aider à le comprendre : Cesare Battisti était destiné à la prison de Rebibbia, comme le rapporte l'article ci-après "... A tel point que le 14 janvier, la "Brigade judiciaire du Bureau de la police des frontières aériennes Ciampino - Urbe" a informé le défenseur que "A la fin de la rédaction des actes rituels, il a d'abord été accompagné au Cabinet de la police scientifique pour être photographié puis pris en charge par le personnel de la police pénitentiaire - Nucleo Traduzioni della Casa Circondariale Rebibbia N.C.M. - Rome, préalablement intéressé, qui a prévu de le diriger et de l'associer à cette prison".
Mais deux dignes représentants d'une classe politique misérable, non contents d'avoir assisté à l'arrivée de Battisti à l'aéroport romain - rappelant ces vautours perchés sur un lampadaire attendant de s'abattre sur un cadavre, comme dans certains épisodes de Tex Willer - ont pensé se substituer à la magistrature et décider eux-même de la destination du prisonnier. Et n'oublions pas que le "retour" de Cesare Battisti rappelle de façon impressionnante l'enlèvement par la CIA de l'imam Abou Omar à Milan avec la complicité des autorités italiennes. En fait, Battisti aurait dû être extradé vers le Brésil, son pays de résidence, et de là, être extradé vers l'Italie pour y purger la peine de trente ans convenue avec les autorités de ce pays.
Mais il ne faut pas s’étonner de la subordination des magistrats, inflexibles avec les "faibles" - voir le cas de Dana Lauriola, pour citer le plus récent - mais prêts à accepter servilement les abus de pouvoir de leur ministre.
Mais continuez à croire aux institutions, je vous le recommande.

L'article qui suit date de plusieurs mois. Voici les dernières informations dont nous disposons :
Une mesure de censure a été mise en place sur son courrier dès l'arrivée en Calabre, ou il avait été transféré brutalement après l'annonce de sa grève de la faim, à l'insu même de ses avocats. La requête formulée contre cette censure a été rejeté le 29 octobre sous des pretextes confondants. Il fait également l'objet, dès lors, de rapport disciplinaire sur rapport disciplinaire, notamment le 16/09 pour avoir contestée la censure postale le 15 en même temps que la menace d'être confronté au milieu djihadiste, dont il est, de par ses projets littéraires et prises de position, une cible potentielle. Un autre rapport disciplinaire sanctionne sa tentative de faire passer des informations à ses avocats par ses proches, relayée par les médias italiens. Transféré de force en plein cœur de la section Isis, (en Version originale ici), dans une cellule crasseuse et dénuée de tout mobilier, toujours à l'isolement de fait, privé de son activité d'écrivain faute d'ordinateur, pratiquement sans même un livre à lire, il ne lui reste, comme son personnage Marco, que les tâches au mur comme interlocuteur et seule occupation, ou la lecture des communiqués du Vatican.
Il faut être particulièrement persévérant.e, écrire en Italien, et parler du beau temps, pour avoir une chance de lui faire parvenir du courrier, et lui même a beaucoup de mal à en envoyer.
Il dit également que climat est délétère, qu'ils feront tout pour le faire passer pour dangereux, et que la censure sur son courrier ne s'applique visiblement pas aux lettres de menaces qu'il continue de recevoir.



[ARCHIVES] La longue cavale de Cesare Battisti justifie-t'elle son isolement de fait depuis plus de...


traduction de l'article publié il y a plusieurs mois par Becco di Ferro



La longue cavale de Cesare Battisti justifie-t-elle son isolement pendant plus de seize mois ?

Depuis le 14 janvier de l'année dernière, Cesare Battisti est en prison à Oristano, où il a passé les six premiers mois en isolement de jour. Après cette période, cependant, l'isolement a continué de fait, étant le seul prisonnier AS2 (haute sécurité 2) de cette prison donc dans l’impossibilité de parler à quelqu'un qui ne soit pas un surveillant.


Cesare Battisti pendant le procès de la PAC


L'histoire politique de Cesare Battisti est probablement l'une des plus diffusées et certainement l'une des plus mystifiées. À qui voudrait s'en faire une idée, je recommande un livre publié par Deriveapprodi "L'affaire Cesare Battisti : ce que les médias ne disent pas" ; Voici une brève présentation du site web de l'éditeur : "La campagne médiatique unilatérale, et souvent mensongère, sur l'affaire Cesare Battisti s'inscrit dans le cadre plus ambitieux d'un jugement définitif de criminalisation des luttes des mouvements des années 70.
C’est à cette fin que sont niées les conséquences sociales d'une législation d'urgence, laquelle, se perpétuant dans les décennies suivantes, a fini par éroder les fondements de l'État de droit.
Ignorer cette évidence et traiter "l'affaire Battisti" comme un cas singulier, c’est tout d'abord ne pas comprendre les raisons juridiques qui ont poussé le ministre brésilien Tarso Genro à donner un avis favorable à l'asile politique ; Et c’est également rendre impossible une "solution politique" de ces années de conflit qui permettrait à tous les acteurs d'assumer leurs responsabilités et d’agir".

Battisti, aujourd'hui âgé de soixante-six ans, souffre de diverses pathologies, telles que l'hépatite B et des maladies pulmonaires, comme l'attestent les dossiers médicaux en possession de la prison. Sur cette base, l'avocat Steccanella avait déposé une demande de placement en détention à domicile, compte tenu du risque élevé que représente le Covid 19 pour une personne dans sa situation. Mais, comme le rapporte Il Secolo XIX du 18 mai, "une solution interne lui aurait été trouvée par le Dap". La même Cour de surveillance qui, le 26 novembre 2019, lui avait "consenti" les 45 jours de réduction de peine prévus par la loi, constatant que "pendant l'emprisonnement subi il avait fait preuve de sa participation au travail de rééducation, faisant en outre montre d’un comportement adapté ...".

Il était certes difficile d’imaginer qu’après la tempête qui a submergé les dirigeants du DAP pour les libérations à cause du Covid 19, dont beaucoup ont ensuite été révoquées, on se risque à mettre les mains à l’affaire Battisti.

Sur "Lundi.ma", nous apprenons qu'il a finalement été autorisé à utiliser Skype avec son fils brésilien, mais seulement un quart d'heure par semaine ("pourquoi seulement un quart d'heure ?" a-t-il demandé, "parce que vous êtes vous" lui a t’on répondu).

Dans ce contexte, il est légitime, voire nécessaire, de se demander quel est le sens de son affectation au régime As2. À l'époque, le but était évidemment de plaire à l'arrogant Salvini, alors ministre de l'intérieur. Mais pour d’autres mesures criminelles de la legisltature avec la lâcheté typique des politiciens et des bureaucrates, personne n’a voulu se charger de réexaminer la situation de détention du "dangereux terroriste".

C'est précisément à partir de ces données que l'avocat, Davide Steccanella, son défenseur de confiance, a transmis ces derniers jours à la DAP une demande de "déclassification" et de transfert vers une autre prison plus accessible tant pour les membres de la famille que pour le défenseur lui-même. Il faudra évidemment attendre que soient écoulés les délais "techniques" de la bureaucratie pour en connaître le résultat.


Salvini et Bonafede


L'histoire de son "arrestation", en pleine époque salvinienne, n'avait pas manqué de provoquer des réactions allant du triomphalisme à la satisfaction contenue, malgré les pitreries du ministre de l'Intérieur de l'époque et de l'actuel ministre de la Justice se rendant à l'aéroport pour profiter de leur "moment de gloire". Les voix ne manquent pas en hors du chœur pro-potence, mais sur certains sujets, la majorité des journalistes ne vont pas soulever le voile, notamment ceux de la presse dite "grand public".

Car sinon, ils devraient faire face à des découvertes embarrassantes. Par exemple - comme l'a rapporté la mémoire de l'avocat Steccanella à la DAP - que la prison de destination, telle que notifiée à son avocat, devait être celle de Rebibbia. A tel point que le 14 janvier, la "Brigade judiciaire du Bureau de la police des frontières aériennes de Ciampino - Urbe" a informé l'avocat que "A la fin de la rédaction des documents d’usage, il a d'emblée été accompagné au cabinet de la police scientifique pour être photographié, puis pris en charge par le personnel de la police pénitentiaire - Nucleo Traduzioni della Casa Circondariale Rebibbia N.C.M. - de Rome, préalablement avisé, qui s'est chargé de le diriger et de l’affilier à cet établissement pénitentiaire".

Il y a cependant un autre aspect, loin d'être marginal, qui est passé pratiquement inaperçu en Italie : l'activité de Cesare Battisti en tant que romancier. Cinq romans ont été publiés en italien jusqu'à présent : "Trasvestito da uomo", Granata Press, Bologne, 1993 - "L'orma rossa", Einaudi, 1999 - "L'ultimo sparro". Un "delinquente comune" nella guerriglia italiana", Derive-Approdi, Rome, 1998 - "Avenida Revolución", Nuovi Mondi Media, Ozzano nell'Emilia, 2003 et "Faccia al muro", DeriveApprodi, Rome, 2012.

En France, en revanche, dix romans sont publiés, ainsi qu'une nouvelle dans un recueil qui comprend également un texte de Carlo Lucarelli. Et le jeudi 28 mai, le nouveau livre de Cesare Battisti, "Indio", sera publié dans la série "Cadre noir" par l'éditeur Seuil .



Voici la présentation du livre publié dans Lundi matin : "On ne reviendra pas ici sur les 37 ans de cavale de Cesare Battisti, sur les conditions ignominieuses de son enlèvement extra-judiciaire en Bolivie, ni sur le report de parution de son dernier roman. Car l’œuvre paraît, elle sera en librairie jeudi prochain, et Indio prouve une fois encore qu’il s’agit aussi d’un romancier de grand talent : l’affirmer prend aujourd’hui, contre ses détracteurs de divers milieux et ses persécuteurs étatico-médiatiques, une portée immédiatement politique.".

"Indio Pessoa - explique l'écrivain Serge Quadruppani - est un personnage mystérieux qui, le jour de sa rencontre avec le narrateur, lui a annoncé son intention de se rendre à vélo à 350 kilomètres de là, à Cananéia, kilomètre zéro des routes brésiliennes. Dans cette ville côtière tout au sud du Brésil, entre chapelet d’îles, mangroves et lagune, on retrouve Indio noyé. Accident ? Crime ? Sa disparition est-elle lié aux recherches qu’il menait pour prouver que le Brésil aurait été découvert non par les Portugais mais par un pirate ottoman et un érudit juif, à savoir Barberousse et Cosme Fernandes ? Ou bien à l’existence d’un galion chargé d’or coulé dans les parages ? Entre réalisme magique sud-américain et fiction noire à l’italienne (avec une bonne pincée de gastronomie), roman historique et errance rêveuse, le natif de Latina nous offre un roman d’aventure qui veut « donner la parole au peuple indien, toujours poursuivi et massacré sur sa propre terre. Dire aussi les injustices infligées à la généreuse communauté de pêcheurs de Cananéia, qui résiste à la vague noire des entrepreneurs sans scrupule qui voudraient effacer de ce monde toute humanité ".



Lundi matin a également lancé une invitation à soutenir Cesare Battisti dans son travail d'écrivain : "... Or, il a entrepris un récit ambitieux, sur les traces de deux personnages, Khaled, originaire du Rojava, et Zahra, soudanaise, qui fuient devant Daesh, de la Syrie du Nord-Est jusque dans les Pouilles, en Italie, en passant par le Liban, le Soudan, la Libye... Cesare a donc besoin de documentation, voici ses demandes :
Rojava : des cartes, surtout de la zone frontière avec la Turquie, trouver un village où naît Khaled, infos sur la vie culturelles, les vêtements, la nourriture, Khaled étant animateur, il faudrait un projet culturel implanté par les Kurdes ; des images des lieux et des gens (montagnes, plaines, fleuves, lacs) ; le mieux serait des témoignages de personnes qui ont fait ces routes ; je sais qu’il y a une route de migrants vers le Liban : y a-t-il des camps de réfugiés, des infos générales ? Il me faut aussi des noms et prénoms masculins et féminins kurdes.
Liban : Même chose : cartes, vêtements, alimentations, un ville sur la côte avec carte détaillée d’où s’embarquer pour l’Afrique (j’ai lu quelque chose là-dessus) ; les trajets, les camps, des images, des noms et prénoms libanais.
Soudan et Libye : même genre d’infos, cartes, etc. Il me faut une ville soudanaise où placer les deux personnages principaux, avec un hôpital pour l’accouchement de Zahra. Il me faut une carte de cette ville et quelques infos sur les bâtiments publics. Le mieux serait, comme toujours, d’avoir des récits et témoignages… Il existe une version d’Al Qaeda au Soudan, il me faut son nom et quelques détails avec. Et aussi des noms propres de personnes. Pour la Libye, j’ai déjà du matériel, il me manque des infos sur la milice nazie « Aube Dorée » qui massacre les migrants.
Envoyez-nous du matériel, nous ferons suivre… Et peut-être une relation directe avec lui sera-t-elle bientôt possible… »






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"Méchants pour toujours !" ainsi le veut la "justice", des mafieux à Cesare Battisti, pour éviter d'aller au fond des choses à propos de l'État et la mafia ainsi que sur les années 70.



"Méchants pour toujours" : Plus de barreau, moins d’espoir"


tel est le titre du numéro de mai-juin de Ristretti Orizzonti, "Périodique d'information et de culture de la prison de Due Palazzi à Padoue" réalisé par une rédaction de détenus et ex-détenus et dirigé par la journaliste Ornella Favero qui en a été la fondatrice en 1997.



On leur doit aussi l'excellente revue de presse quotidienne - vous pouvez consulter ici les archives de 2020 – classée par : prisons, justice, territoire, affaires sociales et affaires étrangères, suivie des rubriques documents et agenda, toutes deux téléchargeables en pdf.

Le magazine, dont vous trouverez
ici les numéros de 2020 adopte un ton, des méthodes et des objectifs profondément différents des publications du "mouvement" qui s'opposent à la prison en tant que l'un des instruments par lesquels s'exerce la domination capitaliste.  Position que je partage pleinement sans que cela m'empêche de suivre Ristretti et d'apprécier son travail.

Les prisons ont recommencé depuis longtemps à accueillir des prisonniers politiques, des militants des mouvements No Tav, No Tap etc. aux camarades du mouvement anarchiste varié.  En disant cela, je n'entends pas affirmer des affinités et/ou des points de contact entre ces deux réalités, d'abord parce que "hors sujet" par rapport à l'article et surtout parce que je préfère laisser se prononcer, si elles le jugent utile, les parties intéressées, auxquelles j'ai toujours exprimé ma proximité et ma solidarité et je continuerai à le faire.

Parmi les prisonniers qui, malgré eux, se retrouvent à traités en "politiques", ou plutôt en "terroristes", il y a Cesare Battisti, dont je suis l'affaire carcérale depuis un certain temps, comme le savent ceux qui connaissent la page fb "La revanche de l'État : le cas Cesare Battisti" (lien donotlink).

Pour en revenir au thème du numéro de Ristretti, je vais essayer de proposer quelques passages qui, personnellement, me semblent significatifs.



Je commence par l'éditorial d'Ornella Favero - intitulé "Le virus et le retour des "catégories criminelles" : non plus des hommes, mais des MAFIEUX" - dont je veux souligner un passage :
"... Depuis que la phase 1 (covid) a été déclarée terminée dans notre pays, nous, les volontaires, avons commencé à demander de pouvoir réinvestir, progressivement et prudemment, également les prisons. Et nous l'avons demandé à partir d'une phrase du Garant national qui nous a frappé : "L'exercice de la justice ne peut être séparé de l'offre à chaque délinquant d'une perspective d'espoir vers laquelle diriger son regard : tourné vers l'avenir et non vers le passé...".

Je trouve importante et aussi courageuse cette approche dans laquelle elle dénonce la pratique consistant à recommencer à parler par "catégories de crimes" et non de personnes qui ont probablement commis ces crimes mais qui ne devraient pas être qualifiées de "criminels pour toujours", autrement dit comme en incapacité de revoir, de manière concrète et critique, leur passé et donc irrécupérables. "Le mandat constitutionnel est que les peines doivent garantir la rééducation des personnes condamnées, toutes sans exception", souligne Ornella Favero dans son éditorial.

Bien sûr, s’agissant d’hommes et de femmes détenus pour des crimes mafieux, la question est complexe et difficile. C’est difficile aussi, objectivement parlant, parce que ce pays a ignoré ou nié leur existence pendant des décennies, pour ensuite découvrir leur présence à tous les niveaux institutionnels.


Giuseppe Fava a été tué par la mafia le 5 janvier 1984. Ses enquêtes ont révélé la collusion entre Cosa Nostra et le monde des affaires à Catane au début des années 80.


À ce propos, je laisse la parole à Giuseppe Fava qui, dans une interview accordée le 28 décembre 1983 à Enzo Biagi lors de la transmission de Film Story(?), a répondu à l'interviewer en disant : "Biagi, je m’inspire de mes expériences journalistiques. On est en train de faire une énorme confusion sur le problème de la mafia. Je vous donne un exemple : les frères Greco, accusés du meurtre du juge Chinnici, sont des voyous, des criminels à trois balles. Les mafieux se trouvent dans en de tout autres lieux et des assemblées bien différentes. Les mafieux sont au Parlement, les mafieux sont parfois ministres, les mafieux sont banquiers, les mafieux sont ceux qui sont actuellement au sommet de la nation. (Note en bas de page(?)) Si ce malentendu fondamental n'est pas clarifié..., en ce sens qu’on ne peut pas pas définir comme un mafieux le petit délinquent qui arrive et qui impose un prix à votre petite activité commerciale. C'est une affaire de petite criminalité dont je pense qu'elle fait partie maintenant, ou qu’on retrouve dans toutes les villes italiennes, dans toutes les villes européennes. Le problème de la mafia est beaucoup plus tragique et plus important, c'est un problème au sommet de la gestion de la nation et c'est un problème qui risque de mener à la ruine, à la décadence culturelle définitif de l'Italie".


Sante Notarnicola, "ouvrier, communiste, voleur de banque, prisonnier, écrivain, poète".


Sante Notarnicola, un camarade qui a beaucoup fait en tant que prisonnier et une fois en liberté, n'est certainement pas une personne suspectée d'affinité avec les mafieux, c'est pourquoi je pense qu'il vaut la peine de lire ses paroles, que vous pouvez également trouver ICI : "la rééducation ça n’existe pas. Soit il y a un mouvement révolutionnaire qui vous donne ces poussées là, soit rien. Et même, au cours de ces 20 années, les choses se sont arrêtées. Je voudrais attirer votre attention sur une chose qui est bruyante, laide, sale et fasciste, à savoir le 41bis. Et ne dites pas que vous vous en fichez parce que ça concerne les mafieux, ce n'est pas vrai. Outre le fait que ce ne sont plus les véritables mafieux, ceux qui contrôlent vraiment les choses, il n'est pas possible que l'Europe elle-même, pour autant que cela ait un sens pour nous, ait dit que 41bis est une torture et que nous ne la ressentions pas, cette indignation. C'est un problème qui nous concerne".

J'en viens maintenant à la réflexion qui concerne Cesare Battisti, mais qui doit concerner tous les prisonniers et tous les détenus, si nous sommes d'accord avec ce qui a été dit plus haut : "L'exercice de la justice ne peut pas négliger d'offrir à chaque délinquant une perspective d'espoir vers laquelle diriger son regard : dirigé vers le futur et non tourné vers le passé".

N'oublions pas que - sans avoir commis de crime, soyons très clairs - pour avoir combattu Isis, vraiment et non avec des mots comme aiment le faire nos portes-drapeaux locaux et nos politiciens, Edgarda Maria Marcucci est sous surveillance spéciale, accusée d'être "socialement dangereuse", avec une ordonnance qui limite sa liberté de mouvement et de réunion, l'obligeant à rester chez elle entre 21h et 7h du matin, l'empêchant de quitter Turin ou de rencontrer plus de cinq personnes et limitant son accès aux espaces publics, y compris les supermarchés et les bars.


DJ Fo Fò, actuel ministre de la justice


Pour en revenir à Cesare Battisti - qui a eu soixante-six ans tout juste hier dans la prison de haute sécurité de Rossano, celle-là même qui "accueille" les prisonniers coupables ou suspectés d'appartenir à Isis ou à d'autres organisations islamiques - il semble que pour lui les principes ci-dessus ne s'appliquent pas. Et ce n'est pas étonnant, étant actuellement ministre de la "justice", celui-là même qui aimait faire équipe avec Salvini, avec qui il se faisait prendre en photo à l'aéroport de Ciampino lorsque Battisti fut ramené en Italie. D'une manière qui ressemble à celle de l'enlèvement de l'Imam de Milan, à l'époque, par la CIA, mais c'est une autre histoire.



C’est un fait, Cesare Battisti, autrefois réfugié en France, n'a pas poursuivi son activité politique et subversive, - et c'est une simple déclaration, pas une "médaille de la bravoure" - et s'est consacré à une brillante carrière d'écrivain.

Voici la liste signalée par Wikipédia, dans laquelle "Indio" est manquant (voir photo) :
"... De nombreux livres de Battisti ont été publiés en français (certains seulement en portugais), puis en italien, en portugais et dans d'autres langues, certains ne sont disponibles qu'en langues étrangères.

Disponibles en italien


- Travestito da uomo, Granata Press, Bologne, 1993 (Les habits d'ombre, Gallimard, Paris, 1993)
- L'orma rossa, Einaudi, 1999 (L'ombre rouge, Gallimard, Paris, 1995)
- Le dernier coup. Un "delinquente comune" nella guerriglia italiana, introduction par Valerio Evangelisti, Derive-Approdi, Rome, 1998 (Dernières cartouches, Joelle Losfeld, Paris, 1998)
- Avenida Revolución, Nuovi Mondi Media, Ozzano nell'Emilia, 2003 (Avenida Revolución, Rivages, Paris, 2001)
- Faccia al muro, DeriveApprodi, Rome, 2012 (Face au mur, Paris, Flammarion, 2012) 285 p. ISBN 978-2-08-127998-8



En français


- Nouvel an, nouvelle vie, Ed. Mille et une nuit, Paris, 1994
- Buena onda, Gallimard, Paris, 1996
- Copier coller, Flammarion, Paris, 1997. Roman pour enfants
- J'aurai ta Pau, Balene, Paris, 1997 (dans la série "Le Poulpe")
- Naples, Eden Production, Paris, 1999. Recueil de cinq nouvelles de Cesare Battisti, Jean-Jacques Busino, Carlo Lucarelli, Jean-Bernard Pouy et Tito Topin
- Jamais plus sans fusil, du Masque, Paris, 2000
- Terres brûlées, (éditeur), Rivages, Paris, 2000
- Le cargo sentimental, Joelle Losfeld, Paris, 2003
- Victoire, Eden Production, Paris, 2003
- L'eau du diamant, du Masque, Paris, 2006
- Ma cavale, Grasset/Rivages, Paris, 2006 (avec une préface de Bernard-Henri Lévy et une postface de Fred Vargas)
- (À propos de ce dernier, l'article publié par Carmilla online en mai 2006 vaut la peine d'être lu, nda).
En portugais
- Ser bambu, WMF Martins Fontes, 2010
Pourtant Cesare Battisti est toujours soumis à un traitement anti-terroriste, "en souvenir", pourrait-on dire : transféré d'Oristano à Rossano Calabro, soumis à la censure et faisant l'objet de mesures disciplinaires douteuses tous les 2 jours, sans possibilité d'avoir un ordinateur pour écrire, évidemment sans connexion Internet, etc. Et, n'oublions pas, cible de la presse, et des professionnels de la victimisation, lorsqu'il a demandé à être nourri d'une manière compatible avec ses besoins de santé.

Pour en revenir à l'article de Ristretti Orizzonti, je trouve intéressante la question d'Ornella Favero à Stefano Musolino, procureur adjoint de la Direction anti-mafia de Reggio de Calabre.

Ornella Favero : "La sentence 253 de la Cour constitutionnelle a dit quelque chose d'important, c'est-à-dire que les conditions pour accéder à [certains droits(?)] ne se limitent pas à la collaboration. Mais le problème est de savoir ce qui va se passer maintenant et ce qu'ils peuvent et doivent démontrer. Parce que dans les informations, j'ai fait une collecte, il y a parfois des formules comme celle-ci : "ne pas pouvoir exclure l'actualité des liens avec le crime organisé... cela atteste l'absence d'éléments qui ont montré un retrait des activités criminelles... en l'absence de toute preuve de retrait du comportement criminel...". Ce sont des déclarations contre lesquelles on ne peut se défendre. Je comprends que c'est un sujet délicat, mais je vous soumets une réflexion : en Italie, il y a plus de neuf mille personnes en haute sécurité depuis des années, depuis des décennies, donc je crois qu'il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans le système : un nombre si élevé et si peu de déclassifications. C'est comme décréter une défaite, les institutions ne sont pas capables de faire rompre avec le passé et de faire changer les gens. Nous aimerions donc que vous nous parliez de ces informations et de la décision de la Cour constitutionnelle".



Stefano Musolino : "De ce point de vue, l’accostage est facile. Avec l'actuel procureur de Reggio, en gagnant aussi, disons, la persuasion morale en sens inverse qui venait de la Direction nationale antimafia, récemment, nous avons émis un avis défavorable à la confirmation d'un 41-bis, précisément parce qu’il s’agissait d’une personne qui depuis des années était au 41-bis et qu'il n'y avait substantiellement aucun élément, à notre avis, authentiquement significatif, du maintien de sa dangerosité, et surtout du maintien de sa capacité de connexion avec l'extérieur qui justifierait la continuation de ce régime spécial extraordinaire.... ”.

Je pourrais continuer longtemps, mais en fin de compte, la question est la suivante : cela a t’il encore un sens de traiter Cesare Battisti comme un dangereux terroriste plutôt que comme un homme qui, pendant les années de fuite, a cependant montré qu'il avait fait son propre chemin autocritique et qu'il avait laissé derrière lui le jeune Battisti, coupable des crimes pour lesquels il a été condamné ?

Je termine en rappelant que des écrivains tels que Christian Raimo et Sandro Dazieri, mais aussi le collectif Wu Ming et Loredana Lipperini n'ont pas renié la signature qu'ils ont apposée en 2004 à l'appel en faveur de l’ex terroriste Cesare Battisti.
Interviewés par Adnkronos, ou via un billet sur leur profil social, plusieurs intellectuels et écrivains ont décidé - contrairement à ce qui s'est passé avec Roberto Saviano - de confirmer leur adhésion, en refusant toutefois l'étiquette de "partisans des terroristes". Ici.


Sandrone Dazieri


DAZIERI - "Je ne retire pas ma signature. Je ne le ferais pas même si j'étais convaincu de mettre trompé - explique l'écrivain et scénariste Sandro Dazieri à Adnkronos - Je ne parviens pas faire des choses déshonorantes, contrairement à de nombreux autres signataires de l'appel qui nient aujourd'hui l'avoir fait et prétendent que pour eux c'est leur tante ou leur cousin qui l'a fait. Bien que Battisti ne m’ait jamais été sympatique, j'étais alors convaincu qu'un débat historique sur les années de plomb aurait pu être ouvert, c'est pourquoi j'ai signé et je ne retirerai pas ma signature même si nous sommes devenus les ennemis à la patrie, partisans du terrorisme, car cette histoire est pur fascisme".



"J'avais signé l'appel parce que j'avais lu la contre-enquête et qu'il y avait de nombreux doutes sur la procédure - se souvient M. Dazieri – à titre d’exemple : Alberto Torregiani (fils du bijoutier tué en 1979 par le Pac dans une fusillade au cours de laquelle il a lui-même été blessé et a perdu l'usage de ses jambes - ndlr) : on dit que Battisti lui avait tiré dessus, mais ce n'est pas vrai, la balle était dirigée vers le père et non vers le fils. En outre nous pensions qu'un débat pourrait être rouvert dans le but d'une révision historique des années de plomb, sur les massacres, les services déviés et de la justice relativement à ces années. Notre objet n’était pas une absolution de Battisti mais une requête de révision historique qui n'a jamais été accordée. Au lieu de ça, 15 ans après l'appel, nous sommes toujours soumis au lynchage pur et simple. C'est devenu un jeu de massacre dans lequel les pétitionnaires sont les "complices" de Battisti. Laissons donc le beau rôle à Salvini qui joue les policiers".


Concernant les blessures d'Alberto Torregiani, la déclaration de Sandrone n'est pas exacte, comme on peut le lire dans l'article en ligne de Carmilla "L'affaire Battisti : tous les doutes sur les procès et les condamnations ; exposé point par point, publié le 30 Janvier 2009
Carmilla :
"Cesare Battisti a-t-il participé au meurtre de Torregiani ?

Non. Même cette affirmation a été totalement exclue par la suite. Sans quoi il aurait été impossible de l'impliquer, comme cela s'est produit alors, dans l'assassinat du boucher Lino Sabbadin, qui a eu lieu dans la province d'Udine le même 16 février 1979, presque à la même heure.

Pourtant, il a été clairement établi que Cesare Battisti a blessé l'un des fils adoptifs de Torregiani, Alberto, qui est resté paraplégique par la suite.

Il est établi qu'Alberto Torregiani a été blessé par erreur par son père, lors de la fusillade avec les assaillants.

Les médias insistent pour désigner Cesare Battisti comme le meurtrier de Torregiani, disant même souvent que c'est lui qui a blessé Alberto et l'a réduit au fauteuil roulant. Alberto ne rectifie jamais, même pas par souci d'exactitude. Spataro ne rectifie jamais non plus. Pourquoi ?

C'est inexplicable. Les véritables tueurs (Sebastiano Masala, Sante Fatone, Gabriele Grimaldi et Giuseppe Memeo) ont été arrêtés peu après l'embuscade et ont purgé des peines plus ou moins longues".





adnK
Parmi les auteurs des "actes d'abjuration", on trouve Roberto Saviano.
Sandrone Dazieri : "Saviano ? Tu parles ! Il faisait en effet partie des signataires en faveur de Battisti, mais il s'est retiré" coupe Dazieri qui rappelle avoir lancé en 2006 l'appel à escorter l'auteur de Gomorra souscrit également par Massimo Carlotto et Giancarlo De Cataldo puis soutenu par Umberto Eco.


Dazieri apporte ensuite une précision assez ambiguë, à mon avis :
Dazieri : adnK "Notre appel n'était pas un appel à la solidarité mais à la réouverture d'un processus fait dans les années 70, pour discuter d'une période d'erreurs judiciaires et de ceux qui ont fini en prison sans être coupables, alors que les auteurs reconnus du massacre de Bologne sont dehors malgré leur condamnation. Vous rendez-vous compte de la différence ? C'est de l'idéologie pure. Je ne crois plus à la possibilité d'un débat". Et de conclure avec « ironie » "Battisti, le chef du Pac ? Il ne l'était pas. C'était un malheureux prolétaire. Trop, trop de distorsions".

WU MING - "Ce sont des moments où la réalité vous rappelle que, même dans les pays où les gens lisent très peu et où les écrivains remuent presque rien, le pouvoir les regarde avec suspicion et dès qu'il peut, les désigne aux chiens. Solidarité aux collègues "monstres" villipendés en une pour une signature". Ainsi hier sur Twitter la Fondation Wu Ming, la fédération qui comprend le Collectif Wu Ming, actif depuis 2000, qui regroupe les écrivains de la section de Bologne du projet Luther Blisset, parmi les signataires en 2004 de l'appel en faveur de Cesare Battisti.

LIPPERINI - "Jusqu'à présent, j'ai gardé le silence, mais maintenant il me semble qu’on est en train de passer la limite. J'ai signé un appel il y a quatorze ans - écrit sur Facebook la journaliste, écrivain et animatrice de radio Loredana Lipperini - avec une foule de collègues célèbres (cherchez les signatures, juste un clic). Dans cet appel, il était dit : "Il est bon de se rappeler que Cesare Battisti n'a obtenu l'asile politique qu'après qu'un magistrat français a examiné les "preuves à charge" et les a jugées contradictoires et "dignes d’une justice militaire"".
"Avaient été mis sur le dos de Battisti - se souvient Lipperini - tous les meurtres commis par une organisation clandestine à laquelle il avait appartenu dans les années 70, même quand les circonstances factuelles et temporelles excluaient sa participation. C'est pour cela que j'ai signé, parce que je crois toujours en une justice qui n'est pas une vengeance, voilà. Qu’il arrive de vieux baveux des vieilles droite urler sur les socialo, ok. Mais que les écrivains frustrés de ne pas reconnus par le méchant monde en profitent pour se joindre au chœur, c'est, pardonnez-moi, nauséabond", conclut Lipperini.



SCALZONE - "La fin d'une époque ? Plus qu’autre chose - rétorque le co-fondateur de Potere Operaio Oreste Scalzone à Adnkronos -, par fermeture s’entend, dans les intentions ou les ambitions de LorSignori, la fermeture des portes d'une cellule derrière quelqu'un, un être humain, qui selon eux devrait être destiné à cent ans de solitude. Bien loin de "tourner une page". On parle ici d'entraves, d'emprisonnement à vie, qui est maintenant à la mode de vouloir rendre réel, effectif, jusqu'à la mort finale. Jusqu'à une mort, résultant d'une longue agonie, une mort à petit feu, comme dans les chansons de Dalla et de De André".

« si nous voulions garder un minimum de sens commun aux mots, les époques ne se referment jamais – argumente Scalzone -.
Nous sommes en présence de personnes qui ne veulent clore absolument rien et encore moins de la "réconciliation" prétendument souhaitée par tant de Belles Âmes. Il y a des exemples, même récents dans l'Histoire, où les pouvoirs constitués ont estimé que, dans leur intérêt et dans celui de l'ordre social constitué, il fallait "tourner la page", avec un "oubli judiciaire", une "renonciation à la punition", comme il est écrit dans leurs textes, dans la doctrine juridique, pour clore des décennies de conflits sanglants : et quand ils pensaient pouvoir le faire, la principale voie était celle de l'amnistie, du pardon, de la grâce, de la prescription, voire de la dépénalisation". (Voir Togliatti et l'amnistie pour les fascistes, [note de Becco di Ferro]).

SANSONETTI - "Cesare Battisti a été condamné sur la base de témoignages, peu crédibles, de repentis. C'est la seule preuve contre lui. On me dira que c'est une sentence jugée mais j'ai le droit de la contester. Il faudrait repenser ces procès et, surtout, la loi sur les repentis, qui risque de créer des injustices. Bien sûr, dans ce climat, je ne pense pas qu'il y ait une possibilité mais ce serait important". C’était le cri du coeur du directeur de "Il Dubbio", Piero Sansonetti, qui, avec avec Adnkronos, a commenté l’arrestation.






Vous pouvez retrouver la publication d'origine en italien sur Becco di Ferro <-










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