1mot2c... Compagnes et compagnons de galères par leurs proches & ami.e.s

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Marina, Roberta, Gigi et Maurizio

et aussi Cesare, qui m'a permis de les connaître, ainsi que les autres personnes que je ne connais pas et qui partagent les mêmes galères, et sûrement leur valeur.

Quand je suis face à un drame qui touche mon entourage ou les personnes que, dans ma vie, j’ai aimé, les mots m’assaillent, ils m’attaquent. Ils tournent en tornade à travers et autour de moi, ils me harcèlent jusqu’à la nausée. Ils se précipitent dans mes oreilles, mes yeux, mon nez, ma gorge, mon crâne, ressortent par ma bouche de force, ou relancent mes douleurs cervico-brachiales pour parvenir jusqu’à mes doigts et forcer leur obéissance. Je ne trouve pas le repos pour autant quand ils y parviennent, je ne trouve pas le repos tant que le drame continue de se jouer, et tant que tout de la façon dont il me touche n’a pas été exprimé. Ça fait mal. Mal au ventre jusqu’à la nausée, mal dans le plexus solaire, qui semble comprimé devant comme derrière au point qu’il semble devoir finir par exploser, mal au dos, mal dans la poitrine, mal dans la gorge et tout le long des tendons de mon corps.

Parmi les personnes qui sont aujourd'hui menacées de recommencer une fois encore à expier, puisque la pseudo justice des hommes ou de leur foutu système capitaliste est toujours aussi archaïque, vengeresse, et pour autant ne reconnaît pas d’autre expiation que sa batterie de torture moyenâgeuse, j’ai connu au cours de ma vie quatre cœurs en or. Leur moteur depuis toujours, depuis avant même le piège auquel leur détermination et le système injuste qu’ils combattaient les avait acculés, c’est l’amour de l’humanité, la volonté de participer à la sortir de la merde incroyable dans laquelle elle se trouve toujours, de lui rendre son espoir, sa dignité, sa liberté, ses rêves, sa beauté, son avenir.
Comme nous toutes et tous, elles ne savent pas comment y parvenir. À la différence de celles et ceux qui n’ont pas vécu ça, elles se sont retrouvées à l’aube de leur jeunesse dans un contexte, une ambiance, une effervescence, un espoir et une puissance, face à la violence d’une oppression grandissante, qui les ont convaincues qu’elles entrevoyaient l’issue, et qu’il fallait coûte que coûte aller jusqu’au bout.

Quand je les ai rencontrées, longtemps après, bien revenues qu’elles étaient alors de l’impasse dont elles avaient cru pouvoir forcer l’issue des années auparavant, deux choses m’ont frappée : la jeunesse, la fraîcheur qui perduraient en elles, et leur profonde humanité, sa douceur, sa tendresse. La beauté de leur âme, si on peut appeler ça ainsi.

Ce n’est pas un hasard si on les retrouve aujourd'hui, dans cette « deuxième chance » qu’elles ont tenté de se donner sans jamais vraiment y parvenir entièrement, au service de l’humain, comme c’est le cas de Marina, au service de l’humain quand il a le plus besoin d’assistance. L’organisation humaine devrait travailler tout entière pour l’humanité toute entière, elle ne devrait pas, comme c’est toujours le cas, asservir la base au profit d’élites auto-proclamées à son propre détriment et à celui de son environnement. L’Histoire des vaincus et celle des vainqueurs nous enseignent que nous n’avons toujours pas trouvé le moyen d’y remédier, et pourtant il est toujours plus urgent d’y remédier. Mais y compris pour les vainqueurs qui s’acharnent à continuer de tirer profit du désastre qu’ils organisent, même s’ils s’en sortiront toujours moins mal que nous, d’une façon ou d’une autre ils nous accompagnent dans le mur vers lequel ils nous propulsent à toute vitesse s’ils continuent à s’accrocher à leur pouvoir démesuré et à leurs privilèges.

Quand j’ai pu me détacher de ces personnes pourtant précieuses, m’éloigner, prendre de la distance, parce que le lien qui m’avaient amenée à les connaître s’était perdu dans la tempête et qu’il pouvait être oublié, je l’ai fait. Parce malgré toute l’affection que je leur porte et la jovialité, la fraternité, la sororité, la tendresse, toute l’humanité éclatante qu’elles arrivent à conserver malgré l’enfer qu’elles vivent, c’était trop dur, même pour moi qui ne faisait pourtant que côtoyer ce fardeau, sans le porter. Ne serait-ce que de les voir « porter leur croix » dans cette foutue société qui n’évolue pas, c’était dur. On en partageait forcément aussi les peines, on en prenait forcément aussi un peu de souffrance, l’angoisse récurrente, exacerbée par chaque campagne électorale, chaque poussée du fascisme rampant et de sa petite sœur autoritariste. On se heurtait avec elles aux limites rencontrées à chaque tentative de se (re)construire, de se faire une place, de travailler, de vivre, de faire des projets, des enfants qui s’imposent comme de nouvelles victimes de cette situation inextricable.
Et puis en vieillissant le poids se fait plus lourd, je me souviens d’une des alertes les plus terrifiantes, dans les années 2000, je crois, alors que pas mal d’entre-elles étaient déjà des grands parents… repartir en cavale ? Se considérer trop âgé pour ça, renoncer et se livrer pour finir entre 4 murs ? Non pas seulement privé.e.s de liberté le système carcéral étant ce qu’il est dans ce 21èm siècle encore moyenâgeux ; mais pire encore, dans un statut hors du droit qui permet tous les abus, les droits élémentaires en détention déniés, aucun moyen d’en sortir à l’aide d’un nouveau procès équitable dans lequel pouvoir enfin se défendre un minimum, et cela à 65 ans, 66, 67, 77 ans ?! Non ce n’est pas de la justice. Même sans être les seules victimes de cette Histoire, même si certaines victimes (parmi lesquelles quelques bourreaux aussi) leur étaient imputables - toujours une infime part, quoiqu’il en soit, de ce qu’on leur met sur le dos aujourd’hui - la Justice ne peut pas être « œil pour œil dent pour dent », et encore la torture à vie comme peine de mort pour endosser l’ensemble de responsabilités dont elles ne devraient porter que leur raisonnable part.

En attendant, pour les personnes qui poursuivent sous l’épée de Damoclés leur « exil doré », pas vraiment de statut pour vivre, tout juste un semblant de statut pour survivre en attendant que s’évanouisse la contre-partie cette promesse qu’elles ont respecté tout ce temps : Celle de rester, en échange, toujours à portée de vue du pouvoir en place, de lui communiquer chacune de leurs nouvelles adresses et de ne pas s’en éloigner. Tout ça pour être plus faciles à cueillir à la première carte électorale à jouer. C’est si pratique d’encourager les bas instincts pour s’assurer les voix des fâcheux !

Alors oui, je me suis éloignée, cette histoire n’est pas la mienne, pourquoi en porter ma part de souffrance ? Sauf que. O.K. on s’épargne comme ça la plupart des angoisses de leur quotidien, mais lorsque le drame arrive, on se rend compte que le lien est toujours là, et qu’on ne peut pas s’en épargner toute la douleur. Maurizio, Roberta, Gigi, Marina, je vous aime,et j’ai mal, et j’ai peur pour vous.